En Lozère, les naturalistes prennent position contre le schéma régional des éoliennes

Durée de lecture : 6 minutes

17 janvier 2013 / ALEPE

« La sensibilité de certaines espèces d’oiseaux au risque de collision avec les pales des éoliennes est avérée. C’est le cas notamment de l’aigle royal, du milan royal, des vautours fauves, moines et percnoptères »


A l’attention de : DREAL Languedoc-Roussillon
520 allée Henri II de Montmorency
34064 MONTPELLIER

Balsièges, le 14 décembre 2012

Objet : Avis de l’Association Lozérienne pour l’Etude et de Protection de l’Environnement sur le projet de Schéma Régional du Climat, de l’Air et de l’Energie (SCRAE) Languedoc-Roussillon

Madame, Monsieur,

Les objectifs et les orientations énoncés dans le Schéma Régional du Climat, de l’Air et de l’Energie (SCRAE) Languedoc-Roussillon sont tout à fait conformes à l’objet statutaire de notre association.

Cependant :

• Il nous semble assez surprenant que l’énergie nucléaire qui fournit 75 % de l’électricité produite en France soit totalement absente du SCRAE. Ce dans une région qui abrite plusieurs sites de la filière nucléaire, et qui est à proximité immédiate des centrales nucléaires de la vallée du Rhône menaçant
gravement la sécurité de la population.

• Il ne sert à rien d’encourager le développement de filières industrielles d’énergies renouvelables si aucun engagement ferme n’est pris pour se désengager à terme du nucléaire. Sans fermeture de centrales nucléaires (en plus de Fessenheim en 2016), et si les objectifs ambitieux de maîtrise de la
consommation énergétique affichés dans le SRCAE sont tenus, les nouvelles capacités de production en énergies renouvelables entraîneront une surproduction non stockable. Laquelle induira nécessairement l’exportation d’électricité et une nouvelle incitation au gaspillage généralisé.

• La mise en oeuvre de la plupart des mesures concrètes préconisées se fera de toute façon de par la loi (rénovation énergétique des logements etc.).

• La seule conséquence spécifique, contenue dans le Schéma Régional Eolien, annexé au SCRAE est l’incitation au développement de l’éolien industriel de la manière la plus large possible.

• Il n’est pas acceptable que le SCRAE ne considère pas les Zones de Protection Spéciales issues de la directive 2009/147CE (directive « Oiseaux ») comme des zones où l’installation des éoliennes est rédhibitoire. La France s’est en effet engagée à éviter dans les ZPS « la pollution ou la détérioration des habitats ainsi que les perturbations touchant les oiseaux ». Dans ces zones, l’Etat français a en effet l’obligation de conserver les populations d’espèces d’intérêt communautaire dans un bon état de conservation.

Or, la sensibilité de certaines espèces d’oiseaux au risque de collision avec les pales des éoliennes est avérée. C’est le cas notamment de l’aigle royal, du milan royal, des vautours fauves, moines et percnoptères (espèces de l’annexe I de la Directive « Oiseaux »), qui font par ailleurs l’objet
de plans nationaux d’actions pour restaurer leurs populations. A minima, les ZPS devraient donc être exclues des zones « propices au développement de l’éolien ».

De façon pertinente avec les objectifs de conservation de ces sites et la biologie de ces espèces, un rayon d’exclusion d’au moins 3 km
devrait même être respecté autour des ZPS accueillant ces espèces à grands domaines vitaux…

De plus, dans ou hors ZPS, aucun parc éolien ne devrait pouvoir être construit dans un rayon de 5 km autour des principaux sites de rassemblement automnaux de faucon crécerellette (Causse Méjean, Cerdagne, Plateau de Sault, Capcir, Lézignanais), et des principaux dortoirs internuptiaux de milan
royal (voir tables « PNA » mis en ligne par… la DREAL).

• Dans le même sens, les chiroptères font également l’objet d’un plan national d’actions et certaines espèces, inscrites à l’annexe II de la Directive « Habitats Faune Flore », ont justifié la désignation de Zones Spéciales de Conservation. L’Etat français a l’obligation de maintenir les populations de ces
espèces dans un bon état de conservation dans ces sites du réseau écologique Natura 2000.

Or, certaines de ces espèces sont aujourd’hui reconnues comme sensibles au risque de collision avec les éoliennes. A minima, le Schéma devrait donc exclure tous les sites Natura 2000 proposés au titre de la Directive « Habitats » et présentant un enjeu « Chiroptères » fort. Dans ou hors sites Natura 2000, une zone d’exclusion de l’éolien industriel d’au moins 5 km de rayon devrait être définie autour des colonies de reproduction et des principaux gîtes d’hibernation des 3 espèces d’intérêt communautaire
suivantes dont des cadavres ont déjà été trouvés au pied d’éoliennes en Europe : le minioptère de Schreibers, le petit murin et le grand murin.

Cette préconisation nous apparaît d’autant plus élémentaire et nécessaire que seulement une dizaine de colonies de ces espèces sont connues sur le
territoire régional.
Bien que non concernées par Natura 2000, le Languedoc-Roussillon présente une forte responsabilité (cf Schéma Régional pour la Biodiversité…) pour la conservation de la grande noctule et du molosse de Cestoni, espèces de « haut vol » et donc potentiellement très sensibles au risque de mortalité par
collision avec les éoliennes.

Dans ou hors sites Natura 2000, aucun parc éolien ne devrait donc être
implanté dans un rayon d’au moins 5 km autour des quelques gîtes connus de ces espèces en Languedoc-Roussillon.

• En rapport avec les deux précédentes remarques, on note que le document souligne bien la richesse du territoire régional en matière de biodiversité… pour l’oublier tout à fait dans les conclusions et rendus cartographiques… Dès lors, on peut légitimement s’interroger sur la logique et la cohérence
des politiques de l’Etat, en matière d’aménagement du territoire (SRCAE) et de préservation de la biodiversité (Natura 2000, plans nationaux d’actions)…

Où sont les belles préconisations du SRB (Stratégie Nationale pour la Biodiversité) en termes de prise en compte transversale de la biodiversité
dans toutes les politiques régaliennes ?

• Pour finir, l’étude départementale des sensibilités paysagères et naturalistes au regard de l’éolien industriel en Lozère à laquelle notre association a participé n’est pas intégrée dans le SCRAE ; non opposable au tiers, nous ne pouvons que déplorer sa simple valeur « informative », compte tenu de
la qualité du travail réalisé (et qui devrait être reproduit dans les 4 autres départements de la région).

Cette étude contient de plus des recommandations pour nous essentielles, non reprises par le document de cadrage régional.

C’est pourquoi l’ALEPE émet un avis défavorable sur le projet de SRCAE soumis à notre appréciation.

Le président de l’ALEPE, Rémi DESTRE



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Source : Courriel à Reporterre de l’Association lozérienne pour l’étude et la protection de l’environnement (ALEPE)

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