Il faut en finir avec les armes nucléaires‏

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25 septembre 2013 / Pierre Jasmin

L’ONU se réunit jeudi 26 septembre pour discuter de la fin des armes nucléaires. Longtemps impuissant, le mouvement pour l’élimination de ces armes de destruction massive a repris de la vigueur depuis quelques années.


Jeudi 26 septembre, à New York, le secrétaire-général de l’ONU Ban Ki-moon ouvrira, cinq ans après l’annonce de son plan en cinq points pour l’élimination des armes nucléaires - sa motivation principale à entreprendre un second mandat à la direction de l’ONU –, la première réunion de haut niveau de l’Assemblée générale sur le désarmement nucléaire, appuyée par une grande majorité de pays et l’immense majorité des citoyens du monde.

17 000 armes nucléaires présentent un danger permanent de mort ou de chantage, suite à une fausse alerte, un court-circuit, une erreur humaine ou un vol de matériel fissile par des terroristes. Telle que prônée par les Républicains américains, une « guerre nucléaire limitée » aurait eu pour effet d’anéantir notre civilisation, en raison des nuages de particules qui stagneraient dans la haute atmosphère empêchant toute récolte.

Un rapport alarmant de la Croix rouge internationale démontre que tous les établissements médicaux et médecins du monde ne suffiraient pas à la tâche. La Cour internationale de justice a émis en 1996 un avis consultatif selon lequel toute utilisation d’armes nucléaires serait illégale en raison des effets disproportionnés qu’elle aurait sur l’environnement et les populations civiles, parce que les dommages ne pourraient être limités ni dans le temps ni dans l’espace.

Le seul fait de menacer de s’en servir, comme le font, par exemple, l’OTAN ou les pays détenteurs de ces armes – Corée du Nord, Inde, Israël, Pakistan, plus les cinq membres permanents du Conseil de « sécurité » de l’ONU, Chine, États-Unis, France, Grande-Bretagne et Russie, – constitue un crime, en vertu du droit international humanitaire.

Soixante ans après que le président Eisenhower eut affirmé que le complexe militaro-industriel représentait la plus grande menace à la sécurité mondiale, des compagnies telles Lockheed Martin et Northrop Grumman fabriquent des drones armés, des avions furtifs et offensifs F-35 et des armes nucléaires.

Ce site Web révèle les liens de nos institutions bancaires « respectables » avec les fabricants d’armes de destruction massive. Nos lecteurs francophones les découvriront en Belgique (Ackermans & van Haaren, Dexia et groupe KBC), en France (BNP Paribas, Crédit agricole, Financière de l’échiquier, le Groupe BPCE et la Société Générale France) et au Canada (Banques de Montréal, de la Nouvelle-Écosse, Royale, Toronto-Dominion, Power Corporation et Financière Sun-Life). Devant la puissance des oligarchies bancaires, il serait trop facile de verser dans le cynisme et l’inaction.

Au contraire, Alyn Ware, coordonnateur mondial du réseau Parlementaires pour la non-prolifération nucléaire et le désarmement (PNND), rapporte qu’« un processus prometteur de désarmement nucléaire a débuté à Genève du 14 au 24 mai 2013. L’Open Ended Working Group on Taking Forward Multilateral Nuclear Disarmament Negotiations, fondé par l’Assemblée générale de l’ONU, a insufflé de l’air frais dans un environnement politique qui stagne depuis 17 ans ».

"Il en coûte des milliards pour maintenir ces armes démodées"

L’Assemblée parlementaire de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe à Istanbul le 3 juillet 2013, a entériné ces nouveaux développements à l’unanimité grâce à une motion présentée par Uta Zapf, coprésidente de PNND et chef adjointe de la Délégation du Parlement allemand. Le 25 juin 2013, Ed Markey, aussi coprésident des PNND, a été élu au Sénat américain :

« Nos systèmes d’ogives nucléaires ont été pensés dans l’optique de remporter la Guerre froide et ne reflètent pas les menaces actuelles. Il en coûte des milliards pour maintenir ces armes démodées. En période de réduction des services gouvernementaux essentiels et des dépenses consacrées à la sécurité sociale, à l’assurance-maladie, à l’éducation et à la recherche, nous ne pouvons continuer de gaspiller des ressources en nous appuyant sur l’idée obsolète qu’un arsenal nucléaire considérable nous protège. »

Conformément à l’article VII du Traité de non-prolifération, sept zones libres d’armements nucléaires couvrent presque toute la superficie de l’hémisphère sud et des parties de l’hémisphère nord. À Ottawa en octobre 2012, Pugwash Canada a exhorté les pays circumpolaires d’établir une telle zone dans l’Arctique.

