L’accord de Paris sur le climat est une chance à saisir par la société civile

22 décembre 2015 / Éric Piolle



Insatisfaisant sur bien des points, l’accord final de la COP 21 est pourtant « utile », écrit le maire de Grenoble. Il marque une « bascule » plaçant « nos sociétés aux portes d’un changement de cap historique ».

Éric Piolle, membre d’Europe écologie-Les Verts, est maire de Grenoble depuis avril 2014.

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Éric Piolle.

À l’issue de la COP 21, 195 pays, dont la France, validaient noir sur blanc l’objectif de contenir « bien au-dessous de 2 °C » le réchauffement du climat d’ici la fin du siècle. Au même moment, le gouvernement français privait de mobilisation les citoyens descendus dans la rue pour pousser les dirigeants du monde à aller plus loin, à enfin prendre des engagements juridiques et financiers concrets. Au-delà de son absurdité apparente, cette scène préfigure en réalité les relations à venir entre la société civile et les institutions sur la question climatique.

En inscrivant l’objectif des 2°C dans l’accord, tout comme celui de la neutralité carbone à partir de 2050, les États ont en effet offert une légitimité officielle et objective aux acteurs engagés pour un progrès durable et décarboné, partout sur la planète. Et elles sont déjà nombreuses, ces initiatives, qu’elles soient scientifiques ou économiques, citoyennes ou artistiques ; qu’elles soient individuelles – Nicolas Hulot, Naomi Klein, Erri de Lucca, Claude Lorius, Paul Watson, Pierre Rabhi, Moussa Samb, etc., ou bien collectives – Alternatiba ici, la fondation Urgenda aux Pay-Bas, Meu Rio au Brésil, etc. À sa façon, en touchant le cœur des 2,4 milliards de chrétiens du monde entier, l’encyclique Laudato Si du pape François contribue elle aussi à la mobilisation climatique. Hier maintenues à la périphérie du débat public, l’accord de la COP 21 les a propulsées en son cœur.

Un bélier au service des mobilisations

Car la plus grande avancée de la COP 21 n’est pas juridique ou financière, elle relève d’abord de la mise à jour collective d’une norme, celle de Progrès. Bâtir et partager un modèle de société qui respecte, et même qui valorise, les équilibres de la planète au lieu de les bafouer : voilà le nouveau cadre d’action des générations présentes et à venir. Au regard de la trajectoire empruntée jusqu’à présent par l’ensemble des 195 pays, cette bascule place nos sociétés aux portes d’un changement de cap historique !

Oui, cet accord n’est pas satisfaisant – il ne clôt pas la bataille pour le climat – mais il est utile. Aux dirigeants d’honorer au quotidien, et dans les faits, les objectifs qu’ils ont ratifiés devant la communauté internationale. Aux acteurs de la société civile d’utiliser l’accord pour ce qu’il est : un bélier au service de leurs mobilisations. On le voit, le centre de gravité du débat public s’est repositionné de part et d’autre de la question climatique.

Il suffit de constater l’attitude du gouvernement français, qui oscille entre déclarations audacieuses et choix anachroniques (des grands projets inutiles au nucléaire en passant par les nouveaux « cars Macron » où le « report » de la taxe sur les poids lourds…), pour mesurer le chemin qu’il reste à parcourir. Devant ces hésitations, l’accord issu de la COP 21 devient l’allié stratégique de la société civile, pour qu’elle continue d’exiger du gouvernement de la cohérence, le respect de la parole donnée et un peu plus de courage que prévu.

Le XXe siècle fut le siècle de tous les affrontements et de toutes les concurrences, des chocs et des blocs. Quelles que soient leurs formes ou leurs décennies, les apôtres de la croissance et de l’expansion sans limite n’auront réussi qu’à une seule chose : prendre en otage le monde et à le précipiter au bord de sa disparition. Notre génération devra apprendre, et puis transmettre, l’art de durer sans exclure, de prospérer sans ruiner et de produire sans détruire. À travers les semaines de négociations qui viennent de s’écouler apparaît le défi du siècle qui s’ouvre : par-delà les singularités, porter la coopération internationale autour d’objectifs communs plutôt que de laisser faire l’émiettement du monde.




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Lire aussi : Climat : qu’y a-t-il vraiment dans l’accord de Paris ?

Source : Courriel à Reporterre

- Dans les tribunes, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.
- Titre, chapô et inters sont de la rédaction.

Photos :
. Chapô : Lors de la chaine humaine pour le climat du 29 novembre à Paris. © Éric Coquelin/Reporterre
. Portrait : © Barnabé Binctin/Reporterre

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