Gilles-Eric Séralini, un scientifique engagé

21 septembre 2012 / Hervé Kempf


Si un mot doit résumer Gilles-Eric Séralini, c’est celui de ténacité. Depuis que ce chercheur a voué son activité scientifique à l’étude des effets des aliments transgéniques et du pesticide Roundup sur les êtres vivants, il n’a pas dévié d’un pouce, malgré le faible soutien de son institution de recherche et plusieurs polémiques.

Né en 1960, il étudie la biochimie et la biologie moléculaire et devient professeur de biologie moléculaire à l’université de Caen en 1991. Il aurait pu mener une vie tranquille, attaché à l’étude du système hormonal. Mais il « rencontre » les OGM en 1997 et signe l’appel lancé par le botaniste Jean-Marie Pelt, qui demande, au nom du principe de précaution, un moratoire sur les cultures transgéniques, le temps d’en évaluer les risques.

M. Séralini va alors s’investir dans l’étude des OGM, maintenant un équilibre fragile entre une activité scientifique reconnue, notamment par de nombreuses publications scientifiques, et un engagement public contre les cultures transgéniques. Il fonde en 1999 avec Corine Lepage le Comité de recherche et d’information indépendantes sur le génie génétique (Criigen), que rejoignent quelques chercheurs reconnus, tel Pierre-Henri Gouyon, professeur au Muséum national d’histoire naturelle.

Tout en menant dans son laboratoire des études sur le pesticide Roundup et sur divers OGM, il est membre, de 1998 à 2007, de la Commission du génie biomoléculaire chargée d’autoriser les OGM. Isolé, il s’oppose souvent à la majorité des autres membres, des biologistes plutôt favorables aux cultures transgéniques. Parfait connaisseur des procédures européennes d’évaluation des OGM, il contribue à en faire connaître les faiblesses.

Ces critiques, documentées par plusieurs organisations écologistes, sont relayées au Parlement européen, qui adopte en juillet 2011 un rapport recommandant une revue des méthodes d’évaluation par l’Autorité européenne de sûreté alimentaire.

Gilles-Eric Séralini est vivement critiqué par d’autres scientifiques : Marc Fellous, président en 2010 de la Commission du génie biomoléculaire (CGB), l’accuse d’être « militant » et « marchand de peur ». M. Séralini porte plainte pour diffamation, suivi par le tribunal, qui condamne M. Fellous en janvier 2011. L’étude publiée le 19 septembre marque un tournant dans la carrière de M. Séralini. Si sa qualité est validée, il prendra une nouvelle stature. Sinon...




Puisque vous êtes ici…

… nous avons une faveur à vous demander. Il n’y jamais eu autant de monde à lire Reporterre, mais nos revenus ne sont pourtant pas assurés.

Contrairement à une majorité de médias, nous n’affichons aucune publicité, et laissons tous nos articles en libre accès, afin qu’ils restent consultables par tous. Reporterre dépend en grande majorité des dons de ses lecteurs. Le journal, indépendant et à but non lucratif, compte une équipe de journalistes professionnels rémunérés, nécessaire à la production quotidienne d’un contenu de qualité. Nous le faisons car nous croyons que notre point de vue, celui de l’environnement et de l’écologie, compte — car il est aussi peut-être le vôtre.

Notre société a besoin d’un média qui traite des problématiques environnementales de façon objective, libre et indépendante, en restant accessible au plus grand nombre ; soutenir Reporterre est ma manière de contribuer à cette démarche. » Renan G.

Si toutes les personnes qui lisent et apprécient nos articles contribuent financièrement, la vie du journal sera pérennisée. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Merci.

Soutenir Reporterre



Vous avez aimé cet article ? Soutenez Reporterre.

Source : Le Monde

Lire aussi : OGM : ils sont dangereux, conclut l’enquête la plus complète jamais menée

19 juillet 2018
La médecine traditionnelle indienne, un vaste savoir des plantes
Reportage
19 juillet 2018
Face à l’effondrement, fondons des alliances terrestres
Chronique
19 juillet 2018
L’objectif de 50 % de nucléaire d’ici 2025 est-il tenable ?
Une minute - Une question


Vous avez aimé cet article ? Soutenez Reporterre



Du même auteur       Hervé Kempf