La méthode éducative Freinet est toujours vivante‏

Durée de lecture : 2 minutes

21 mars 2014 / Nicolas Bérard (L’Âge de Faire)

A Vence, dans les Alpes-Maritimes, l’école primaire est plus qu’une école : un patrimoine, sur lequel veille attentivement l’Institut Freinet, afin que la pédagogie expérimentée par le couple du même nom soit préservée.


Instituteur à la campagne, Célestin Freinet introduit en 1924 une imprimerie dans sa classe, lance une correspondance interscolaire, et initie un réseau de publication de revues pédagogiques. Mais au début des années 30, il est violemment attaqué pour son pacifisme et les pratiques d’autogestion qu’il promeut au sein de l’école publique, et finit par quitter l’Education nationale.

Avec son épouse Elise, il crée à Vence, en 1935, une école privée, véritable « laboratoire vivant » où le couple perfectionne « par tâtonnements » un enseignement au plus proche de la nature, encourageant l’initiative personnelle, la libre expression, l’échange, l’autogestion…

« FAIRE SONTIER AU-DELÀ DUTIER »

Après une fermeture durant la guerre (Célestin Freinet a été arrêté et emprisonné), l’école rouvre ses portes en 1945. Malgré son statut privé, les Freinet veillent à ce que leur école « prolétarienne » soit accessible à un maximum de personnes. Du coup, les parents qui ne gagnent rien ne paient rien, les autres payent peu, et l’école croule sous les dettes.

En 1963, elle obtient un statut « expérimental », qui permet à l’Etat de rémunérer les instituteurs. La situation n’est pas stabilisée pour autant. Peu d’enseignants restent plus de quelques années à Vence, tant la charge de travail est importante : « Ici, il faut faire son métier au-delà du métier », expliquait alors la directrice.

Ce n’est donc qu’à partir des années 1980 que, selon Henri-Louis Go, secrétaire de l’Institut Freinet, « le projet pédagogique a vraiment pu s’accomplir en étant porté par une équipe stable ». En 1991, Lionel Jospin, alors ministre de l’Education nationale, sauve financièrement l’école : il la rend totalement publique - ce qui était sa vocation - en l’inscrivant au patrimoine pédagogique national.

Dès lors, l’équipe de Vence a pour mission de rester au plus près de la méthode Freinet. Les « invariants pédagogiques » élaborés au milieu du siècle dernier servent toujours de base incontournable à l’enseignement.

A Vence, on a donc, comme autrefois, très souvent cours en extérieur. Ce qui ne signifie pas que l’école vive en dehors du temps. Au contraire, il s’agit aussi de s’adapter à la réalité du monde : « Actuellement, on est en train d’évoluer dans un sens très environnementaliste », note Henri-Louis Go.L’équipe qui a « porté » le projet depuis les années 1980 est aujourd’hui à la retraite, et de nouveaux enseignants doivent être formés.

Comme l’école est de taille modeste - elle compte cette année 66 élèves répartis dans trois classes -, les parents doivent faire acte de candidature avant que leurs enfants soient sélectionnés en fonction de leur motivation. La volonté d’instaurer de la mixité sociale progresse.

« C’était difficile, car dans les milieux populaires, ils n’ont pas l’habitude de faire ce genre de demande. Mais ça commence à venir », se réjouit Henri-Louis Go.


Puisque vous êtes ici…

… nous avons une faveur à vous demander. La crise écologique ne bénéficie pas d’une couverture médiatique à la hauteur de son ampleur, de sa gravité, et de son urgence. Reporterre s’est donné pour mission d’informer et d’alerter sur cet enjeu qui conditionne, selon nous, tous les autres enjeux au XXIe siècle. Pour cela, le journal produit chaque jour, grâce à une équipe de journalistes professionnels, des articles, des reportages et des enquêtes en lien avec la crise environnementale et sociale. Contrairement à de nombreux médias, Reporterre est totalement indépendant : géré par une association à but non lucratif, le journal n’a ni propriétaire ni actionnaire. Personne ne nous dicte ce que nous devons publier, et nous sommes insensibles aux pressions. Reporterre ne diffuse aucune publicité ; ainsi, nous n’avons pas à plaire à des annonceurs et nous n’incitons pas nos lecteurs à la surconsommation. Cela nous permet d’être totalement libres de nos choix éditoriaux. Tous les articles du journal sont en libre accès, car nous considérons que l’information doit être accessible à tous, sans condition de ressources. Tout cela, nous le faisons car nous pensons qu’une information fiable et transparente sur la crise environnementale et sociale est une partie de la solution.

Vous comprenez donc sans doute pourquoi nous sollicitons votre soutien. Il n’y a jamais eu autant de monde à lire Reporterre, et de plus en plus de lecteurs soutiennent le journal, mais nos revenus ne sont toutefois pas assurés. Si toutes les personnes qui lisent et apprécient nos articles contribuent financièrement, la vie du journal sera pérennisée. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Merci.

Soutenir Reporterre

Source : Article transmis par L’Âge de Faire dont Reporterre est partenaire.

Photos : Angers blog

Lire aussi : Dans le Périgord, une école primaire du vivre-ensemble et de l’autonomie

20 novembre 2019
Les plastiques sont-ils toujours toxiques pour les organismes marins ?
20 novembre 2019
« Face au catastrophisme, c’est à partir du local qu’on aura du positif »
20 novembre 2019
Dans sa ferme, Anita prend soin des chèvres... et des humains