Hollande et les jeunes

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13 octobre 2012 / Hervé Kempf

« Je voudrais vous parler d’autres jeunes, Monsieur le président. Ils sont près de cent cinquante, et n’ont pas choisi d’accumuler du capital. »


Monsieur le président, j’ai admiré la rapidité avec lesquels les entrepreneurs surnommés les « pigeons » ont obtenu satisfaction. Ces jeunes gens demandaient qu’on n’applique pas lors de la cession de leur entreprise un taux d’imposition qu’ils jugeaient trop élevé. Ces apprentis capitalistes avaient bien entendu le mot clé de votre campagne présidentielle, qui était la jeunesse. Vous promettiez de faire de celle-ci votre priorité.

Je voudrais vous parler d’autres jeunes, Monsieur le président. Ils sont près de cent cinquante, et n’ont pas choisi d’accumuler du capital. Non, ils veulent créer un autre monde, voir s’il est possible de vivre autrement, ils cultivent la terre, cuisent leur pain, font du théâtre, partagent leurs savoirs. Plusieurs ont des enfants, qui vont à l’école, et vivent heureux sans télévision. Il semble, Monsieur le Président, que ces jeunes sont tout aussi méritants que ceux qui rêvent d’empocher une belle plus-value.

Ils vivent, voyez-vous, à Notre Dame des Landes. Ah, vous sourcillez. Oui, à l’endroit même où votre premier ministre Jean-Marc Ayrault rêve depuis si longtemps de construire un aéroport. Il prévoit d’utiliser un dispositif proche de ces partenariats public-privé que Alain Rousset, le président (PS) de la région Aquitaine, vient de qualifier de « mécanique infernale », et dans des conditions économiques qui font frémir dans un moment où les dépenses publiques sont censées être soigneusement balancées.

Or, nous apprenons que des compagnies de gendarmes s’apprêtent à investir les champs et les bois pour en chasser ces jeunes nouveaux paysans et leurs familles. Il s’agit de laisser place aux bétonneuses, et d’opérer avant la trêve hivernale, qui s’ouvre le 1e novembre. Je ne doute pas, Monsieur le Président, que votre ministre du Logement, l’écologiste Cécile Duflot, vous priera de ne pas créer de nouveaux sans-logis. Je voudrais aussi vous rappeler l’accord que vous avez fait conclure, en mai, pour achever la grève de la faim de paysans à Notre Dame des Landes : arrêt des expulsions jusqu’à l’épuisement des recours.

Sur le plan juridique, vous pouvez certes laisser se poursuivre l’expulsion des jeunes occupants sans titre de Notre Dame des Landes. Mais dans l’esprit, il s’agirait bel et bien d’une trahison. Il serait accablant, Monsieur le Président, que cette semaine, votre souci de la jeunesse se traduise par des matraques et des gaz lacrymogènes.




Source : Cet article est paru dans Le Monde daté du 14 octobre 2012.

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