L’Histoire leur donnera raison

Durée de lecture : 3 minutes

11 mars 2013 / Yvan Gradis




Ce n’est pas du théâtre : les faits se sont déroulés, le 8 octobre 2012, au Palais de justice de Paris, dans la salle d’audience de la 16e chambre correctionnelle, devant les sympathisants qui avaient trouvé place à l’intérieur ; les autres – pour la consolation desquels ce livre a été réalisé – ont patienté deux heures dans la salle des pas perdus, la juge ayant interdit que l’on se tînt debout dans le fond.

Ce jour-là, six membres du Collectif des déboulonneurs passaient en procès pour avoir, le 28 janvier 2011, dans la station de RER Auber, barbouillé de peinture (en bombant des slogans subversifs) des panneaux publicitaires de la pire espèce : inventés en 2009 et répandus dans les gares et les transports en commun, ces écrans, baptisés « Numériflash » par leur propriétaire Métrobus, ont la taille d’armoires à glace, la luminosité et le rythme stroboscopique de téléviseurs devenus fous, et ce, pour imposer à votre cerveau reptilien les images nourrissantes concoctées par nos commerçants et industriels philanthropes – bref, des pulvérisateurs de tranquillité, des matraques visuelles dernier cri, ou encore, dans l’arsenal moyenâgeux de la guerre publicitaire menée contre le citoyen, des « panneaux forts » aux murailles imprenables. Cerise sur le gâteau (ou capteur dans le panneau) : ces délicats instruments du pouvoir économique ont été conçus, de l’aveu même de leur propriétaire, pour observer l’âge, le sexe, la chevelure et jusqu’au mouvement des yeux des passants en train de contempler leur contenu si enrichissant (pour qui ?).

Les courageux assaillants s’en étaient pris audites murailles à visage découvert, dans un esprit de « légitime réponse » ou de désobéissance civile non-violente, entourés d’une foule d’amis, de la presse, de la police et d’élus en écharpe tricolore. Un grand moment de civisme et de reconquête symbolique de la salubrité publique !

Avec ce livre – serait-ce une nouveauté ? –, vous assistez à l’audience comme si vous y étiez… De la première à la dernière seconde, jugement compris (vous saurez, en le lisant, à quelle sauce judiciaire ont été mangés ces martyrs de la liberté mentale !), la quasi-totalité des échanges a été reconstituée avec le plus grand réalisme, grâce à des prises de notes. Une authenticité garantie jusqu’à l’identité de la juge, du procureur, des prévenus, des avocats et des témoins, tous nommés.

Pourquoi la dédicace au garde des Sceaux (Christiane Taubira) ? Pour une raison simple, que les prévenus lui avaient rappelée dans une lettre ouverte reproduite : la cocasserie de la situation voulait, en effet, que les six militants eussent reçu leur assignation à l’été 2012, quelques semaines après la nomination de cette femme politique à la tête du ministère de la Justice – et quelque trois ans après que ladite femme, alors simple élue, avait honoré certains d’entre eux de sa présence, dans un café parisien, à la sortie d’un de leurs précédents procès pour des faits rigoureusement identiques… À propos de soutien moral, ont été inclus au document la lettre reçue de l’ambassadeur Albert Salon et le message téléphonique du philosophe Edgar Morin.

Oui, ce compte-rendu d’un procès qui, plus qu’aucun autre (ledit collectif en a suscité dix-neuf à ce jour), abordait tous les aspects du problème publicitaire (pollution de l’environnement, sexisme, injustice sociale, manipulation mentale, entrave à la démocratie, etc.) tient du théâtre. De quoi inspirer des comédiens ? Une occasion de rire ensemble du léviathan publicitaire et des institutions qui s’en font les complices ?

Yvan Gradis

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- L’Histoire leur donnera raison, 87pages, peut être téléchargé gratuitement ou commandé (10,40 euros, port compris, tarif dégressif pour une commande de plusieurs exemplaires), sur le siteilv-edition.






Source : Yvan Gradis pour Reporterre

Yvan Gradis est écrivain et membre du Collectif des déboulonneurs

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