L’Europe semble céder face au lobby automobile

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20 novembre 2008 / Greenpeace

Des discussions discrètes se poursuivent à Bruxelles sur le niveau admissible d’émission de gaz carbonique par les futures automobiles. Mais les exigences sont revues à la baisse.

Alors que se déroulait le 18 novembre une ultime réunion entre le Conseil, le Parlement et la Commission européenne pour trouver un accord sur la législation visant à réduire le CO2 des voitures, Greenpeace tire la sonnette d’alarme : les ambitions du texte sont tellement revues à la baisse que la future législation risque de s’avérer totalement inutile.

L’année dernière, le Conseil des ministres confirmait l’objectif de l’Union européenne de limiter la moyenne des émissions des véhicules à 120 g CO2/km en 2012, objectif soutenu par les organisations de défense de l’environnement mais aussi des syndicats (la CGT en France), des associations de consommateurs (UFC Que choisir), des experts en matière de sécurité routière (Claude Got) mais aussi des industriels (Valeo, premier équipementier européen).

Dans la dernière ligne droite des négociations, les États membres de l’Union européenne défendent les intérêts de court terme de leurs industries nationales plutôt que s’unir pour relever le défi climatique. Greenpeace a ainsi calculé que si toutes les dérogations réclamées par les uns et les autres sont retenues, la future réglementation risque d’autoriser jusqu’à 166,5 g de CO2/km d’ici à 2012. C’est bien loin des 120 g réclamés par Greenpeace et plus encore que la moyenne européenne actuelle (chiffre 2007 : 158 g).

« Gouvernements et entreprises ne voient pas plus loin que le bout de leur nez et défendent leurs intérêts nationaux de court terme plutôt que s’unir pour relever le défi des changements climatiques. Pourtant, les mesures en faveur de l’environnement constituent aussi des réponses à la crise économique et permettraient entre autre de réduire considérablement la facture énergétique des États et des ménages, déplore Anne Valette, en charge de la campagne Climat de Greenpeace France. Par ailleurs, on connaît aujourd’hui le prix exorbitant de l’inaction. L’économiste britannique Nicholas Stern estime que ne rien faire pour contenir le dérèglement du climat nous coûtera 5 500 milliards d’euros. »

Si l’objectif à 2012 semble enterré, il reste une chance que celui de 95 g de CO2/km à l’horizon 2020 figure dans la réglementation. Mais même si le texte final retient cet objectif de long terme, rien ne garantit qu’il sera respecté selon Greenpeace.

« Avec une moyenne de plus de 160 g CO2/km en 2012, difficile de croire que les constructeurs ne referont pas bataille lors de la clause de révision pour revoir l’objectif de 2020 à la baisse, reprend Anne Valette. Rappelons par ailleurs qu’en 1998 ils s’étaient officiellement engagés à réduire les émissions de leurs véhicules neufs pour atteindre 140 g CO2/km en dix ans, et qu’en 2007, la moyenne européenne s’élevait encore à 158 g… »
Nicolas Sarkozy s’est engagé à faire de la lutte contre le dérèglement du climat la priorité de sa présidence de l’UE. « Mais avec une législation si faible sur un secteur si polluant, on voit mal comment l’Europe va atteindre les objectifs de réduction des gaz à effet de serre qu’elle s’est fixés pour 2020 », déclare Anne Valette.

Pour tenir sa parole, Nicolas Sarkozy doit défendre une réglementation qui limite la moyenne des émissions à 120 g de CO2/km d’ici à 2012 pour l’ensemble de la flotte et fixe dès aujourd’hui un objectif de 80 g/km à l’horizon 2020, en excluant toute révision à la baisse de ce chiffre.


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Source : http://blog.greenpeace.fr/energie-c...

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