Il faut s’appuyer sur l’accord de Copenhague malgré ses faiblesses

6 février 2010 / Hervé Le Treut

Bien sûr, Copenhague est loin, très loin de ce qui était souhaitable. Mais compte tenu de l’ampleur de la transformation à opérer par les Etats-Unis et la Chine, il constitue un pas utile.


Il est évident que l’accord de Copenhague est loin de ce que le diagnostic scientifique demande pour éviter de modifier de manière substantielle le système climatique – et c’est bien parce que ce risque existe de manière toujours plus forte que le développement des pays du Sud est aussi un enjeu toujours plus fort. A aucun moment l’addition des promesses ne s’est approché de ce qui était nécessaire.

Je crois suffisamment à l’importance du problème climatique pour y
consacrer des exposés grand-public réguliers, un peu partout et depuis
plusieurs années. Je suis bien sûr le premier à regretter que l’accord n’aille pas plus loin. J’espérais aussi que la dynamique qui s’est développée autour de Copenhague amènerait quelques gestes en plus, lors de la conférence elle-même, en particulier au niveau des engagements des Etats-Unis, que les chef s d’Etat n’oseraient pas venir les mains vides..

Mais je n’ai jamais pensé que les Etats-Unis ou la Chine pouvaient venir avec des positions drastiquement différentes de celles déjà annoncées, ni que le problème allait se résoudre en 15 jours. Tenir une réduction de 30%, pour les pays européens, représente déjà une véritable révolution, bienvenue, mais qu’il sera très difficile à mettre en œuvre, ne serait-ce que pour convaincre tout le monde, aux niveaux régional, municipal, individuel, dans un contexte où chaque solution proposée (taxe carbone, éolien, agrocarburants, …) trouve vite ses limites en terme d’acceptabilité et d’efficacité réelle.

Mais pour les Etats-Unis, pour la Chine, la transformation structurelle qui est réclamée est infiniment plus forte.

Il est évident que le système « capitaliste » actuel est à la racine du problème. En même temps, si, en scientifique concret, on pense à la planète, à l’urgence face aux changements en cours, il n’y a pas le choix : il faut réduire les émissions qui croissent le plus vite et le faire avec les gouvernements en place, convaincre le géant non-démocratique qu’est la Chine, l’immense et complexe nébuleuse indienne, une Amérique qui ne s’est encore associée à aucune forme de pouvoir ou de contrainte supranationale, etc. Cela n’est plus au scientifique de le dire, mais je n’ai jamais cru que cela pouvait se faire en un jour, ni même en 15.

Maintenant il me semble que les semaines et les mois qui viennent seront critiques, car si l’on déconsidère complètement le processus qui s’est mis en route avant Copenhague, si on estime qu’il n’a été capable de rien, que ses résultats sont insignifiants, quelle autre démarche pourra-t-on proposer à la place ? Je n’en vois personnellement aucune, du moins dans un délai compatible avec les urgences scientifiques.





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Source : Courriel à Reporterre.

L’auteur : Hervé Le Treut est climatologue et directeur de l’Institut Simon Laplace. Il a publié Nouveau climat sur la Terre. Comprendre, prédir, réagir (Flammarion, 2009) et il tient un blog sur le climat : http://blogs.lexpress.fr/le-climatoblog/.

Ecouter son ITV sur Reporterre en 2007 http://www.reporterre.net/entretien...

Lire aussi : Copenhague, un succès paradoxal http://www.reporterre.net//spip.php...


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