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L’ASN n’exclut pas un moratoire du chantier de l’EPR à Flamanville


Anne Lauvergeon, la patronne d’Areva, a peut-être parlé un peu vite le 16 mars, au pic de la catastrophe de Fukushima, en estimant qu’avec l’EPR « il n’y aurait pas de fuites possibles dans l’environnement, quelle que soit la situation ». Le réacteur de troisième génération conçu par le groupe nucléaire français aurait sans doute mieux résisté au séisme et au tsunami que celui de General Electric opéré par Tepco et datant de 1971. Mais aurait-il été infaillible ? Cela ne semble pas être l’avis de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), qui n’exclut pas un moratoire du chantier de Flamanville.

Interrogé hier [30 mars] par les représentants de Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) sur l’éventualité d’un moratoire pour le futur réacteur de Penly, André-Claude Lacoste, le président de l’ASN, a répondu que, « si cette question se pose, et nous nous la poserons, ce serait sur le chantier de Flamanville 3 ». Quant à l’EPR de Penly, qui n’est pas encore acté, il a tout simplement mis en doute sa réalisation...

Un pavé dans la mare, qui risque d’alourdir une nouvelle fois la facture du chantier d’EDF. Initialement prévu pour un budget de 3,3 milliards d’euros et une durée de cinq ans, le projet a été réévalué cet été par l’électricien à 5 milliards et sa durée à sept ans.

« Tests de résistance »

Depuis le début de la crise de Fukushima, les débats en France se concentraient sur les réacteurs existants du parc nucléaire français. Sans annoncer de manière certaine un moratoire à Flamanville, la déclaration du gendarme du nucléaire apporte un nouvel éclairage. L’ASN s’apprête à mener un audit du parc nucléaire français, à la lumière de la catastrophe de Fukushima, comme lui a demandé le Premier ministre, François Fillon. Parallèlement, le gendarme du nucléaire va réaliser des « tests de résistance » en coordination avec ses pairs européens.

Ces deux exercices conduiront inévitablement à des modifications des centrales en service. Mais aussi de celle en construction. « Il ne serait pas idiot qu’EDF anticipe ces modifications sur l’EPR », indique une source proche du régulateur. En d’autres termes, plutôt que de devoir corriger le tir a posteriori, l’électricien serait bien inspiré de geler certains travaux le temps d’avoir de la visibilité sur le nouveau cahier des charges. Il anticipe déjà des mesures sur le parc.

Il est trop tôt pour dire quels éléments pourraient lui être imposés sur l’EPR. Une question vient à l’esprit. Elle concerne les piscines de combustibles usés, qui causent de grosses inquiétudes au Japon. Sur l’EPR, elles sont protégées par une enceinte, contrairement aux réacteurs de Fukushima, mais pas par une double enceinte, reconnaît une porte-parole d’Areva. Un renforcement du béton de cette enceinte pourrait être exigé afin de limiter les rejets dans l’environnement en cas de catastrophe du type de Fuku-shima.

Areva, qui est à la fois concepteur et constructeur de l’EPR en Finlande, risque d’être directement confronté au même problème sur son chantier d’Olkiluoto. Mi-mars, le ministère de l’Economie a demandé à l’autorité de sûreté (STUK) de revoir la sécurité du parc nucléaire. « L’enjeu porte sur les réacteurs en exploitation, en construction et en projet, explique Petteri Tiippana, directeur de la sûreté des réacteurs à la STUK. Nous répondrons au ministère mi-mai. » Le rapport porte notamment sur les moyens d’alimentation électrique. L’EPR possède quatre systèmes de secours indépendants, ce qui est beaucoup. Mais ils peuvent aussi faillir.


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