La production de gaz de schiste libère des produits radioactifs

Durée de lecture : 3 minutes

4 janvier 2013 / Yves Heuillard (DD Magazine)


Tout ce que nous savons de l’exploitation des gaz de schiste nous vient des États-Unis. Ce sont les extrapolations américaines à des zones géologiques similaires du territoire français qui font dire aux industriels que la France recèlerait de réserves de gaz non-conventionnel importantes.

Les techniques d’exploitation ont été mises au point outre-atlantique. Les risques liés à l’exploitation des gaz de schiste ont d’abord été portés à l’attention du public par les scientifiques et les défenseurs de l’environnement américains.

Parmi ces risques, celui de la dispersion de minéraux radioactifs issus du sous-sol, est souvent sous-estimé, quand il est évoqué. Un rapport officiel récent de l’administration américaine en précise la nature.

Les précisions sur le risque radioactif lié à l’exploitation des gaz de schiste sont issues d’un rapport de E. Ivan White, scientifique au Conseil américain pour la mesure et la protection des rayonnements (National Council on Radiation Protection & Measurements, NCRP). Ici le rapport rendu public par l’association newyorkaise Grassroots Environmental Education qui vise à l’éducation du public sur la santé et l’environnement.

Selon le rapport la fracturation hydraulique provoque d’importantes remontées à la surface d’éléments radioactifs dans les liquides issus de la fracturation.

Le rapport indique que les éléments radioactifs issus des schistes de Marcellus (nom de la couche géologique riche en gaz dans l’est des Etats-Unis) font partie des éléments radioactifs à vie longue et que par conséquent ils peuvent s’accumuler dans la chaîne alimentaire et engendrer des doses de radiations dangereuses pour des millions de personnes.

Le rapport met prudemment les choses en perspective. Un camion de déchets issus d’un forage ne pose pas véritablement de problème de santé publique, mais il en est tout autrement de quelques millions de camions sur 40 ans.

Ivan White cite en particulier le radium-226 et le radium-228, qui peuvent se retrouver à la surface sous forme solide et liquide, du fait du processus d’exploitation.

L’auteur analyse la dispersion dans l’environnement de ces radioéléments et conclut : « Ils restent actifs et potentiellement mortels et peuvent se retrouver des années plus tard dans des endroits imprévisibles. Ils s’accumulent dans la chaîne alimentaire, jusqu’à l’homme ».

Rappelons que le radium-226 a une demi-vie de 1600 ans. C’est à dire qu’en 1600 ans il pert seulement la moitié de sa radioactivité. C’est un corps particulièrement dangereux parce que l’organisme l’assimile comme le calcium et, fixé dans les os, il est potentiellement source de cancers.

Une anguille sous roche bien génante

Dans son rapport Ivan White prend des précautions très appuyées pour montrer que contrairement à l’industrie nucléaire « qui suit précisément toute la production d’éléments radioactifs jusqu’à leur destination finale sûre », la réglementation concernant la fracturation hydraulique est très insuffisante.

Le propos rapporté ici entre guillemets est évidemment incorrect puisque les équipements nucléaires rejettent, en fonctionnement normal, des effluents radioactifs gazeux et liquides dans l’air, les rivières, et les océans ; et que la notion de « destination finale sûre » est plus que controversée.

Notons enfin que le problème soulevé par le Conseil américain pour la mesure et la protection des rayonnements, n’est pas nouveau. Le département américain de l’énergie (DOE) et General Electric ont engagé depuis 2011 deux millions de dollars pour permettre d’isoler les matériaux radioactifs des boues et liquides de la fracturation hydraulique (Source Forbes).

En Pennsylvanie haut lieu de l’exploitation des gaz de schiste (de l’ordre de 100 000 puits de forage), des rejets liquides ont été déversés dans les rivières alimentant le réseau d’adduction d’eau potable sans test de radioactivité.

Le New York Times, qui rapporte l’information en février 2011 sur la base de documents officiels jamais rendus publics, précise que le niveau de radioactivité des rejets liés à la fracturation hydraulique est bien plus élevé que la réglementation ne l’autorise.



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Source et photo : DD Magazine

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