En Ethiopie, un projet de barrage menace de provoquer une catastrophe humaine et environnementale

Durée de lecture : 4 minutes

21 avril 2013 / Survival International


Trois nouveaux rapports annoncent une ‘catastrophe’ pour un demi-million de riverains indigènes de la vallée de l’Omo en Ethiopie.

Trois rapports indépendants établissent que le barrage controversé de Gibe III, ainsi que l’accaparement des terres pour les plantations, risquent de provoquer une ‘catastrophe’ imminente dans la vallée inférieure de l’Omo en Ethopie.

Un demi-million de riverains autochtones d’Ethiopie et du Kenya vont être affectés par ces projets dont Survival demande la suspension immédiate.

- Lake Turkana and the Lower Omo – Hydrological Impacts of Major Dam and Irrigation Projects (Le lac Turkana et l’Omo inférieur – impacts hydrologiques du barrage et des projets d’irrigation) publié par le Centre d’études africaines de l’université d’Oxford prévoit que le projet Kuraz Sugar du gouvernement éthiopien provoquera une baisse de 22 mètres du niveau des eaux du lac Turkana, le plus grand lac du monde en milieu désertique. La majeure partie de la faune aquatique, vitale pour les Turkana et autres tribus riveraines, sera détruite.

Les Bodi, les Kwegu et les Mursi sont expulsés de force pour faire place au projet Kuraz et conduits dans des camps de réinstallation où ils sont sommés de vendre leurs troupeaux et de ne conserver que quelques têtes de bétail. On a annoncé aux Bodi qu’ils ne bénéficieraient de l’aide alimentaire que lorsqu’ils auront accepté d’être déplacés.

- Humanitarian Catastrophe and Regional Armed Conflict Brewing in the Transborder Region of Ethiopia, Kenya and South Sudan (catastrophe humanitaire et conflit armé régional imminents dans la région transfrontalière d’Ethiopie, du Kenya et du Soudan), publié par le Groupe de travail sur les ressources africaines, conclut que 200 000 autochtones d’Ethiopie et 300 000 du Kenya souffriront des impacts irréversibles du barrage et des plantations.

Il indique que le barrage interrompra la crue naturelle de la rivière Omo, que son écoulement sera réduit de 60 à 70% et que les moyens de subsistance des tribus riveraines et des plaines seront anéantis. Il prédit un ‘conflit interethnique majeur’.

- The Downstream Impacts of Ethiopia’s Gibe III Dam – East Africa’s Aral Sea in the Making ? (Les impacts en aval du barrage Gibe III en Ethiopie – une mer d’Aral en Afrique orientale ?), publié par International Rivers annonce que les changements de régime hydrologique dus au barrage et l’irrigation associée pour les plantations qui utiliseront des fertilisants, conduiront à tuer toute vie dans certaines zones de l’Omo.

Le rapport établit que ‘la destruction des moyens de subsistance dans l’Omo inférieur et la coercition nécessaire pour s’approprier les terres et les remplacer par des plantations agricoles affectera gravement la vie de 200 à 300 000 riverains autochtones’. Il appelle à la cessation des financements du barrage.

L’agence britannique pour le développement international (DFID) et l’agence des Etats-Unis pour le développement international (USAID) sont les principaux bailleurs en Ethiopie. Toutes deux ont reçu de nombreux rapports sur les violations de droits de l’homme dans la vallée inférieure de l’Omo.

En janvier 2012, pressée par Survival International et d’autres organisations, DFID a envoyé des représentants dans l’Omo inférieur pour interroger les Mursi et les Bodi qui les informèrent sur les arrestations et les violences, la destruction délibérée des stocks de semences, l’interdiction d’accès à la rivière Omo et le déploiement de l’armée pour intimider les riverains et les forcer à quitter leurs terres. On leur signala également de nombreux cas de viols.

Il a fallu neuf mois à DFID pour rendre le rapport de sa visite qui conclut qu’une enquête plus approfondie devrait permettre de ‘confirmer’ les allégations. DFID n’a cependant rien encore entrepris.

DFID continue de financer le programme éthiopien de ‘Protection de services basiques’, sans lequel la relocalisation forcée de milliers riverains n’aurait probablement pas eu lieu.

Stephen Corry, directeur de Survival International, a déclaré aujourd’hui : ‘Les fonds britanniques financent la destruction de certains des plus célèbres peuples pastoraux d’Afrique. Ce qui devrait scandaliser les contribuables, mais ils ne seront probablement pas surpris. Le gouvernement britannique est réputé pour ses vœux pieux en ce qui concerne ses obligations envers les droits fondamentaux des peuples indigènes. Quant aux engagements de DFID sur les droits de l’homme en Ethiopie, ils n’ont aucune valeur puisque cette institution ignore à la fois ses propres normes et les conventions auxquelles elle a adhéré’.



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Source et photo : Survival International

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