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Tribune —

L’impasse de Rio


Le sommet de Rio va se dérouler dans une atmosphère tout sauf carnavalesque. Alors qu’en 1992, le Sommet de la Terre y avait eu un retentissement sans égal, la réunion actuelle est marquée par le désenchantement : inquiétude devant la poursuite de la dégradation écologique, désappointement devant l’incapacité collective à agir, désarroi face à une crise économique qui l’emporte à court terme sur la crise écologique.

Mais cette réunion vaut plus que l’accomplissement d’un rituel fatigué, alors que les pays émergents découvrent que le délabrement de la biosphère affecte leur avenir proche. Ce qui est en jeu, c’est l’impasse où se trouve la théorie économique dominante. La discussion sur la Déclaration finale s’est focalisée sur le concept d’« économie verte ». Dans celle-ci, on infléchirait le fonctionnement de l’économie de façon à « réduire significativement les risques environnementaux et les raretés écologiques », selon le rapport des Nations unies publié avant la conférence (Towards a green economy).

En fait, le terme a été posé en 1989 par un économiste britannique, David Pearce, dans Blueprint for a green economy. Il avait défini les notions de capital naturel et de capital constitué par l’activité humaine. Pour assurer un développement soutenable, il convenait que le capital total (naturel et constitué par l’homme) ne diminue pas. Question : jusqu’à quel point peut-on substituer l’un à l’autre, c’est-à-dire augmenter le capital constitué en détruisant le capital naturel ? La solution proposée était – et reste - la monétarisation du capital naturel, c’est-à-dire son évaluation monétaire. Il s’agit en fait de l’adaptation des principes de l’économie de marché au problème de l’environnement.

Cette conception envisage la nature comme un stock, divisible en unités calculables. Mais la biosphère est un système global, dont la cohérence tient au métabolisme de ses interactions, et qui peut être sujet à des phénomènes de seuil, c’est-à-dire d’écroulement quand certains équilibres sont rompus. Et c’est pourquoi l’analyse de capital ne fonctionne pas. « Les problèmes écologiques ne peuvent plus être appréhendés comme des défaillances plus ou moins fortes de l’économie de marché », observent Michel Damian et Franck-Dominique Vivien dans la revue Economie appliquée (juin 2012). Mais « dispose-t-on d’une théorie satisfaisante des relations entre la sphère économique et la sphère naturelle ? » Non, pas encore. Et c’est pourquoi Rio nous chagrine.


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