Média indépendant, en accès libre pour tous, sans publicité, financé par les dons de ses lecteurs
Recevoir la lettre d'info

Flamanville est « un exemple d’esclavage moderne »

Des députés européens ont visité le chantier du réacteur EPR, piloté par EDF à Flamanville (Manche). EDF a confié le chantier à Bouygues, qui a utilisé une agence de travail temporaire Atlanco basée en Irlande, qui aurait recouru à une filiale à Chypre pour recruter des travailleurs polonais...


Des eurodéputés influents du groupe des socialistes et démocrates ont dénoncé le vendredi 1 juillet les conditions d’exploitation de plusieurs centaines d’ouvriers du chantier de l’EPR sur le site d’EDF de Flamanville, première étape d’une mobilisation des instances européennes.

Une délégation d’eurodéputés socialistes et démocrates, emmenée par la présidente de la commission de l’Emploi du Parlement européen, la française Pervenche Berès et Estelle Grelier, députée de l’euro circonscription, a rencontré des représentants d’EDF, maître d’ouvrage et d’œuvre, et des syndicats, le 1er juillet sur le site de Flamanville.

« Nous sommes d’ardents partisans des grands chantiers européens. Mais ils doivent être socialement exemplaires. Il est inadmissible que des entreprises peu scrupuleuses contournent les lois sociales européennes et nationales pour exploiter des travailleurs », déclare Estelle Grelier, la socialiste française élue de la circonscription.

« De telles sociétés ne devraient pas être autorisées à opérer en Europe. Elles devraient être mises sur liste noire », estime la présidente de la commission de l’Emploi et des Affaires sociales, Pervenche Berès. « Le sort des ouvriers européens de Flamanville est un cas typique de contournement des règles européennes sur le détachement des travailleurs. C’est un exemple d’esclavage moderne  », souligne t-elle.

« Nous allons nous servir de ce cas pour exiger une nouvelle fois de la Commission Barroso une révision des règles sur les travailleurs détachés au sein de l’Union européenne afin de lutter contre le dumping social. Nous ouvrirons le débat dès la rentrée de septembre avec la Commission européenne », a annoncé Mme Berès. « Nous allons en outre exiger dans le cadre des marchés publics, des mesures pour clarifier les responsabilités sociales dans la chaîne des sous-traitants du maître d’ouvrage ».

« Dans le cas présent, le responsable du génie civil a fait appel à une société d’intérim pour recruter de la main d’œuvre. D’après nos informations, des Polonais ont été engagés. Ils ont payé des impôts et des cotisations sociales prélevés directement sur leur fiche de paie dont ils n’ont pas la trace. Dès que ces problèmes ont été rendus publics, les travailleurs ont été renvoyés chez eux du jour au lendemain sans autre forme de procès », expliquent Mme Berès et Mme Grelier.

« Je ne doute pas de l’intérêt de la Pologne, qui prend aujourd’hui la présidence semestrielle de l’Union européenne, pour ce dossier » ajoute l’eurodéputée.

« Il existe malheureusement trop d’exemples comme Flamanville en Europe », déplore l’eurodéputée allemande Jutta Steinruck. « Nous avons réalisé le grand marché, créé l’euro mais nous devons encore construire une Europe sociale qui garantisse l’égalité de traitement. Nous voulons l’application du principe ’à travail égal salaire égal’ sur le même lieu de travail », souligne Mme Steinruck.

« Ceux qui sont appelés à travailler dans autre Etat membre doivent avoir accès au droit syndical, à la sécurité sociale, à un salaire décent et à cotiser pour leurs droits à la retraite », estime l’eurodéputée allemande Jutta Steinruck.

Note pour la presse

La compagnie d’électricité française EDF construit un réacteur nucléaire de nouvelle génération représentant 5 milliards d’euros d’investissement. Elle a confié la réalisation effective du projet au géant de la construction, Bouygues. Quelque 3.300 personnes ont été engagées dont un millier d’intérimaires. Plus de la moitié des travailleurs sont d’origines polonaise, portugaise, roumaine et hongroise. Les soupçons portent sur l’agence de travail temporaire Atlanco dont le siège est en Irlande. Elle aurait fait appel à sa filiale basée à Chypre pour engager notamment plusieurs centaines de travailleurs polonais.

Ces ouvriers ont travaillé sur le chantier sans aucune couverture sociale alors que des cotisations ont été prélevées tous les mois par l’agence. De même, ils ont payé des impôts en France. L’agence n’aurait jamais indiqué ce qu’elle avait fait de cet argent.


📨 S’abonner gratuitement aux lettres d’info

Abonnez-vous en moins d'une minute pour recevoir gratuitement par e-mail, au choix tous les jours ou toutes les semaines, une sélection des articles publiés par Reporterre.

S’abonner
Fermer Précedent Suivant

legende