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L’écologie, c’est l’emploi

Durée de lecture : 3 minutes

24 octobre 2010 / Hervé Kempf


Dans le numéro marquant le trentième anniversaire d’Alternatives économiques, le deuxième magazine économique français, son fondateur, Denis Clerc, fait part d’un regret : « Il y a un point sur lequel je m’interroge : l’ambiguïté entretenue sur la question de la croissance depuis le début du journal » (1). Certes attentif aux questions d’environnement, Alternatives économiques juge pourtant trop souvent le bien-fondé d’une mesure ou d’une donnée à son effet sur la croissance du produit intérieur brut (PIB). « Il nous faut cesser d’être chauves-souris, mammifères à certains moments, mais animaux volants quand ça nous arrange. Le dernier livre de Jean Gadrey m’a convaincu qu’il faudra finir par trancher. On ne peut plus être favorable à la croissance à court terme et réservé ou critique dans le long terme. »

Il faut saluer l’honnêteté de Denis Clerc, et y voir un tournant : la doxa de la croissance est enfin remise en cause par la fraction la plus éclairée des économistes. Et il faut lire le livre de Jean Gadrey, pour comprendre la pertinence de ce tournant (2).

Jean Gadrey est professeur honoraire d’économie à l’université de Lille. C’est un expert des comptes de la richesse, et il a participé au travail de la commission Stiglitz sur la mesure du PIB.

Son livre commence par un exposé clair des imperfections de cet indice qui fascine politiques et économistes. Jean Gadrey rappelle que le PIB ne mesure ni le bien-être, ni la soutenabilité écologique et sociale. Et que, en revanche, sa croissance est clairement associée avec les dommages à l’environnement. Le livre démontre qu’on ne peut attendre du progrès technologique qu’il résolve le problème écologique dans une société qui voudrait maintenir un taux de croissance de 2 % par an.

Mais Jean Gadrey va plus loin : organisant sa réflexion autour de la nécessité de parer à l’aggravation de la crise écologique, il va chercher à démontrer qu’« une société post-croissance est non seulement une nécessité, mais, moyennant une redéfinition des priorités, correspond à une perspective désirable et crédible de progrès social et de développement humain ».

Une condition en est la remise en question de l’augmentation de la productivité du travail, habituellement considérée par les économistes comme un bien en soi. En réalité, elle est destructrice : produire plus avec autant de travail serait une bonne chose, sauf que, rappelle Jean Gadrey, « il faut en général plus de matériaux, d’eau et d’énergie, que les uns et les autres sont disponibles en quantités limitées, et que certaines ressources naturelles sont proprement vitales ».

Voie féconde

L’abandon de la recherche de gain de productivité est la clé de la nouvelle économie écologique : la plupart des modes de production écologiques demandent plus de travail que les productions polluantes. Une politique environnementale est donc créatrice d’emplois.

Jean Gadrey dresse une prospective pour les principaux secteurs d’activité des créations et des destructions d’emplois entraînées par une politique écologique. Le bilan est sommaire, mais ouvre une voie féconde. Le niveau de vie matériel diminuera. Cela sera compensé par de meilleurs services (transports, logements sociaux, etc.), une meilleure alimentation, plus de temps libre, des biens plus durables, plus de lien social, etc.

Deux conditions, pour parvenir à cette situation : abandonner le PIB comme boussole de l’économie et opérer une redistribution drastique des revenus.

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Notes :

(1) http://www.alternatives-economiques...

(2) Jean Gadrey, Adieu à la croissance, éd. Les Petits Matins, 192 p., 15 €.




Source : Article paru dans Le Monde du 22 octobre 2010.

Le blog de Jean Gadrey : http://www.alternatives-economiques...

Lire aussi : 10 millions d’emplois ! http://www.reporterre.net/spip.php?...

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