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La plateforme de Total avait déjà beaucoup fui

31 mars 2012 / Terra Eco


Quelle qu’en soit l’issue, la fuite de gaz survenue dimanche sur la plateforme gazière d’Elgin pèsera sur l’image et les projets du géant pétrolier français Total. Pas seulement parce que le réservoir Elgin-Franklin fournissait 7% du gaz produit au Royaume-Uni. Si bien que Total perd aujourd’hui entre 10 et 15 millions de dollars (entre 7,5 et 11 millions d’euros) par jour (perte de revenus, coûts d’intervention…). Pas seulement non plus parce que les investisseurs craignent un accident majeur à venir et que le titre de Total s’effondre en Bourse.

Cet accident est avant tout un coup dur pour Total parce qu’il survient sur la plateforme qui devait être la vitrine des projets d’avenir de l’entreprise. « Elgin-Franklin fera date dans l’histoire de l’industrie pétrolière », avançait ainsi Christophe de Margerie, alors directeur général « Exploration et production » et aujourd’hui pédégé de Total, dans la plaquette de présentation du projet diffusée en juillet 2002.

Comme l’ensemble des acteurs du secteur pétrolier, Total a parié massivement sur les hydrocarbures en « offshore profond », c’est-à-dire le pétrole et le gaz situé à plusieurs kilomètres sous le niveau de la mer. Ces ressources ont longtemps été jugées inexploitables, tant le coût et la technologie nécessaires à leur exploitation sont importants. Mais la diminution des ressources dites conventionnelles d’hydrocarbures a changé la donne.

Laboratoire et vitrine

Elgin était le fleuron de cette recherche pour Total. Si la description de la plateforme n’est plus accessible dans la partie « Projets et réalisations » du site Internet de Total, la page décrivant ce « projet pionnier qui a pris valeur de référence mondiale » reste visible en cache et de nombreux documents vantant les mérites de cette plateforme sont toujours en ligne.

La date de sa mise en service - 2001 - figure ainsi parmi les trois étapes majeures de l’histoire du gaz naturel sur le site de l’entreprise [1]. L’entreprise relate par ailleurs l’« immense aventure industrielle » qu’a constitué l’exploitation du champ d’Elgin-Franklin et se réjouit : « Performance encore inégalée à ce jour, il s’agit du plus grand champ à haute pression et haute température du monde. »

Conditions extrêmes

Sa zone de production présente en effet des conditions extrêmes de température (190° C), de pression (1 100 bars, soit quatre fois plus que la moyenne enregistrée sur les forages en mer du Nord, cent fois plus que les plus gros Karcher au diamètre pourtant bien plus petit et 1 100 fois plus que la pression atmosphérique) - et de profondeur (plus de 5,6 kilomètres de fond). « Ces conditions ne constituent pas un cas unique au monde mais sont peu fréquentes surtout pour des gisements de cette ampleur », commente Francis Perrin, directeur de la rédaction du bimensuel Pétrole et Gaz arabes.

Un responsable de Total, cité par Reuters, comparait le forage des premiers puits au percement d’un « trou dans une cocotte-minute placée au centre d’un four solaire ». « On construit de véritables cathédrales en mer du Nord », s’enthousiasmait également en 2009 Roland Festor, directeur général de la division « Exploration et production » de Total au Royaume-Uni (Total E&P UK) qui expliquait à l’agence AFP que « le Royaume-Uni, c’est le top de la technologie car on travaille dans des conditions de pression et de température qui n’ont pas d’égal dans le monde ».

De nombreux accidents

De quoi faire de ce « forage de l’extrême » un « terrain privilégié de démonstration de l’expertise de pointe de Total sur les réservoirs très enfouis », avance le site de Total. « Ce vaste champ de recherche et développement servira, demain, la mise en production potentielle d’autres gisements profonds découverts par Total », décrit même l’entreprise sur son site Internet.

Pourtant ces conditions peuvent entraîner des éruptions de gaz et empêchent d’installer « les systèmes électroniques d’analyse en temps réel des structures géologiques forées », lit-on sur le site de Total. En clair, les dispositifs de contrôle nécessaires pour une telle installation.

Et l’aventure du « forage de l’extrême » avait déjà été émaillée d’accidents. Dans des documents confidentiels consultés par le Guardian, la plateforme Elgin-Franklin figurait ainsi au second rang du palmarès pourtant bien fourni des plateformes ayant déversé le plus d’hydrocarbures dans la mer du Nord entre janvier 2009 et décembre 2010.

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Note :

[1] après la découverte du champ de Lacq en 1951 et avant l’appel d’offres remporté en 2006 par Total pour exploiter « l’immense champ chinois de Sulige Sud, réservoir de gaz ultra-compact ».




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Source : Terra Eco

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