En Grèce, les Indignés se rassemblent par milliers

Durée de lecture : 3 minutes

5 juin 2011 / Marie-Laure Veilhan

« Les médias font quasiment l’impasse sur ce qui se passe ici, partout : assemblées populaires, selon les modalités les plus démocratiques qu’on puisse assurer, et pour l’instant en tout cas, ça fonctionne, non sans désaccord (heureusement....) mais sans aucun incident violent. »


Chers tous,

Je vous envoie quelques nouvelles d’Aighion, et de ce que je sais de ce qui se passe ailleurs, à Athènes et dans toutes les villes, petites ou grandes, de Grèce. Je suppose que votre information est surtout basée sur ce que vous fournissent les médias, et vu le barrage incroyable de censure qu’opposent TOUS les médias grecs, ça ne m’étonnerait pas que vous soyez peu, mal ou dés- informés.

Depuis plus d’une semaine, des dizaines de milliers d’’indignés« se rassemblent tous les soirs à la place Syntagma, devant le Parlement. De plus en plus organisés, certains ont monté un campement, bien équipé (médecins, équipes de propreté, équipes de »’propagande« ...). Il y a deux jours, alors que 60.000 personnes au moins se rassemblaient à Syntagma, un groupe d »intellectuels", regroupés autour de la figure phare de Mikis Théodorakis (compositeur, résistant pendant ladictature, d’extrême gauche, puis de gauche, puis centriste, puis... de droite) ont appelé à un rassemblement en un autre point d’Athènes, aux Propylées (pas très loin de Syntagma).

Ils ont rassemblé moins de monde, mais plusieurs milliers quand même, sur des thèmes plus « conciliants » que le pur et simple « non à la dette, oui à l’audit » de l’immense majorité, puisqu’ils discutent davantage des modalités que du fond du problème de la dette et de ce que cela engage : politique sociale, mesures d’austérité que le terme « draconienne » ne suffit déjà plus à qualifier tellement ça promet d’être encore plus dur avec le dernier train, officiellement annoncé, et bien sûr souveraineté nationale ; dans l’accord de prêt, il est stipulé noir sur blanc que la Grèce ne peut faire valoir sa souveraineté pour refuser de mettre en oeuvre des mesures imposées par le « Trio » (Banque Centrale Européenne, Comm. Euro et FMI), pour lequel aucun des citoyens vivant en Grèce n’a jamais voté, pour la bonne raison qu’ils ne sont pas soumis au vote !

Les médias font quasiment l’impasse sur ce qui se passe ici, partout : assemblées populaires, selon les modalités les plus démocratiques qu’on puisse assurer, et pour l’instant en tout cas, ça fonctionne, non sans désaccord (heureusement....) mais sans aucun incident violent.

Parmi les photos que je vous envoie (toutes d’Athènes, suivront d’autres, d’Aighion et Patra), il y en a deux qui montrent le moment où des hommes et des femmes (que personne, pour une fois, ne soupçonnera d’être de dangereux anars encagoulés) empêchent les députés de quitter le Parlement, à coups d’insultes, oui, et de « moutzes » (l’équivalent, assez usité ici, mais lourd de sens, du bras d’honneur français : paume et doigts écartés sont projetés à la face de l’autre), mais sans aucune pierre, aucun cocktail molotov, ni même une allumette jetée par terre.

A Aighion, nous avons commencé, après une semaine d’absence totale d’organisation (du coup, on était peu nombreux), les assemblées avec rendez-vous, et vote à main levée. Nous nous retrouverons pour la troisième fois sur la place Faneromeni (avant-hier, 150, hier, 400...). Et ils sont de plus en plus nombreux à se joindre aux indignés déjà déclarés. On est enthousiastes, inquiets, curieux, effrayés (beaucoup de rumeurs circulent sur l’éventualité d’un coup d’état, maintenant que les députés de gauche et d’extrême droite ont annoncé leur intention de quitter le Parlement). Fiers, aussi. Comme ça va durer, il nous faudra avoir du souffle, on a aussi besoin de votre soutien, moral, ne fût-ce que de votre présence intéressée.



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