Incendie à la centrale du Tricastin : y-a-t-il eu dégagement de dioxine ?

4 juillet 2011 / Collectif antinucléaire Vaucluse (CAN 84)


Le transformateur électrique de la centrale nucléaire du Tricastin (côté Saint-Paul-Trois-Châteaux - Drôme), qui a explosé samedi 2 juillet 2011 vers 15h30 et entraîné l’arrêt provisoire de la centrale peut-il avoir dégagé de la dioxine car contenant encore du pyralène ? EDF aurait-il pu ne pas avoir encore procédé au remplacement des transformateurs au pyralène pourtant interdits depuis des années ?

Le vent assez fort venant du nord (mistral) a entraîné le panache de fumée au long du Rhône et était visible de très loin et notamment de l’autoroute A7 située en vue à moins de 300 m juste de l’autre côté du canal du Rhône de Donzère Mondragon.

Si EDF affirme que le réacteur était à l’arrêt lors de l’explosion et de l’incendie du transformateur, cet arrêt fait suite à un arrêt récent en juillet et août 2010 pour maintenance et rechargement du combustible. Or le réacteur N°1 à eau pressurisée (REP) de 900 MW, construit en 1974 et mis en activité en 1980 à vue son exploitation prolongée pour 10 ans par l’ASN après sa troisième visite décennale. Mais dans le même temps l’ASN a publié une liste impressionnante de travaux de mise en conformité (32) a effectuer.

Il est donc paradoxal qu’un transformateur principal non alimenté servant, selon EDF : « à l’évacuation de la production d’électricité vers le réseau électrique national » puisse exploser !

Avec des transfos au pyralène : EDF est-il encore hors la loi depuis des années ?

Tous les transformateurs antérieurs aux années 1985 installés sur le site nucléaire d’EDF ou d’AREVA du Tricastin sont chargés en fluide caloriporteur inflammable PolyChloroBiphényle (PCB), encore appelé pyralène. A partir de 1985 le pyralène a été interdit lorsqu’il est apparu qu’il présentait un danger pour l’homme et l’environnement (1).

AREVA et COGEMA, qui possèdent plusieurs centaines de transformateurs chargés au pyralène, dont une majorité sur le site de l’usine George Besse du Tricastin, ont prévu un plan d’élimination de manière contrôlée par des entreprises agréés de tous les transformateurs, en principe avec un achèvement prévu fin 2010. EDF gestionnaire des 4 réacteurs de la centrale nucléaire du Tricastin a délégué cette opération à ETDE (filiale de Bouygues Construction) en 2008. Bouygues accédant ainsi pour la première fois par le biais de cette sous-traitance à un marché jusqu’à présent réservé aux majors de l’électricité.

Les remplacements des transformateurs au pyralène par des transformateurs secs de la centrale nucléaire du Tricastin doivent se réaliser lors d’arrêts de tranche et nécessitent huit à dix jours d’arrêts ce qui oblige, selon les termes mêmes de l’opérateur « ...de connaître parfaitement les contraintes techniques et les exigences d’EDF en matière de sécurité, sûreté, qualité et environnement ».

Le Collectif antinucléaire 84 posent une séries de questions précises

Compte-tenu du fait que les précédents ne manquent pas où EDF a occulté ou minimisé de possibles contaminations soit par dioxine ou fumées toxiques, le Collectif antinucléaire de Vaucluse (CAN84) posent une série de question à EDF et à l’ASN :

- Quelle est l’origine exacte de l’arrêt du réacteur n°1 ?
- Quelle est l’origine de l’explosion du transformateur non alimenté, puisque l’alternateur était à l’arrêt ? Le transformateur qui a explosé, puis brûlé, était-il le nouveau chargé en huile minérale ou végétale ou bien celui d’origine chargé en pyralène ?
- L’explosion et l’incendie sont-elles dues suite aux travaux d’ETDE de démantèlement du transformateur ?

Les réponses à ces questions sont essentielles car elles vont conditionner la suite des événements, à savoir : dans le nuage de fumée et les suies d’un transformateur en feu chargé au pyralène, il peut y avoir la présence de dioxine. En conséquence il est fondamental de savoir si nous sommes en présence d’une pollution environnementale à la dioxine (majeure ?) dans le couloir rhodanien.

.............................

Note :

(1) Le plan national de décontamination et d’élimination des appareils contenant des PCB a été approuvé par l’Arrêté du 26 février 2003 (document approuvé le 18 décembre 2002 par la commission PCB, Avis favorable du Conseil Supérieur des Installations classées en date du 23 janvier 2003).



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Source : http://www.coordination-antinucleai...

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