Hommage à Tignous, le tendre, le teigneux

Durée de lecture : 3 minutes

10 janvier 2015 / Thierry Salomon

Mots d’Adieu à Tignous, la « teigne » en occitan, compagnon et ami de négaWatt. Tignous le teigneux, Tignous le tendre, formidable dessinateur, curieux de tout, convaincu d’écologie, assassiné par des balles atroces. Avec le grand Duduche, Charb et Wolinski, il s’en est allé rejoindre Coluche et Reiser au paradis des gribouilleurs.

Tignous, rencontré au Festival du Vent à Calvi, était devenu un ami. Fabrice Nicolino, gravement blessé, suivait très attentivement les actions et idées de négaWatt. Et tous deux nous avaient fait l’amitié d’une grande double page dans Charlie Hebdo lors de la sortie du Manifeste négaWatt.

Alors, pour eux, ces quelques mots d’adieu à Tignous.

Au lumineux Festival du Vent, à Calvi, une pièce équipée d’une large table était rituellement réservée à une bande de joyeux loustics lourdement armés de feutres et de rames de papier.

C’était le royaume de gribouilleurs modestes et géniaux, une caverne enfumée où leur talent, allié à la magie de la baie de Calvi et à la Piétra, la goûteuse cervoise corse, a permis chaque nuit un petit miracle. Tous les matins, en effet, les festivaliers avaient le bonheur de découvrir avec le premier café la production nocturne de ces artistes de la pointe acérée et du clavier pas du tout tempéré.

A chacun de mes séjours au Festiventu, cette bande de garnements me stupéfiait par leur habileté à croquer un évènement du Festival, le relier à l’actualité, mélanger provoc’ rabelaisienne et traits de génie.

Parmi eux, Tignous, la « teigne » en occitan, nom de plume si joliment choisi. Mais une teigne qui n’avait d’autre férocité que dans son coup de crayon. Un dessinateur curieux de tout, convaincu d’écologie, passionné par le concept de négaWatt que je m’efforçais, à sa demande, de lui expliquer avec le secret espoir qu’il en résulte quelques formidables dessins.

Quelques années plus tard, après la publication chez Actes Sud du Manifeste négaWatt, l’équipe de Charlie Hebdo décida de publier une double page autour de ce pacifique pavé. Le journaliste d’investigation Fabrice Nicolino, inlassable pourfendeur des hypocrisies de notre société et de notre bidoche, se chargea de décrypter l’ouvrage et tout naturellement Tignous réalisa les illustrations.

Aujourd’hui, ce maudit 7 janvier, victime de pervers cinglés, Fabrice Nicolino est grièvement blessé. Et Tignous, Tignous le teigneux, Tignous le tendre, papa de quatre enfants, a été assassiné par des balles atroces.

Avec le grand Duduche, Charb et Wolinski, il s’en est allé rejoindre Coluche et Reiser au paradis des gribouilleurs. En nous laissant bien plus que tristes : épouvantés. Mais là-haut, quelle sacré bande ! Dieu, s’il existe, a intérêt à avoir un sacré sens de l’humour. Quant à Allah, tout Akbar qu’il soit, les assassins de la liberté lui ont rendu aujourd’hui un très mauvais service : puisque qu’il déteste les caricatures, il va être servi !


TIGNOUS AVAIT DESSINE DANS REPORTERRE EN... 1989

Eh oui, Reporterre existait dans une première formule, sur papier, en 1989, et Tignous y avait publié un dessin dans le numéro de juillet-août :



Lire aussi : Charlie Hebdo : un journal intimement lié à l’écologie

Source : Courriel à Reporterre de Thierry Salomon (négaWatt).
. Ajout sur Reporterre en 1989 : la rédaction.

Photo : Tignous (Wikimedia-Coyau/CC-BY-SA-3.0)

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