EXCLUSIF : La lettre des Académiciens contre Claude Allègre

Durée de lecture : 2 minutes

24 octobre 2011 / par Villalard



Fin septembre, on apprenait que Claude Allègre lançait une fondation dite « Ecologie d’avenir » avec le parrainage de l’Institut de France, qui coiffe l’Académie des sciences. Ce parrainage a suscité le courroux de nombreux académiciens, qui ont écrit à début octobre au chancelier de l’Institut pour protester contre ce parrainage. Voici leur lettre.


“Monsieur le Chancelier de l’Institut, cher Confrère

Nous sommes plusieurs à l’Académie des sciences à avoir découvert par la lecture de la presse de la semaine dernière qu’il existait désormais une Fondation "Ecologie d’Avenir" au sein de l’Institut. Certes le sujet est de grande importance et il a tout à gagner d’une véritable réflexion scientifique face à des militants souvent sectaires qui agitent aisément les peurs du public. Sur le fond donc, quand bien même nous aurions aimé que cette création soit précédée d’une réflexion au sein des Académies de l’Institut, nous ne pouvons que nous réjouir de cette création.

En revanche cette initiative nous semble plombée ab initio par le choix du Président de son conseil d’orientation. Comme vous le savez notre Confrère Claude Allègre est pour l’opinion française le porteur du climato-scepticisme, alors qu’à l’évidence le changement climatique est sans doute une des thématiques majeures nécessitant des actions immédiates pour préserver l’environnement et permettre l’adaptation des sociétés humaines.

Son agressivité vis-à-vis des climatologues lui a fait franchir fréquemment les bornes de la déontologie scientifique et quand bien même il s’abstiendrait désormais d’intervenir sur la climatologie, ses positions ne manquent pas de relais au sein même de l’Académie des sciences qui ne se sentent nullement liés par la prise de position de celle-ci explicitée dans son rapport 2010 à Madame Pécresse. Il nous semble donc que le choix de ce Président du Conseil d’Orientation est une erreur, et qu’il est nécessaire de le reconsidérer si nous voulons continuer à être entendus de nos concitoyens.

Croyez bien, Monsieur le Chancelier, que notre action n’est ici inspirée que par notre souci de préserver l’autorité morale de l’Institut.

Avec nos sentiments confraternels et dévoués

Signataires :

A.Aspect,
S. Balibar,
E. Bard,
M.A. Bouchiat,
E. Brézin,
C. Cesarsky,
ML Chanin,
C. Cohen-Tannoudji,
B.Dujon,
D. Jérome,
JP Kahane,
P.Nozières,
X. Le Pichon,
H. Le Treut,
C. Lorius,
G. de Marsily,
O. Macchi,
Yves Meyer,
Christine Petit,
Michel Petit,
A. Prochiantz,
J.L. Puget.






Source : Courriel à Reporterre.

Complément d’infos : Le rapport de l’Académie des sciences en octobre 2010 sur le changement climatique

Lire aussi : La science a honte

24 septembre 2020
Qui s’inquiète de la crise climatique ? Pas (vraiment) les Européens
Tribune
23 septembre 2020
La réforme de la recherche « ne nous incite pas à prendre soin du monde dans lequel on vit »
Entretien
25 septembre 2020
En pleine croissance, le réseau Biocoop est contesté sur le plan social
Enquête


Du même auteur       Villalard