La FNAUT est bien active !

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3 février 2011 / Jean Sivardière

Les associations nationales ne sont pas moins actives que les associations locales.


Dans sa réaction à mon point de vue sur les LGV, Victor Pachon affirme que la FNAUT est une association « fantomatique » qui, « à force de siéger et rien que siéger, sans être une force de mobilisation, prend le chemin de la coquille vide bureaucrate ». Permettez-moi, pour l’information de vos lecteurs, d’apporter quelques précisions en réponse à ces propos inutilement désagréables.

Commençons par les 150 associations locales regroupées par la FNAUT, dont une vingtaine en Ile-de-France. Leur présence sur le terrain et leur efficacité ne peuvent être contestées. Ce sont des associations de la FNAUT qui, à Grenoble, Strasbourg, Lyon, Paris, Bordeaux, Le Mans, Tours,… ont été à l’origine du retour du tramway ; qui sont présentes auprès des autorités organisatrices de transport urbain et dans un grand nombre de comités de lignes TER pour y défendre les usagers et y faire des propositions concrètes d’amélioration des services ; qui ont réussi à éviter des fermetures de lignes ferroviaires aujourd’hui mieux exploitées (Nice-Digne, Caen-Rennes, Colmar-Metzeral) ; qui ont agi avec succès pour obtenir des réouvertures (Cannes-Grasse, Tours-Chinon, Nantes-Pornic et Nantes-Châteaubriant, Belfort-Delle) ou s’efforcent d’en obtenir d’autres (Pau-Canfranc, Fontenay-Niort, Orléans-Chartres) ; qui se sont opposées à l’implantation stupide de gares TGV en pleine campagne et ont obtenu leur déplacement (en Lorraine) ou leur connexion au réseau classique (en Franche-Comté).

Ce sont aussi des associations de la FNAUT qui se battent contre le transit des poids lourds (dans les Vosges et le Jura, dans la vallée de Chamonix, en Maurienne, en vallée d’Aspe) et contre des projets d’autoroutes ou de rocades urbaines (en Ile de France, en Touraine, en Lorraine, dans la région lyonnaise, en Lozère, à Chambéry), parfois avec succès (autoroute Annemasse-Thonon, rocade nord de Grenoble). Certes aucune association de la FNAUT n’était présente dans les Landes pour combattre l’A65, mais faut-il conclure de ce seul exemple que la FNAUT est fantomatique ?

Il est de bon ton, chez certains militants locaux, de critiquer les fédérations associatives nationales, dont les responsables sont supposés être des parisiens coupés des réalités locales, gérant leurs structures de manière bureaucratique et se satisfaisant de siéger stérilement dans des commissions officielles. Cette vision caricaturale ne correspond guère à la réalité des activités de la FNAUT.

Le rôle d’une fédération nationale n’est pas d’être active sur le terrain, mais de faire ce que les associations locales peuvent difficilement faire et d’agir auprès des décideurs nationaux. La FNAUT, qui est l’une des 17 associations de consommateurs agréées par l’Etat, traite un millier de litiges entre voyageurs et transporteurs par an et agit en justice contre les publicités trompeuses des constructeurs automobiles. Elle intervient auprès des ministères (Consommation, Ecologie, Transports, Aménagement du Territoire, Budget), des parlementaires, des entreprises nationales (RFF, SNCF, RATP). Elle est présente au Conseil national de transports, aux conseils d’administration de la SNCF et de la RATP. Elle anime une réflexion collective dans le cadre de son conseil national et de son congrès bisannuel. Elle s’exprime dans de nombreux colloques relatifs aux transports et en organise elle-même en partenariat avec d’autres organismes ou associations. Elle réalise des études et fait financer des expertises. Elle a participé aux travaux du groupe « facteur 4 » et à l’atelier transport du Grenelle de l’environnement. Elle diffuse un bulletin mensuel, FNAUT Infos, qui peut être consulté sur le site http://www.fnaut.asso.fr.

Il est évidemment difficile d’établir un bilan de ces activités. Mais dans certains cas précis, l’influence de la FNAUT ne peut être niée. Elle dénonce depuis longtemps la dégradation des relations ferroviaires intercités (trains Corail) : elle vient enfin d’obtenir que l’Etat en reconnaisse la vocation de service public, s’en déclare autorité organisatrice et codifie leur financement (il va lever une taxe spécifique sur les sociétés autoroutières, comme elle le réclamait). Elle a réussi à convaincre la SNCF d’améliorer (un peu) son information horaire et tarifaire. Elle mène aussi avec succès, depuis plusieurs années, des actions contentieuses afin de sauvegarder des emprises ferroviaires inutilisées que RFF cherche à vendre et qui seront bien utiles quand le prix du baril de pétrole atteindra les 200 dollars.

La FNAUT ne se focalise pas sur le rail, comme certains le lui reprochent parfois : si elle s’intéresse autant à ce mode, c’est tout simplement parce qu’il souffre d’un sous-investissement chronique qui contribue à une baisse (Corail) ou un effondrement (fret) du trafic ; il faut aujourd’hui rattraper tous les retards accumulés. Ce bref panorama montre au passage que le point de vue de la FNAUT sur les LGV s’intègre dans une vision globale du rail et de l’ensemble des modes de transport qui n’a rien à voir avec le tout-TGV.




Source : Courriel à Reporterre.

Jean Sivardière est président de la FNAUT (Fédération nationale des associations d’usagers de transport).

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