En finir avec le marché du carbone, oui ! Mais fixer un prix au C02 reste nécessaire

8 mars 2013 / Jean Sireyjol (Taca)



Le marché des quotas du CO2 ne fonctionne pas et ne sert que les grandes entreprises. Mais poser un prix au CO2 reste un instrument économique nécessaire pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.


Nous, association Taca, sommes tout à fait d’accord avec toutes les critiques de la pétition contre le marché européen des quotas de CO2. Il est particulièrement choquant que quelques entreprises polluantes aient pu obtenir des profits « tombés du ciel » en facturant des quotas de CO2 reçus gratuitement et non utilisés.

Face à ces combines du pire greenwashing, me revient un slogan en anglais :
Our Climate, not your business  !

En effet, ce qui nous déplait le plus dans ce marché des quotas, c’est l’idée que protéger notre climat, ce serait l’affaire du monde des affaires. Réduire nos émissions de CO2, pas de souci, nos entreprises s’en chargeraient pour nous !

Cette idée est naturellement absurde.

Ce marché ne concerne qu’une petite partie de nos émissions de CO2 ; celles des grosses installations émettrices de gaz à effet de serre, à savoir les centrales électriques, les gros sites de métallurgie, de pétrochimie et de cimenterie. En France ça représente environ 20% de nos émissions totales de CO2 (*4).

Seulement 20% ? Eh oui ! 100% des émissions de CO2 d’un Français moyen c’est quoi ?

• le CO2 pour chauffer son logement et disposer d’électricité : seule la partie électricité est couverte par le marché des quotas, mais pas les gros bataillons du chauffage au gaz et au fioul ;

• le CO2 pour se déplacer en voiture, en avion : rien n’est couvert par le marché des quotas ;

• le CO2 (équivalent) pour se nourrir : seule une minorité comme les emballages fabriqués en France sont couverts par le marché des quotas ;

• le CO2 des biens de consommation : seule une partie est concernée par le marché des quotas, mais tout le CO2 nécessaire à la fabrication des produits que nous importons depuis la Chine, par exemple, n’est pas compris dans ce marché des quotas.

En voyant cette liste, en essayant de mesurer son Impact Carbone, on comprend bien que ce marché des quotas ne couvre qu’une toute petite part de nos émissions de CO2.

Alors, ce marché qui ne concerne qu’une petite partie du problème à résoudre, et qui en plus ne marche pas, nous taca on est bien d’accord pour en jeter l’eau du bain.
Mais pas le bébé Prix carbone !

Réduire les émissions de gaz à effet de serre, pour arriver à les diviser par 4, demande un changement profond. Sans signal prix, ce changement ne se fait pas (on peut tristement en faire le constat) et ne se fera pas.

Le grand climatologue de la NASA Jim Hansen le dit de la façon suivante : « Aussi certain que la loi de la gravitation universelle, tant que les énergies fossiles seront moins chères que les énergies renouvelables on continuera à utiliser les énergies fossiles ».

Le signal prix est primordial. En France, un avantage de 18 centimes par litre de carburant en faveur du diesel a conduit à ce que 2 voitures sur 3 soient vendues avec un moteur diesel !

Pour nous Taca (et nous partageons ce point de vue avec notamment Bizi !) la solution au réchauffement climatique passe principalement par un changement de comportement du citoyen consommateur.

Consommateur, il oriente ses achats vers des produits à faible empreinte carbone ; citoyen, il vote pour une politique mettant en priorité absolue la lutte contre le réchauffement climatique.

Pour orienter les choix du consommateur, il faut que le citoyen demande la mise en place d’un prix sur le carbone qui va renchérir le prix des produits et services contenant beaucoup de carbone, et ainsi rendre financièrement plus intéressant les produits et services équivalents avec moins de carbone.

Our Climate, our business ! Le climat, c’est notre affaire !





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Source : Courriel à Reporterre

Jean Sireyjol, Président de l’association Taca.

Photo : Owni

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