La bataille du gaz de schiste en Pologne : Lew Kowalski interpellé

Durée de lecture : 4 minutes

13 juin 2013 / No Fracking France // AFP

A Zurawlow, le documentariste Lew Kowalski a été interpellé par la police. Il suit la lutte des paysans polonais qui s’opposent depuis dix jours à l’intrusion de la firme Chevron.


Mercredi 12 juin à 15h40, le réalisateur Lech Kowalski a été interpellé par la police à Zurawlow, village où des paysans polonais, s’opposent depuis plusieurs jours, à la Compagnie Chevron, qui souhaite s’installer pour rechercher du gaz de schiste... Motif de son arrestation : Refus de donner ses images.

Tweet de Lech : "I am not giving footage and they say they can arrest me . I will not give up footage !!!"

Voir la video montrant l’altercation avec la police

[Reporterre - Lech Kowalski a réalisé le documentaire sur le gaz de schiste Drill, baby drill. Il suit la lutte des paysans polonais.]


Voici par ailleurs le récit par l’AFP de la bataille, que Reporterre relate depuis le début :

Deux grands tracteurs, décorés de drapeaux aux couleurs nationales, blanc et rouge, bloquent une route de campagne qui mène au champ que Chevron voulait clôturer avec une grille.

« Ils vont d’abord mettre une grille, c’est juste un prétexte pour commencer leurs travaux. Puis, on n’y aura plus accès et on ne pourra plus protester contre Chevron qui fera ce qu’il voudra : des tests sismiques, puis des forages », dit Wieslaw Gryn, l’un des plus riches agriculteurs de la commune de Zurawlow, qui exploite quelque 300 hectares.

Dans les champs, des banderoles proclament : « Empoisonneurs, quittez nos terres », « Stop fraking Chevron - Occupy Chevron », « Nous ne voulons pas de gaz ».

« Nous protestons depuis neuf jours, 24 heures sur 24 heures », déclare Andrzej Bak, l’un des manifestants. « En cas de besoin, je peux appeler tous les voisins qui peuvent très vite venir en renfort », dit-il en montrant une liste de plusieurs dizaines de noms. « S’il le faut, 300 hommes viendront ici en quelques minutes », assure-t-il.

En mars 2012, ces mêmes habitants avaient réussi à bloquer les travaux de Chevron. « Nous avons gagné et Chevron nous a promis qu’ils ne feront rien ici », dit M. Bak.

« Aujourd’hui encore, nous n’allons pas laisser Chevron entrer sur nos terres. On ne veut pas de gaz ici. Tout ce qu’on veut, c’est vivre comme nous vivions, avoir de l’air pur et de l’eau propre », ajoute Bozena Staszczuk, une mère de famille venue avec ses trois fillettes pour protester.

Soutien de José Bové

Sous une tente militaire, les protestataires ont leur état major. C’est ici qu’ils mangent, qu’ils dorment sur la paille. Dans une cuisine militaire, ils préparent une soupe. Connectés via skype, ils cherchent le soutien des médias étrangers.

Un militant écologiste autrichien de Graz appelle les manifestants pour les encourager. « Tenez bon, on vous soutient pleinement et on espère que vous gagnerez », leur dit par skype Joseph Obermosir.

Le militant français José Bové leur a aussi apporté son soutien, ainsi que plusieurs ONG écologistes en France.

« En Pologne, personne ne s’intéresse à nous, les médias polonais soutiennent le gouvernement qui veut à tout prix que le gaz de schiste soit exploité en Pologne », affirme M.Bak.

La Pologne, qui couvre les deux tiers de sa consommation grâce au gaz russe, entend investir 12,5 milliards d’euros d’ici à 2020 pour exploiter ses gisements de gaz de schiste, évalués à près de 2.000 milliards de m3 par l’Institut national de Géologie (PIG). Ce pays de 38 millions d’habitants consomme actuellement environ 14 milliards de mètres cubes de gaz par an.

« Nous avons peur que dans quelques années notre terre ne devienne aride, alors que cette terre c’est notre vie, elle nous nourrit et nous donne du travail », dit M. Gryn.

« Et puis personne n’a demandé notre avis, personne ne nous a consultés. Et nous sommes pourtant un pays démocratique, un membre de l’UE », ajoute Andrzej Bak. « On ne lâchera pas, on va protester jusqu’à ce qu’ils partent, même si on doit passer l’hiver sous cette tente », dit-il.

Interrogée par l’AFP, la porte-parole de Chevron Pologne, Grazyna Bukowska, a assuré que le pétrolier américain agissait en toute légalité.

« Nous sommes au courant de cette action de protestation. Chevron dispose de toutes les autorisations nécessaires pour commencer les travaux à Zurawlow. Nous installons une clôture pour délimiter le terrain que nous avons pris en location », a-t-elle déclaré.

A Ksiezomierz, un village situé à une centaine de kilomètres de Zurawlow, Chevron réalise aussi un forage d’exploration, mais les habitants ne s’y opposent pas, au contraire.

« C’est peut-être une chance pour notre village, du travail pour nos habitants », déclare à l’AFP Dariusz Przywara qui, de sa maison, voit l’énorme tour de forage édifiée sur une colline. Le site vient d’être béni par le curé du village et visité par ses habitants lors d’une journée « portes ouvertes ».



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Sources :
- No fracking France
- AFP repris par 20 minutes

Photo : liberation.fr

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