En Guyane, pour parler des mines

18 septembre 2018 / Revue Z

Cette année, les auteurs de la « revue Z » ont posé leur valises, leur clavier et leurs questions en Guyane, pour un débarquement au cœur de l’industrie la plus polluante du monde : les mines.

  • Présentation de la revue par son éditeur :

Le douzième numéro de la revue Z, publication annuelle d’enquête et de critique sociale, est en librairie depuis le 12 septembre.

« Trésors et conquêtes », rédigé depuis la Guyane, nous embarque au cœur de l’industrie la plus polluante du monde : les mines ! On y parle luttes anticoloniales et amérindiennes, critique de l’aérospatiale avec une visite de Kourou, « port spatial de l’Europe » et retour sur le mouvement social massif de 2017.

Depuis notre rencontre avec SystExt, une bande d’ingénieur·es révolté·es, nous étions déterminé·es à enquêter sur les méfaits de l’extraction minière, cette industrie indispensable au mode de vie moderne. Nous aurions pu aller en Bretagne ou à Salau, en Ariège, à la rencontre de collectifs en lutte contre le renouveau minier français. Mais le projet Montagne d’or, c’est encore un autre délire.

De par sa taille, inédite sur le sol français, alors que des mines de cette ampleur grèvent déjà toute l’Amérique du Sud. De par l’absurdité de son objectif : l’or, qui nécessite d’extraire et de traiter une tonne de roche pour en récolter un gramme, majoritairement utilisé par les banques et la bijouterie, deux secteurs dont l’humanité pourrait songer à se passer. De par, enfin, le mythe qu’il poursuit : l’Eldorado, métaphore de la cupidité génocidaire de la civilisation blanche.

Laisser la forêt se faire décaper pour les gros profits d’un milliardaire russe, c’est un sort que le pouvoir ne peut réserver qu’à une région périphérique. « Ultrapériphérique » même, comme l’Union européenne désigne la Guyane. Après avoir accueilli les indésirables de la France pendant des siècles, le pays va-t-il devenir un paradis pour multinationales avides de métaux précieux ? Le saccage de l’Amazonie n’en serait pas la seule conséquence : exploitation sauvage de la force de travail et mise en ordre généralisée du territoire au service de l’industrie sont au programme.

« Ah, vous venez de France pour parler des mines ? » « De France » ? Eh oui, tout le monde parle comme ça ici. Ce n’est pas un clin d’œil indépendantiste, mais la réalité quotidienne d’un département-région où les produits de base sont trop chers, sauf pour les fonctionnaires venus quelques années toucher un salaire 40 % supérieur à celui de métropole ; où l’accès aux soins est une gageure ; où il faut parfois trois jours de pirogue pour aller chercher son RSA.

Pour la petite équipe de huit dont cinq n’avaient jamais posé le pied sur ce territoire, déplier et parfois expérimenter ce qui en fait encore aujourd’hui une terre sous domination coloniale était peut-être le plus grand défi de ce voyage. Il aura fallu subir l’interminable visite promotionnelle de la base spatiale de Kourou, changer une roue en compagnie de militant·es Amérindien·nes, boire des coups dans les quartiers populaires de Saint-Laurent-du-Maroni, et aller creuser dans les courants de pensée décoloniaux sud-américains pour essayer de comprendre, de sentir, de trouver les mots justes.


  • Guyane, trésors et conquête, revue Z, no 12, automne 2018, 15 euros, 230 pages.



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