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Tribune —

La question de 2012

« Une question politique a surgi, dont tout donne à penser qu’elle va constituer une ligne de fracture de la campagne présidentielle : faut-il sortir du nucléaire ? »


Qu’est-ce qu’une question politique essentielle ? C’est un problème qui engage le destin de la communauté politique, un problème qui ne connaît pas de solution simple, et enfin à propos duquel la divergence est perceptible. Pour que la divergence soit visible, il est nécessaire que l’énoncé du problème soit clair, et que des forces importantes soient rangées de part et d’autre, ce qui empêche la machine médiatique d’enterrer la question.

De ce point de vue, il est assez peu de questions politiques essentielles. Et la vie politique est souvent réduite à une querelle de personnes, à la description des stratégies de prise de pouvoir, au commentaire de sondages d’opinion. Des accidents, cependant, peuvent bousculer les scénarios établis par ceux qui voudraient réduire le conflit politique à un choc de « géants » - des géants si haut dans le ciel que les citoyens, trop éloignés de leur suprême intelligence, n’auraient rien d’autre à faire que dire « celui-ci » ou « celui-là ».

Deux accidents ont rouvert le champ de la délibération en France : Fukushima et un fait divers new-yorkais. Une question politique a surgi, dont tout donne à penser qu’elle va constituer une ligne de fracture de la campagne présidentielle : faut-il sortir du nucléaire ?

Elle engage le sort du pays. Nous sommes, comme l’observe le consultant en énergie Pierre Radanne, à la fin d’un cycle énergétique : les réacteurs vieillissent, et il va falloir les remplacer, soit par d’autres réacteurs, soit par une autre politique énergétique. Cette décision engagera l’avenir pour un demi-siècle. Depuis 2007, Nicolas Sarkozy, avec l’assentiment tacite du Parti socialiste, préparait le renouvellement du parc nucléaire. Mais l’accident de Fukushima est arrivé, qui a chamboulé ce scénario rodé. La catastrophe a incontestablement ébranlé la confiance que l’on pouvait avoir dans cette technologie. De la droite de Nicolas Sarkozy à l’extrême droite de Marine Le Pen, le cap du nucléaire est maintenu.

Mais le clivage émerge enfin nettement : Nicolas Hulot est sorti de l’indécision, et promeut « une décision immédiate de sortie du nucléaire ». Et au sein du PS, les deux challengers ont pris des options différentes : pour François Hollande, « la sortie du nucléaire n’est pas aujourd’hui la réponse ». Pour Martine Aubry, « il faut sortir du nucléaire », même si ce ne peut pas être immédiatement. La primaire socialiste aura une vraie question politique à trancher. On peut souhaiter - pour la démocratie - qu’ils fassent en sorte que cette question soit maintenue à l’échéance de 2012 : les Français doivent pouvoir réfléchir enfin librement à leur avenir énergétique.


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