Il faut socialiser le groupe Servier

Durée de lecture : 4 minutes

3 mars 2011 / ATTAC



L’affaire du médicament "illustre l’absence de scrupules de certains
industriels de la pharmacie. Attac demande que la
propriété du groupe Servier soit confisquée et transférée en totalité à
la collectivité publique, sous la forme d’une entreprise sociale."


L’accident cardiaque survenu le 26 février à une victime du Mediator,
contrainte à des examens éprouvants par le « délire procédurier » (1) du
Laboratoire Servier, illustre jusqu’à la caricature des dérives
inacceptables.

La justice devra bientôt se prononcer sur le caractère délictueux des
manœuvres de retardement de ce laboratoire. Tout usage de médicaments
comporte un risque, mais Servier a mené une action concertée en vue
d’occulter l’existence de ce risque, au lieu de suspendre la
commercialisation d’un médicament connu comme dangereux.

Cette affaire illustre tristement l’absence de scrupules de certains
industriels de la pharmacie, qui devraient au contraire travailler au
service de la santé publique et du bien commun. Attac demande que la
propriété du groupe Servier soit confisquée et transférée en totalité à
la collectivité publique, sous la forme d’une entreprise sociale.

Ce transfert serait l’amorce de la création d’un pôle public de
production et d’échange des produits de santé, pièce essentielle d’une
politique de santé progressiste. Deux raisons plaident pour ce choix
fondamental :

1- Pour préserver la santé publique, la collectivité a besoin
d’entreprises de production et de distribution de médicaments qui ne
soient pas d’abord des machines à cash pour leurs actionnaires. Servier
cesserait de produire les médicaments dont le rapport bénéfice/risque
serait mauvais pour la santé et continuerait à produire (partiellement
ou complètement) et à distribuer les médicaments princeps utiles et les
médicaments génériques essentiels (2) grâce à sa filiale Biogaran.
Échappant à l’impératif du profit, le prix de vente des médicaments
génériques essentiels pourrait être voisin du prix de revient.

2- Pour développer des innovations utiles socialement, résultant d’une
délibération démocratique, la direction de cette entreprise sociale
serait assurée par les principales parties intéressées à une politique
de santé publique juste et efficace : les pouvoirs publics, les
professionnels de santé, les représentants des salariés, les
associations de malades. Le statut de société coopérative d’intérêt
collectif pourrait par exemple être mobilisé.

Véritable laboratoire social et économique, cette entreprise pourrait
envisager des partenariats avec des entreprises coopératives de
production, de distribution et d’achats actives en France, dans l’UE,
dans les pays du Tiers Monde, voire en Amérique du Nord ou au Japon.

Cette entreprise pourrait aussi envisager :

- Des partenariats avec les laboratoires publics pour participer à
l’innovation des produits de santé (3). Il s’agirait évidemment
d’innovations évaluables par rapport à la santé et pas seulement des
produits nouveaux destinés à gagner des parts de marché.

- Des partenariats avec l’Agence Générale des Équipements et Produits de
Santé (AGEPS) et des structures comparables impliquées dans la gestion
des médicaments orphelins, des médicaments destinés aux maladies
négligées et des médicaments très onéreux, mais indispensables pour
certains malades.

Après une période transitoire cette entreprise transformerait son
portefeuille de brevets en licences libres ou équivalentes.

Face à un complexe médico-financier qui paralyse, et paralysera encore
plus dans l’avenir, toutes les initiatives pour adapter le système de
santé aux besoins évolutifs de la société, il faut oser. Servier a
failli : une autre industrie pharmaceutique est possible, au service du
bien commun.

...............................................

Notes :

1. L’expression est du Dr Irène Frachon, pionnière dans la
dénonciation du Mediator.
2. Tous les médicaments génériques ne sont pas essentiels et ils
n’ont pas tous un rapport bénéfice/risque favorable pour la santé.
3. « Les droits exclusifs sur les inventions ont probablement un fort
effet incitatif pour innover dans quelques domaines, mais pas dans
d’autres. Par exemple un monopole n’a aucun effet stimulant dans
les sciences de base ou pour des projets au stade pré-commercial
ou pour développer d’autres usages à des médicaments déjà utilisés
pour une indication donnée. Les monopoles ne sont pas non plus
incitatifs pour la recherche des effets indésirables d’un
médicament » (James Love, directeur de Knowledge Ecology
International)






Source : Communiqué de presse.

Contact : Attac France

Ecouter aussi : Irène Frachon, l’affaire du Mediator est-elle un exemple d’un grave conflit d’intérêts ?

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