EDF, Alstom et GDF détruisent la forêt amazonienne en y construisant des barrages

15 mars 2014 / Lorène Lavocat (Reporterre)



La Coupe du monde de football du Brésil voudra montrer l’image d’un pays dynamique. Mais derrière l’écran, il y a un programme de « développement » qui multiplie les barrages en Amazonie, détruisant forêt équatoriale et bouleversant la vie des peuples premiers. Une manifestation a eu lieu près de Paris pour rappeler la responsabilité des firmes françaises dans ce saccage.


- La Défense (Hauts-de-Seine), reportage

« Ne soyez pas déçus, nous sommes peu nombreux, mais l’important, c’est d’être là ». Gert-Peter Bruch, président dePlanète Amazone motive ses troupes avant l’assaut final.

Le siège de GDF-Suez déploie son immense silhouette dans le ciel gris bleu. À moins de cinq cents mètres, ils sont une petite centaine, munis d’affiches et maquillés aux couleurs de l’Amazonie.

Tout le monde se masse pour la photo. Des mains rouges, symbole des peuples autochtones, côtoient des mains vertes, comme la forêt tropicale. « L’Amazonie, ils n’en n’ont rien à foot », clame une autre pancarte. Référence à la coupe du monde de football, qui aura lieu l’été prochain à Rio de Janeiro. Au milieu du groupe, une femme observe, des plumes d’aras aux oreilles, un sourire au coin des lèvres. Sônia Guajajara arrive de son Brésil natal. Là-bas, elle est porte-parole du mouvement indigène. Ici, elle est venue interpeller les pouvoirs publics, les entreprises et les citoyens. « C’est très important pour nous de savoir que nous sommes soutenus. Notre lutte se trouve renforcée si elle est relayée par la communauté internationale », dit-elle. Car Sônia Guajajara s’attaque à gros. Les projets de barrages se multiplient en Amazonie, soutenus par le gouvernement et par de puissants consortiums. Et ce n’est pas prêt de s’arrêter. L’Etat prévoit la construction d’une trentaine de barrages d’ici à 2020, dans le cadre de son programme de « croissance accélérée ».


- Sônia Guajajara -

Un petit bout de femme déterminée. Sônia Guajajra s’exprime avec calme et fermeté. Elle raconte ses combats, en tant que coordinatrice de l’APIB (Articulaçao dos Povos Indigenas do Brasil / Articulation des Peuples Indigènes du Brésil). Le campement Terre Libre lors du Sommet de Rio + 20 en 2012. L’irruption spectaculaire de 300 indigènes dans la salle du Congrès. Sous la pression, la présidente Dilma Roussef a finalement signé un texte reconnaissant la nécessité de protéger les droits des peuples indiens. Mais que vaut une signature face à des milliards de reais (monnaie brésilienne) investis ?

Le soleil chauffe l’esplanade de la Défense, malgré la brume grisâtre. Le petit groupe se met en marche. Direction GDF-Suez. L’entreprise française, comme Alstom et EDF, est impliquée dans la construction du méga barrage de Belo Monte, au Brésil. Barrage qui menace la biodiversité et le mode de vie des populations autochtones. « Ces compagnies françaises jouent un rôle important dans la construction. Alstom fournit les turbines, GDF mène des études d’impact, explique Christian Poirier, d’Amazon Watch. Si elles se désistent, le projet peut s’arrêter ». Pour lui, le chantier peut encore être stoppé. Surtout si le combat des peuples autochtones rencontre un écho international. « Nous sommes tous concernés, ajoute Sônia Guajajara. Les entreprises sont autant responsables que le gouvernement brésilien de ce qui se passe en Amazonie ». Les citoyens français ont donc un rôle à jouer, d’autant plus que l’État est l’actionnaire principal d’EDF et de GDF.

- Les manifestants se sont réunis à quelques centaines de mètres du siège de GDF-Suez, qu’on aperçoit à gauche. -

L’Amazonie donne décidément du fil (ou des lianes) à retordre à GDF-Suez. La justice brésilienne vient de demander à l’entreprise de revoir toutes les études d’impact environnemental du barrage de Jirau. Ce dernier est soupçonné d’avoir aggravé les inondations qui sévissent depuis quelques semaines dans l’Etat de Rondônia. Seize quartiers sont sous les eaux, et plus de deux milliers de familles déplacées. Des autoroutes ont été coupées. Il s’agit des niveaux d’eau les plus importants enregistrés depuis 47 ans.


- Porto Velho est la capitale de l’Etat de Rondônia. Située sur les rives du fleuve Madeira, la ville subit actuellement des inondations historiques -

« Les rivières contre les barrages ! », s’exclame un manifestant. Il résume en trois mots la controverse autour des constructions hydroélectriques. Forêts inondées, populations déplacées, coût astronomique (5,3 milliards d’euros pour Jirau) . La journée internationale d’action pour les rivières a fait de la lutte contre les méga barrages son cheval de bataille.

La manifestation de la Défense paraît dérisoire par rapport aux enjeux. « C’est une action symbolique, pour sensibiliser », dit Christian Poirier. Les passants regardent passer les militants maquillés. « Ils n’ont rien d’autre à faire, pourquoi s’intéresser au Brésil ? », s’interroge un jeune. « Détruire l’Amazonie est un crime contre l’humanité », lui répond une affiche.




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Source et photos : Lorène Lavocat pour Reporterre.

Lire aussi : L’opposition monte en Europe contre le barrage brésilien de Belo Monte.


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