Ils ont lancé la manifestation permanente

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26 mars 2009 / Nelly Terrier



Imaginer d’autres formes d’expression. Comme cette ronde permanente, place de l’Hôtel de Ville, à Paris.

Place de l’Hotel de Ville, Paris, mercredi soir 25 mars. Des gens - chercheurs et étudiants - tournent en rond au milieu du parvis. Chaque heure pile, une dizaine d’entre eux s’arrêtent, se placent au centre du cercle et prononcent ces mots : « La marche infinie des obstinés tourne depuis X heures ».

Lorsque je suis arrivée à 23h, cela faisait 59 heures qu’ils tournaient. Il y avait une quarantaine de personnes. L’ambiance était plutôt détendue, et en même temps grave.

Après discussion avec deux femmes qui marchaient, dont une
professeur d’histoire des maths de Paris VIII et une étudiante de la
même fac, il ressort que le mouvement a été lancé lors d’une AG de
Paris VIII il y a une dizaine de jours. L’ultimatum adressé à Pécresse
pour retirer la loi LRU se terminant lundi dernier, ils ont donc ensuite commencé ce qu’ils avaient décidé. Cette marche infinie en place de grève, « jusqu’à ce que la loi LRU tombe », a dit la prof. Ils ont
organisé des tours pour que cette ronde ne s’arrête jamais. Des « quarts » de 4 heures en soirée et la nuit, 20h-0h-4h-8h et ensuite des tours de 2h dans la journée jusqu’à 20h. Depuis le début de la ronde, le minimum de marcheurs présents a été de 7, le maximum d’une
cinquantaine.

Il semble qu’en l’espace de deux jours déjà, d’autres facs se soient
jointes à cette organisation. Par exemple Nanterre s’est proposée pour
mettre sur pied les tours de la semaine prochaine. « Nous commençons à peine, je crois que ça peut s’agréger, c’est ce que nous ressentons » disait la prof. Une des étudiantes qui tournait portait une pancarte de Paris IV. Il semble que dans la journée, les gens accueillent ce mouvement avec intérêt et que des tracts sont distribués aux passants. Mais je ne l’ai pas vu, à l’heure tardive à laquelle je suis passée. Seuls des touristes regardaient la scène un peu étonnés et les marcheurs leur ont souri en les apostrophant : « Les touristes, avec nous. Avec nous, les touristes ! »

Dans la discussion que nous avons eue, alors que je faisais remarquer
qu’à quelques dizaines de mètres à vol d’oiseau chaque troisième vendredi soir de chaque mois, et ce depuis plusieurs mois, des militants de RESF se réunissent en chaîne humaine devant le Conseil d’Etat pour protester contre le sort que l’Etat fait aux sans-papiers, l’étudiante a spontanément dit : « On pourrait organiser des délégations » et elle a ajouté : « On pourrait aussi envisager de dédier des tours de marche à telle ou telle cause ». La prof a alors dit : « Oui, on peut défendre tout le service public ».

J’ai alors pensé qu’on pouvait défendre le service public, mais aussi les salariés du privé, et singulièrement parmi eux les ouvriers sans-papiers et qu’on devait aussi penser aux jeunes des cités populaires. Bref, à tous. Et que tout ce peuple devait aujourd’hui être face à l’Etat. Cette place est tout de même un des grands lieux du peuple de Paris (Révolution, 1830, la Commune). Il est aussi un lieu politique qui appartient aux gens. Ils peuvent décider d’en faire autre chose que ce qu’en fait la mairie, lorsqu’elle monte des écrans géants pour les matchs de foot ou qu’elle dresse en cette place de grève ses transats pour Paris Plage.

Il se passe quelque chose dans le pays.





Source : Courriel à Reporterre.

Nelly Terrier est journaliste.

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