Entre le Medef et les écologistes, Hollande a choisi

Durée de lecture : 4 minutes

26 février 2014 / Noël Mamère



La politique du patronat ou la politique écologiste ? Holllande a choisi. Dindons de la farce ? Les électeurs écologistes, qui ont pris au sérieux les engagements du Parti « socialliste ».


La conjonction de la puissante et légitime manifestation de samedi dernier, à Notre- Dame-des-Landes et de l’interview de Cécile Duflot dans Le Monde a tendu les relations internes à la majorité. La ministre du Logement a eu raison, « plutôt deux fois qu’une », de soutenir les manifestants et de rappeler ses inquiétudes sur la loi de transition énergétique. Mais cette tension ne fait que confirmer des interrogations et sous-entendus, de plus en plus inquiétants, des hiérarques socialistes sur le devenir de cette loi qui risque fort de se transformer coquille vide.

Résultat : le débat sur la sortie éventuelle des écologistes du gouvernement est relancé. Mais, cette fois, ce charivari n’est plus seulement un leurre destiné à rassurer les sympathisants écolos déboussolés par l’opportunisme de leurs dirigeants. Une fraction déterminée, au plus haut niveau de l’Etat, considère en effet qu’il est temps de trancher dans le vif.

Le Pacte de responsabilité aura eu au moins le « mérite » de mettre en lumière les contradictions béantes entre les projets des uns et des autres. François Hollande est obligé d’aller jusqu’au bout de la logique du Medef et cette dernière, a un prix politique. Pour être efficace, ce pacte doit faire sauter les verrous qui entravent le socialisme de l’offre. Il faut donc pouvoir relancer le nucléaire, grâce aux réacteurs EPR, donner une nouvelle chance au gaz de schiste, relancer la prospection minière…

Face à ces travaux d’Hercule, le cocooning des écolos n’est plus dans la liste des préoccupations du Président de la République. Entre faire plaisir à Cécile Duflot et donner raison à Pierre Gattaz, Arnaud Montebourg, et EDF, le choix est vite fait.

La loi sur la transition énergétique, qui est déjà un chemin de croix pour Philippe Martin, risque de devenir le tombeau du troisième ministre de l’écologie… Et de l’Energie (!) depuis le début de cette législature. D’autant plus que la philosophie de l’affaire est déjà trouvée : pour sauver le climat et la conférence de 2015, le nucléaire va de nouveau être l’argument du lobby des nucléocrates, qui vont nous placer devant le dilemme : charbon ou nucléaire ?

En faisant des énergies renouvelables et de la consommation énergétique des éléments quasiment folkloriques des politiques publiques, les lobbies des pétroliers et des nucléaristes prospèrent sur l’ignorance et sur les fantasmes… Mais aussi sur notre impuissance politique à modifier le rapport de forces.

Dindons de la farce : les électeurs écologistes

Si ce scénario est crédible, c’est que, pour les deux partenaires, la séparation se ferait à l’amiable, sur un enjeu clair, qui permettrait à chacun d’attendre les prochaines échéances politiques pour se « refaire » une santé. EELV sortirait « par le haut », constatant que la loi de transition énergétique ne contient pas d’avancées suffisantes et autorise le remplacement de vieilles centrales par des EPR, tandis qu’à l’Elysée et à Matignon, on se féliciterait de contribuer au succès de la conférence sur le climat de 2015, en faisant voter une loi sur l’énergie devenue par la magie du verbe « une loi sur la stratégie du bas carbone ».

Une fois encore, une occasion aura été manquée de changer le logiciel français de l’énergie, inventé sous la Quatrième République, développé sous le gaullisme triomphant, acté dans l’opacité par Pompidou et validé par François Mitterrand. Une fois de plus, les dindons de la farce auront été les électeurs écologistes, qui pensaient qu‘un accord signé avec le Parti Socialiste avait une quelconque valeur à ses yeux.

La morale de l’histoire est qu’en politique, les promesses n’engagent que ceux qui y croient ! L’écologie, « ça commence à bien faire », disait Sarkozy, qui avait tout de même produit le Grenelle de l’environnement. Si la coalition, dite de gauche, ne se reprend pas à temps, elle aura acté une régression. Qui seront les Harry Potter gagnants de ce scénario catastrophe autour de la transition écologique ? Les Verts, le PS ou les deux ? Pour le savoir, rendez- vous au prochain épisode dont on connait déjà le triste scénario.





Source : Noël Mamère pour Reporterre.

Photo : lexpress.fr.

Consulter notre Dossier : Hollande, adversaire de la finance ou agent de l’oligarchie ?.


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