Il faut questionner la place de la technique dans la société

Durée de lecture : 3 minutes

7 janvier 2013 / Technologos


Au fil des siècles, l’homme a conçu ses outils dans le but d’améliorer sa condition.

Or force est de constater que ceux-ci contrarient aujourd’hui sa sécurité,
son confort et sa liberté bien plus qu’ils ne se mettent à leur service.
Posons-nous quelques questions.

Pourquoi, par exemple, l’homme ne sait-il pas arrêter
ses centrales nucléaires lorsqu’elles échappent à son contrôle ?

Pourquoi, dans le monde du travail, se proclame-t-il toujours
« acteur » mais jamais « responsable » quand survient un accident ?

Pourquoi laisse-t-il les robots-traders faire la loi
à Wall Street et sur l’ensemble de l’économie mondiale ?

Pourquoi le système technicien est-il fondamentalement
productiviste, donc générateur de prolétarisation et d’inégalités
(quand la spéculation financière ne l’est que secondairement) ?

Comment - parce qu’il ne reconnaît pas cet enchaînement causal -
l’homme occidental menace-t-il les fondements de la démocratie
(ce qui fait le lit du fondamentalisme religieux) en même temps
qu’il détruit l’équilibre écologique de toute sa planète ?

Pourquoi cet homme, qui ne jure d’habitude que par les libertés,
se laisse-t-il localiser passivement par les radars, les caméras
de surveillance, les systèmes GPS et autres techno brothers ?

Pourquoi s’apprête-t-il à introduire des nanocapteurs (objets dits
« intelligents ») dans son organisme en leur donnant carte blanche ?

Pourquoi confie-t-il de plus en plus de responsabilités à des automates,
au point de devoir « communiquer » avec eux bientôt plus qu’avec ses semblables ?

Pourquoi, via internet, cherche-t-il à « se faire des centaines d’amis » qu’il n’a jamais
vus et ne verra jamais ? Pourquoi y exhibe-t-il de plus en plus son intimité ?

A-t-il donc quitté le terrain de l’humanité pour celui d’une post-humanité,
élaborée en fonction de ses moyens, qu’il érige désormais en finalités ?
En est-il devenu, à son insu, leur « serviteur volontaire » ?
Leur est-il aliéné ?

Toutes ces questions, quelques citoyens se les posent régulièrement.
Ils le font sans nostalgie ni réflexe technophobe, animés seulement
par un esprit critique qu’ils ont du mal à percevoir autour d’eux,
que ce soit dans la sphère politique ou dans les milieux intellectuels et militants.

Ils sont en revanche guidés par les travaux d’une poignée d’intellectuels
du XXe siècle, qu’ils jugent clairvoyants et dont ils se réclament les héritiers :
Hannah Arendt, Jacques Ellul, Bernard Charbonneau, Günther Anders, Ivan Illich…
pour ne citer que les plus importants.

Nous faisons partie de ces citoyens.
A ce titre,
nous vous invitons à créer avec nous des espaces de débat public
consacrés à la place de la technique dans les mentalités.
Dans l’objectif de résister à sa sacralisation
et d’oeuvrer à sa démystification.

.............................

Eric Andrade, Dorothée Benoit Browaeys, Cyrille Bodolec, Christophe Bonneuil, Dominique Bourg,
Simon Charbonneau, Jean-Michel Dauriac, Joël Decarsin, Gérard Dubey, Fabrice Flipo,
Jean-Baptiste Fontaine, Jean-Baptiste Fressoz, Alain Gras, Philippe Gruca, Marie Guibert,
Jean-François Hérouard, François Jarrige, Maxime Jebar, Jean-Pierre Jézéquel,
Jean-Paul Karsenty, Philippe Lacaze, Anthony Laurent, Stéphane Lavignotte, Philippe Léna,
Michel Lepesant, Noël Mamère, Sébastien Morillon, Sophie Poirot-Delpech, Michel Rodes,
Frédéric Rognon, Thierry Sallantin, Olivier Sigaut, Michel Sourrouille, Christian Sunt,
Jacques Testart, Lionel Thébaud, Hélène Tordjman, Pierre Trigano, Gérard Weil
(membres fondateurs).




Source et photo : Courriel à Reporterre de Technologos

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