L’agriculture autogérée régnera sur le Larzac jusqu’en 2083

19 juillet 2013 / Good Planet


José Bové et les militants qui ont fait du Larzac un sanctuaire de l’agriculture paysanne autogérée après avoir obtenu l’abandon de l’extension d’un camp militaire, ont fêté jeudi 18 juillet une nouvelle victoire qui met le plateau à l’abri des convoitises jusqu’en 2083.

Le ministre de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt, Stéphane le Foll, s’est rendu sur place à l’occasion de la prorogation du bail accordé à la Société civile des terres du Larzac (SCTL) qui assure la gestion de 6 300 hectares de terres appartenant à l’Etat sur le plateau.

Le ministre signera au nom de l’Etat cette prolongation avec trois gérants de la SCTL, dont le député européen Europe Ecologie Les Verts (EELV) José Bové.

Ces terres, prévues pour l’extension du camp militaire, en 1971, furent l’enjeu d’un combat qui dura dix ans, mené d’abord par une centaine d’agriculteurs, rejoints ensuite par des dizaines de milliers de jeunes militants voyant là un symbole de la lutte contre le militarisme et le capitalisme.

Avec l’abandon du projet militaire en 1981, après l’élection à la présidence de la République de François Mitterrand, les terres retrouvèrent leur vocation agricole. L’Etat accorda ainsi, en 1985, un bail emphytéotique de soixante ans à la SCTL.

Ce type de bail, qui accorde tous les droits et devoirs d’un propriétaire au détenteur sauf celui de vendre le sol, avec l’obligation d’améliorer le bien en question, a donné à la SCTL, formée par les pionniers du mouvement, les moyens d’atteindre ses objectifs : favoriser l’installation de jeunes, maintenir un élevage notamment ovin, respectueux de la qualité et de l’environnement.

« A la création en 1985, c’était un laboratoire foncier, une organisation où l’exploitant n’est pas obligé d’acheter la terre et peut donc investir dans l’outil de travail, avec la sécurité d’obtenir des baux de longue durée jusqu’à sa retraite », explique José Bové.

« Cela a permis d’augmenter de 20% le nombre des paysans sur ce territoire, mais nous avons aussi préservé la viabilité des exploitations car nous n’avons pas voulu les scinder pour satisfaire toutes les demandes », ajoute l’ancien paysan, qui est « passé du collège des exploitants à celui des habitants » parmi les gérants de la SCTL, après son élection au Parlement européen.

Jeudi, le bail emphytéotique a été porté de 60 à 99 ans, sa durée maximale. « Cela va permettre aux nouveaux venus d’obtenir des baux sur toute leur carrière », estime José Bové.

La signature a eu lieu à la ferme des Baumes du Larzac, exploitée depuis 2009 par un de ces jeunes, Romain Galtier, 25 ans.

« On pérennise ainsi la SCTL jusqu’à 2083 et on espère que nos successeurs pourront négocier pour que l’expérience soit renouvelée par de nouveaux contrats », souligne-t-il.

La Société civile gouvernée par des gérants dont les mandats sont renouvelés tous les trois ans se veut un « modèle d’autogestion », explique M. Bové. « Toutes les décisions importantes du conseil de gérance doivent être prises à l’unanimité et en cas de désaccord, elles sont tranchées par l’assemblée générale » qui compte environ 55 membres, souligne-t-il.

Le prix payé à l’Etat - le canon emphytéotique - est modique, « 4.500 euros par an », selon José Bové. Mais « les exploitants paient des fermages classiques à la SCTL, ce qui couvre simplement ses charges, les assurances, les impôts fonciers et un salarié à mi-temps », indique-t-il.

Après avoir vu les fidèles de la Confédération paysanne au Larzac, Stéphane le Foll a rencontré l’interprofession du Roquefort à Millau, puis les responsables de la FDSEA, qui lui ont rappelé que leur syndicat est majoritaire, en marge de la visite d’un élevage de veaux dans le Rouergue, à l’autre bout du département.



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Source et photo : Good Planet

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