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Jouanno veut piquer l’écologie de droite à NKM

L’ex Secrétaire d’Etat à l’Ecologie se repositionne sur l’écologie : « J’entends porter la voix d’un grand mouvement écologique au sein de la droite »


Terra eco - L’écologie a-t-elle une chance de sortir gagnante du quinquennat qui s’ouvre ?

Chantal Jouanno - L’écologie aura progressé dans cinq ans, mais ça aurait été le cas avec ou sans François Hollande. La seule hausse du prix de l’énergie, qui est inévitable, va par ses conséquences sociales et environnementales rendre le sujet incontournable. Par ailleurs, les décisions prises par le Grenelle de l’environnement ont lancé un mouvement qui ne va pas s’arrêter. Maintenant, il est inquiétant de voir que le débat n’a pas été à la hauteur de ces enjeux pendant cette campagne.

Pourquoi l’écologie a-t-elle disparu du débat public ?

Ni mon camp politique ni l’autre n’ont été capables de prendre ces sujets à bras le corps et d’évoquer les grandes réformes structurelles nécessaires. On en est revenus à un débat : « Pour ou contre le nucléaire ». C’est une polémique archaïque par rapport aux enjeux de la transition agricole, de la précarité énergétique... C’est malheureux parce que cela empêche de parler d’écologie. On est à ce point revenus en arrière qu’aujourd’hui, même des publicités se moquent de l’écologie pour vendre des produits, alors même que nous devrions être en train de remettre en question nos modèles de consommation. Je pensais que les esprits avaient été convaincus au niveau national et dans mon camp politique mais ce n’est pas le cas. Pour moi, c’est une pierre dans mon jardin en tant qu’ancienne secrétaire d’Etat chargée de l’Ecologie de ne pas avoir réussi à garder ce thème au devant de la scène. Je regrette par ailleurs que nous n’ayons pas défendu notre bilan sur l’énergie et le climat durant la campagne présidentielle. Jamais la France n’avait autant avancé dans ce domaine, et Nicolas Sarkozy avait été très courageux de porter le sujet au sein de sa famille politique.

François Hollande compte travailler à nouveau sur la question de la taxe carbone, mais aussi faire appel à des personnalités d’Europe Ecologie – Les Verts (EELV). Sont-ce de bons signes à vos yeux ?

C’est une grande hypocrisie. Je rappelle que ce sont les socialistes qui ont déféré le projet de taxe carbone devant le Conseil constitutionnel pour qu’il soit retoqué. Nous avions trouvé un consensus qui n’était certes pas parfait, mais qui ne frappait pas les plus démunis grâce au chèque vert et surtout qui aurait pu être amélioré par la suite. Mais les considérations politiques l’ont emporté à l’époque. Je ne m’en suis jamais caché, cela a été ma plus grande déception dans cette fonction. C’est à partir de ce moment-là qu’il est devenu difficile de parler d’écologie dans le débat public, et c’est en partie dû à la violence des propos qui ont été tenus à l’époque. Quant à l’accord entre EELV et le PS, il est principalement politique et porte sur des circonscriptions. Ce n’est pas comme cela que l’on va convaincre les Français que l’écologie doit revenir sur le devant de la scène.

Que manque-t-il selon vous au nouveau Président pour défendre l’écologie ?

Il manque clairement un corpus intellectuel. Le PS envisage de déléguer l’écologie à EELV. Sauf que le premier défend la croissance économique et le second la dénonce. Dans ces conditions, l’écologie restera une niche alors qu’elle doit devenir centrale.

Comment définiriez-vous ce « corpus » que vous défendez ?

Le débat porte actuellement sur une opposition de théorie économique entre des néo-keynésiens et des néo-libéraux. Dans les deux cas, on nous dit qu’il faut plus d’argent pour pouvoir se permettre de faire de l’écologie. Mais c’est en fait parce qu’on ne fait pas d’écologie qu’on manque d’argent. Les travaux extrêmement intéressants réalisés par la Commission Stiglitz-Sen-Fitoussi sur la mesure de la richesse apportent une réponse. Je défends l’idée que croissance et écologie sont compatibles. Mais cette croissance ne peut être mesurée par le PIB qui n’intègre qu’une dimension industrielle et pas le capital environnemental ni les externalités de nos modes de consommation. Cette lecture permet de mieux comprendre la crise qui n’est pas financière mais structurelle. Je rappelle à ce titre qu’elle a commencé en 2008 par une hausse du prix du baril. Cette lecture permet aussi de rappeler que l’écologie peut être populaire, et qu’elle nous réconcilie avec la question philosophique de l’épanouissement humain. J’entends d’ailleurs porter la voix d’un grand mouvement écologique rassembleur au sein de mon camp politique après les élections législatives. Je vais proposer aux prochains dirigeants de l’UMP de porter au sein de la droite un mouvement écologique.

Quels types de personnalités pourraient intégrer ce mouvement ?

Ce mouvement pourrait prendre la forme d’un think tank, mais rien n’est encore arrêté. L’idée est avant tout celle d’un grand renouvellement de compétence. Je pense à des personnes comme Jean-Paul Fitoussi dont j’ai parlé plus tôt, ou encore Erik Orsenna, un homme libre et sans idéologie.

Et Nicolas Hulot ?

Nicolas Hulot est quelqu’un que j’apprécie beaucoup. Il s’est un peu empatouillé dans la campagne car il était trop dans la réflexion pour affronter le combat politique au sein des Verts. Mais les aléas politiques n’empêchent pas les amitiés et nous sommes toujours en contact.


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