Érosion : dans le Finistère, faut-il dire adieu à la mythique route du Vent solaire ?
La célèbre route du Vent solaire s'est effondrée à cause des intempéries, le 21 janvier 2026. - © Chloé Richard / Reporterre
La célèbre route du Vent solaire s'est effondrée à cause des intempéries, le 21 janvier 2026. - © Chloé Richard / Reporterre
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Dans le Finistère, la route littorale de Penhors, fort touristique, s’est effondrée. Alors que l’érosion grignote la côte, et que les aléas climatiques vont se multiplier, les élus s’interrogent sur son avenir.
Penhors (Finistère), reportage
Du bitume fendu, cassé et déplacé sur plusieurs mètres. Des galets étalés partout, du sable recouvrant le macadam… Cernée par des barrières Vauban, la route littorale de Penhors, à cheval entre les communes de Pouldreuzic et Plovan (Finistère) s’est effondrée mercredi 21 janvier.
« C’est impressionnant, mais on ne peut rien faire contre la nature », constate Denis, retraité résidant à Pouldreuzic. Emmitouflé dans son manteau d’hiver, il est venu constater les dégâts, comme des dizaines d’autres curieux présents sur place. « C’est triste de la voir ainsi », dit Marie-Jeanne, retraitée vivant dans le secteur. Coincée entre la plage de Penhors d’un côté et l’étang de Trébanec de l’autre, difficile pour la route du Vent solaire, très empruntée l’été, de résister.
Plutôt qu’incriminer la « nature », la cause de l’effondrement se trouve plutôt du côté de l’aménagement du littoral (un polder transformé, il y a plusieurs décennies, en étang) et du réchauffement climatique (et la hausse de l’érosion).
Les fortes pluies de ces derniers jours qui ont fait déborder l’étang — rien que jeudi 15 janvier, 68 millimètres sont tombés d’après la mairie de Pouldreuzic —, la marée et son fort coefficient (85), le vent du Sud et la houle de 4 mètres ont eu raison de la route, construite sur un remblai de galets. Elle « n’a pas supporté » ce cocktail, constate l’édile de Pouldreuzic, Philippe Ronarc’h (divers gauche).
La pression de l’étang a fait s’effondrer la route
François, habitant à proximité de Penhors, se dit impressionné « de voir la rapidité avec laquelle il y a eu une dégradation ». Comme d’autres, ce géographe n’est pour autant pas étonné qu’un tel événement se produise : « Ça fait plusieurs années qu’on voit le cordon de galets être refait chaque hiver. La surprise, c’est que la destruction est venue du haut [de la pression de l’eau retenue dans l’étang], et non de la mer ».
D’ici le printemps et le retour des beaux jours — et des touristes —, le maire de Pouldreuzic l’assure : « La route sera sécurisée pour les piétons et cyclistes. » Ce dernier veut voir cet effondrement comme « un mal pour un bien ». L’élu aimerait à terme que la route soit entièrement détruite, le site renaturé, et qu’une passerelle en bois relie les deux communes pour piétons et cyclistes.
L’étang deviendrait alors un polder, comme avant que la route soit construite, il y a soixante ans environ. Une renaturation ne posant pour lui pas de problème vis-à-vis des commerces alentour « puisque tout le monde se gare déjà du côté de Pouldreuzic et se déplace ensuite à pied » pour se rendre dans les cafés.
La tempête Ingrid risque d’aggraver la situation
Le maire de Plovan ne l’entend pas de cette oreille. Dominique Andro aimerait a priori conserver la route. Contacté par Reporterre, il n’a pas répondu à nos questions à l’heure de la publication. D’ici quelques semaines, « on va se mettre autour de la table avec les services de l’État et les communes pour savoir ce qui va être fait à l’avenir », indique de son côté Stéphane Le Doaré, vice-président au Département, chargé des infrastructures.
En plus de cette addition de facteurs ayant favorisé l’effondrement de la route, le territoire est, de façon générale, fortement sujet à l’érosion. « Depuis cinq ans que je vis ici, je vois la différence d’année en année : le trait de côte ne fait que reculer », remarque Denis. D’après une étude du Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement du territoire, le Cerema, menée sur la commune de Pouldreuzic, entre 1928 et 1990, le trait de côte a reculé de 20 cm par an, 25 cm par an entre 1990 et 2000, « et, aujourd’hui, 50 cm par an », souligne Nelly Vivien, adjointe aux finances.
« Le pire reste à venir », selon Philippe Ronarc’h. Vendredi 23 janvier, la tempête Ingrid et ses rafales prévues à plus de 110 km/h risquent certainement d’aggraver la situation.