Halte au massacre des éléphants

Durée de lecture : 4 minutes

16 mars 2013 / Pierre Pfeffer (SNPN)

« Si nous n’étions pas là pour sauver les mammouths, nous pouvons encore sauver les élephants »


Tout récemment, le 3 septembre 2012, cinq gardes du Parc national de
Zakouma, au Tchad, qui avaient imprudemment posé leurs fusils pour
faire leur prière matinale, furent surpris par un groupe de braconniers
et tous massacrés ! Ils sont les dernières victimes, rapportées à ce
jour, de l’impitoyable guerre que mènent, depuis plus de trente ans,
des bandes puissamment armées pour s’approprier l’ivoire des derniers
éléphants d’Afrique.

DE PLUS EN PLUS DE MASSACRESLES CONSÉQUENCES SONT CATASTROPHIQUES !

Ayant pratiquement exterminé les éléphants qui peuplaient les zones
non protégées, les braconniers s’attaquent à présent aux populations
réfugiées dans les réserves de faune et les parcs nationaux. Celui de
Zakouma, bénéficiant d’une aide européenne, en hébergeait encore
près de 4 000 en 2009, mais les comptages aériens entrepris par des
spécialistes au cours des deux dernières années n’ont permis d’en
retrouver que 614 vivants, tandis que de tous côtés, dispersés dans
la savane, gisaient des cadavres d’éléphants dépouillés de leurs
défenses !

Cette situation désastreuse se retrouve, hélas, pratiquement sur toute
l’étendue du continent africain, même si c’est à des degrés divers,
y compris dans des pays réputés pour la gestion exemplaire de leur
faune sauvage. Le résultat est que la population globale d’éléphants,
massacrée à un rythme voisin de 100 000 têtes par an, est tombée de
près de 2,5 millions en 1970 à plus ou moins 300 000 à l’heure
actuelle !

L’HISTOIRE A PROUVÉ QUE DES SOLUTIONS EXISTAIENT

Les populations d’éléphants n’ont connu qu’un bref répit d’environ
sept ans, entre 1990 et 1997, essentiellement grâce à l’action de
quelques scientifiques et associations, telles qu’en France la Société
nationale de protection de la nature (SNPN), fondée en 1854, et qui
avait, déjà en 1933, obtenu des puissances coloniales qu’elles
interdisent la chasse commerciale pour l’ivoire, mais pas la chasse
dite « sportive », limitée suivant les pays à 2 ou 4 éléphants par an
et par chasseur.

La retentissante campagne internationale menée dans
les années 1980 par ces différentes organisations a abouti, en octobre
1989, à l’interdiction du commerce de l’ivoire par la Convention sur le
Commerce international des espèces menacées de faune et de flore
(sigle anglais CITES) : de l’Annexe 2 de cette Convention (commerce
autorisé sous contrôle), toutes les populations d’éléphants
d’Afrique furent transférées en Annexe 1 (commerce totalement
interdit) où figurait déjà, depuis 1975, l’éléphant d’Asie.

Cette décision s’est immédiatement traduite, sur le terrain, par une
chute spectaculaire et même inespérée du braconnage, et par l’amorce,
constatée par les spécialistes, d’une remontée des populations
d’éléphants qui avaient cependant besoin d’un répit d’au moins vingt
ans pour retrouver leurs effectifs des années 1970.

Malheureusement, les partisans du commerce de l’ivoire, et notamment
l’Afrique du Sud, ont entrepris un tel « lobbying » qu’ils ont obtenu,
en 1997-2000, un retour en Annexe 2 de la CITES pour les populations
d’éléphants de quatre pays d’Afrique australe : Botswana, Namibie,
Zimbabwe et, bien sûr, Afrique du Sud ! Le commerce, soi-disant
contrôlé, mais en fait incontrôlable, a donc repris comme avant. Ces
pays jouant le rôle de filière écoulaient l’ivoire braconné sur le
territoire des 25 autres pays d’Afrique qui, renonçant à des profits
à court terme, avaient choisi de rester en Annexe 1 pour sauver leurs
derniers éléphants.

Ce trafic, exclusivement et paradoxalement accordé par la CITES à
destination de la Chine et du Japon, les deux plus grands consommateurs
d’ivoire, coûterait encore la vie à près de 40 000 éléphants par
an, selon l’estimation basée sur les saisies opérées par les douanes
de différents pays et qui ne représenteraient que 10 % de l’ivoire
frauduleusement exporté !

URGENCE ABSOLUE : RECLASSER LES POPULATIONS D’ÉLÉPHANTS D’AFRIQUE EN
ANNEXE 1 DE LA CITES

En conséquence, et afin de prévenir l’extinction inexorable de toutes
les populations d’éléphants dans les dix années à venir, la
Société nationale de protection de la nature en appelle à tous les
Etats signataires de la CITES - à commencer par ceux de l’Union
européenne, dont la France qui a déjà joué dans ce conflit un rôle
de premier plan - pour qu’ils apportent leur soutien à tous les pays
d’Afrique opposés à la reprise du commerce de l’ivoire, et plus
particulièrement aux 26 Etats qui ont formé la Coalition pour
l’Eléphant.

Il est primordial qu’à la prochaine conférence de la Cites, prévue en mars 2013, les Etats signataires votent pour le retour effectif en annexe I de cette convention de toutes les populations d’éléphants d’Afrique qui avaient été rétrogradées en Annexe 2 en 1997, avec les
conséquences désastreuses que tous les Etats de l’aire de répartition
de l’espèce ont pu constater.

Le temps nous est compté, mais comme nous l’avons déjà dit : si nous n’étions pas là pour sauver les mammouths, nous pouvons encore sauver les élephants !




Source : SNPN (Société de Protection de la Nature)

Pierre Pfeffer est vice-président de la SNPN.

Première mise en ligne sur Reporterre le 26 octobre 2012.

Photo : Dicart-net

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