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Photographe dans les Vosges ©Mathieu Génon/Reporterre

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Tribune —

L’Europe laisse le climat au bon vouloir du marché

Le « Plan énergie climat » n’est pas exemplaire, des dérogations innombrables l’ayant vidé de beaucoup de ses exigences. Et à Poznan, l’Europe n’a pas su tendre la main aux pays du Sud.

La rencontre de l’ONU à Poznan et le Conseil européen de Bruxelles qui viennent de s’achever laissent un goût amer. D’un côté comme de l’autre, les décisions prises sont minimes au regard des urgences et des enjeux climatiques du XXIe siècle. À Poznan, rien n’a été prévu pour grossir le Fonds d’adaptation destiné à aider les pays du Sud à surmonter le choc du changement de climat, rien non plus pour compenser la dette écologique du Nord à l’égard du Sud et assurer l’équité des efforts à accomplir contre l’effet de serre.

À Bruxelles, le Plan énergie-climat qui était censé préparer l’Union européenne à s’engager dans le « trois fois 20 % » (de réduction des gaz à effet de serre, d’économies d’énergie et de part des énergies renouvelables dans le total de l’énergie) est ramené bien en deçà des ambitions initiales pourtant insuffisantes. Sous la pression des industriels et de certains pays, de multiples dérogations et arrangements ont été consentis. Ainsi, la fin de l’attribution gratuite des quotas de CO2 a été repoussée à 2020 pour la production d’électricité à base de charbon. Les sites émetteurs de gaz à effet de serre exposés à la concurrence seront largement exemptés d’obligations. Globalement, la plus grande partie de l’industrie européenne est exemptée d’achat de droits.

Et, au lieu de l’inciter à réaliser des efforts sur place, la possibilité lui est offerte d’obtenir à moindre coût des équivalents de réduction d’émissions de CO2, jusqu’à hauteur des deux tiers des objectifs, en investissant dans les pays pauvres. Un tel mécanisme dit de « développement propre » risque d’être un mécanisme de spéculation apparemment propre.
De façon générale, le choix, tant en Europe que dans le monde, est de ne pas contrecarrer les règles de compétitivité et de confier au marché le soin de mieux réguler l’écologie. Alors que la finance internationale vient de montrer son aptitude à plonger le monde dans une crise majeure, les gouvernements créent les conditions pour que le marché prenne en otage l’avenir du climat et de la vie sur la planète.

Des associations du monde entier, dont Attac, regroupées dans le réseau « Climate justice now ! », présentes à Poznan, continueront de se mobiliser pour faire entendre dès maintenant l’urgence de l’action et les exigences de justice sociale et parvenir à stabiliser les changements climatiques, en réduisant d’au moins 50% les émissions dans le monde et de 80% dans les pays riches d’ici 2050.

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