La géostratégie découvre le concept de « sécurité climatique »

Durée de lecture : 3 minutes

8 mars 2009 / Romain Lalanne



Dans son discours sur l’état de l’Union, Barack Obama a marqué une inflexion importante en matière de « sécurité nationale », en plaçant le changement climatique comme un des déterminants de celle-ci.

Dans une analyse publiée par l’Institut des Relations Internationales et Stratégiques, Jean-Michel Valantin revient sur le concept émergent de "sécurité climatique". Le réchauffement de la planète et ses conséquences en terme de catastrophes naturelles ou de raréfaction des ressources pose aujourd’hui de sérieux problèmes de sécurité, une évolution qui entre d’ailleurs dans une interaction négative avec la pauvreté ou la surpopulation urbaine. Or à terme, l’insécurité climatique et ses conséquences ne peuvent se réduire uniquement à de la souffrance humaine : l’enjeu qui se pose concerne aussi la sécurité étatique dans ses dimensions nationales, régionales et internationales. D’où la nécessité que la sphère politique se saisisse de ce nouvel enjeu et le considère enfin comme une menace à la sécurité à part entière.

Jean-Michel Valentin note à ce titre un glissement par rapport à l’approche sécuritaire traditionnelle de la présidence Bush. Ainsi "le 20 janvier 2009, le discours d’investiture du nouveau Président des Etats-Unis Barack Obama a proposé une nouvelle définition totalisante de la menace et de la sécurité, en glissant des catégories politiques traditionnelles de celle-ci, les « adversaires », les terroristes, vers celle inhérente au réchauffement global".

Si la sphère politique semble mieux saisir l’enjeu de la sécurité climatique, les fondements théoriques de ce concept remontent à la fin des années 1980. Fin de la guerre froide aidant, la théorie des Relations internationales connaît alors un débat autour du concept de sécurité. Critiquant la vision traditionnelle réaliste d’une sécurité réduite en des termes strictement militaire (tout État peut déterminer son niveau de sécurité par une comparaison matérielle et donc objective de ses capacités militaires avec celles des autres États), une nouvelle approche propose une conception élargie de la sécurité : la sécurité devient tout autant politique, économique, environnemental, sociétal (identités collectives menacées par la régionalisation et la mondialisation) que militaire. Pour autant, cette approche ne rejette pas le stato-centrisme des réalistes : l’État reste bien le sujet de la sécurité, seul change le contenu de cette sécurité.

Par la suite, guerres civiles et conflits ethniques des années 1990 favorisent des approches dites critiques en cela qu’elles remettent en cause l’objet même de la sécurité : l’État pouvant tout à la fois garantir la sécurité mais aussi la détériorer, l’objet de la sécurité doit donc être l’homme. De là l’apparition du concept de sécurité humaine en référence aux droits humains à vivre en sécurité.

On comprend alors que le discours du président d’Obama n’a rien de nouveau. En revanche, il témoigne d’une lente mais bien réelle prise en compte par le politique des enjeux de la sécurité humaine et plus particulièrement climatique, bien que ces enjeux soient clairement rattachés à la sécurité nationale des États-Unis.





Source : http://www.guerillasblog.com/2009/0...

13 novembre 2020
Les serres géantes, « usines à tomates », envahissent la Bretagne
Reportage
26 novembre 2020
Au lieu d’un moratoire, l’État lance une mission… pour multiplier les entrepôts Amazon
Enquête
13 novembre 2020
Serres de tomates, une filière énergivore et très concentrée
Enquête