Fessenheim doit devenir la vitrine du démantèlement nucléaire

7 septembre 2012 / Denis Baupin

Le 5 septembre, un dégagement de vapeur à la centrale nucléaire de Fessenheim a provoqué plusieurs blessés. François Hollande s’était engagé à fermer cette centrale, qui est la plus vieille de France


Denis Baupin vient de déposer une question écrite à Delphine Batho, ministre de l’écologie, du développement durable et de l’énergie, lui demandant que le gouvernement mette en œuvre l’engagement du Président de la République d’arrêter Fessenheim dès maintenant et d’en faire la vitrine d’une filière d’excellence du démantèlement nucléaire.

L’incident constaté mercredi 5 septembre à la centrale de Fessenheim semble avoir eu des conséquences limitées (plusieurs blessés malgré tout). Tant mieux !

Mais il n’est que le dernier avatar d’une longue série. Aucun incident dans une centrale nucléaire n’est anodin. Chacun peut avoir des conséquences qui dépassent largement celles qu’on peut connaître dans d’autres industries. La mobilisation intervenue mercredi au chevet de Fessenheim est venue le confirmer.

Cette centrale est reconnue par tous comme vétuste et comme la plus dangereuse. L’ASN elle-même a exigé des investissements de sécurité lourds, dans le cas où la centrale voudrait poursuivre son activité, faute de quoi l’ASN demanderait son arrêt.

Le candidat François Hollande s’était engagé à fermer cette centrale. Il est maintenant temps de passer à l’acte. La conférence environnementale peut être l’occasion de poser ce premier acte significatif d’une réduction organisée de la production nucléaire. Elle doit évidemment s’accompagner d’une aide à la reconversion industrielle et territoriale, prioritairement en direction des salariés, des sous-traitants et des acteurs économiques locaux.

Plutôt que de consacrer des dizaines de millions d’euros à des investissements de sûreté dorénavant inutiles - puisque la centrale doit fermer - investissons les dans une première étape de construction d’une filière d’excellence dans le démantèlement nucléaire, dont Fessenheim pourrait être la vitrine.

Plus globalement, la multiplication des incidents dans les installations nucléaires françaises interroge sur la sûreté nucléaire nationale. Un incident comme celui d’hier, qualifié « d’industriel », dans une opération de maintenance, sur le site d’un acteur industriel, EDF, pourtant supposé parmi les plus performants, est-il l’une des conséquences de l’aggravation des conditions de travail, de la multiplication de la sous-traitance, etc. dont l’ASN elle-même a souligné les risques... sans que cela n’entraîne la moindre conséquence pratique ?

Il est plus que temps, là encore, de passer à une autre étape en matière de sûreté. On ne peut se contenter d’une Autorité qui émet des avis sans avoir les moyens de les faire respecter. L’évolution prochaine des dirigeants de l’ASN doit être l’occasion non seulement de mettre en place une autorité reconnue par tous comme pleinement légitime et indépendante de tout lobby industriel et économique, de lui donner une dimension pluraliste et contradictoire dans l’expertise qui lui manque aujourd’hui, mais aussi de lui fixer une feuille de route qui fasse sortir l’affirmation moult fois proclamée « la sûreté n’est pas négociable » du seul domaine incantatoire.

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Question écrite de Denis Baupin, Vice-président de l’Assemblée Nationale, à Mme la ministre de l’écologie, du développement durable et de l’énergie

M. Denis Baupin demande à Mme la ministre de l’écologie, du développement durable et de l’énergie, s’il ne serait pas temps - au vu du dernier incident intervenu le mercredi 5 septembre à la centrale nucléaire de Fessenheim, qui confirme le caractère vétuste de la centrale, et les difficultés de maintenance afférentes - de mettre en œuvre dès maintenant l’engagement du Président de la République de fermer la centrale de Fessenheim, et, plutôt que de dépenser des dizaines de millions d’euros à améliorer la sûreté d’une centrale qui a vocation à s’arrêter rapidement, de les consacrer à poser les premiers jalons d’une filière d’excellence dans le démantèlement, dont Fessenheim serait la vitrine.





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Source : Communiqué de presse de Denis Baupin

Photo : Europe 1

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