Le 17 juin dernier, le président russe Vladimir Poutine et le président américain Barack Obama se sont réunis, malgré leurs divergences d’opinions sur la Syrie, avec la volonté commune de retrancher davantage d’armes nucléaires de leur arsenal respectif. Si Obama à Berlin a réitéré sa rhétorique antinucléaire tenue à Prague en 2009, l’avaient toutefois précédé les discours par John F. Kennedy [1] en 1962 et Ronald Reagan [2] en 1984.

Faut-il donc être optimiste ou pessimiste devant ce 26 septembre ? Pessimiste, vous contribuez à son échec. Optimiste, la Conférence d’Oslo sur l’impact humanitaire des armes nucléaires a obtenu un grand succès en mars 2013 en dépit du boycottage pratiqué par les cinq membres permanents du Conseil de sécurité : la conférence a attiré 127 gouvernements, grâce aux efforts conjugués du gouvernement norvégien et des organisateurs de l’International Campaign to Abolish Nuclear Weapons (ICAN).

Une rencontre de suivi se tiendra au Mexique au début de 2014 en vue d’éliminer les armes nucléaires de la surface de la Terre d’ici 2030. Davantage d’informations positives sont accessibles dans mon article publié il y a quatre jours par Affaires universitaires et surtout dans le guide produit par Rob van Riet et Alyn Ware, Promouvoir la non-prolifération et le désarmement nucléaires, dévoilé à Québec l’automne dernier lors de la 127e réunion de l’Union interparlementaire, réseau mondial formé de 800 parlementaires.

L’arme nucléaire, « utilisée » pour la dernière fois en 1945, fait désormais face à une vive opposition, en particulier en Allemagne et au Japon qui appuient « la mission de l’UNESCO de bâtir la paix et la sécurité, en resserrant les liens entre l’éducation, la science et la culture, pour garantir le respect universel de la justice, de la loi, des droits de la personne et des libertés fondamentales ».

"Ce n’est pas par d’autres déclarations hypocritement vertueuses de présidents américains, mais par un engagement solide de la société civile que le complexe bancaire-universitaire-industriel-militaire pourra être vaincu. Pourquoi ne pas changer dès aujourd’hui d’institution bancaire ? "


Notes

1- « Le monde n’a pas été conçu comme une prison où l’homme attend son exécution. Et l’humanité n’a pas survécu aux tests et épreuves de milliers d’années pour tout abandonner maintenant, jusqu’à sa propre existence. Cette nation a la volonté et la foi pour entreprendre un effort ultime pour briser la résistance au désarmement et à la non-prolifération – et nous persévérerons en vue de la victoire, c’est-à-dire jusqu’à ce que la règle de la loi remplace le toujours périlleux usage de la force. » John F. Kennedy, 1962

2- « Peuples de l’Union soviétique, il n’y a qu’une seule gouvernance saine, pour votre pays et le mien, afin de préserver notre civilisation en ces temps modernes : une guerre nucléaire ne ferait aucun vainqueur et ne doit jamais être livrée. La seule valeur pour nos deux nations détentrices d’armes nucléaires est de s’assurer qu’elles ne soient jamais utilisées. Mais alors ne serait-il pas préférable de s’en débarrasser entièrement ? »
Ronald Reagan, 1984




Source : Pierre Jasmin pour Reporterre.

Pierre Jasmin est vice-président des Artistes pour la Paix, professeur de musique à l’Université du Québec à Montréal, membre de Pugwash Canada et du Réseau canadien pour l’abolition de l’arme nucléaire.

Dessin : Paru dans le Chicago Tribune le 12 août 1945.

Lire aussi : Une bombe atomique américaine a failli frapper New York en 1961

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