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La sortie du capitalisme commence à Hendaye le 15 avril

10 avril 2011 / Txetx Etcheverry

« Il n’y a qu’une voie possible : il faut massivement réduire notre consommation d’énergie actuelle, et pour cela diminuer considérablement la production matérielle. » Comment on fait ? C’est ce qui sera discuté au Forum « Capitalisme, c’est où la sortie ? », au Pays basque, à partir du 15 avril.


Nous vivons une époque décisive. Chaque jour qui passe est porteur d’une actualité nous avertissant de manière claire et nette que notre modèle économique actuel nous amène droit au gouffre : catastrophe nucléaire du Japon, marée noire du Golfe du Mexique, émeutes de la faim, accélération de la fonte des glaces du Groenland et de l’Antarctique, pic du pétrole etc...

Ce modèle, la croissance capitaliste, repose sur de gigantesques besoins en énergie. Mais il s’est violemment heurté contre un mur - celui des limites de la planète - et les conséquences en sont multiples : premiers enchaînements des conséquences sociales et économiques de la fin du pétrole pas cher, guerres du pétrole, risques accrus pris pour son exploitation (plateformes pétrolières en mer profonde, marées noires...), dégâts environnementaux colossaux pour certaines modes d’extraction telles que celui des sables bitumineux au Canada et d’une manière générale tentation d’un recours plus important au charbon malgré les conséquences climatiques catastrophiques d’une telle pratique...

Car la poursuite de l’exploitation massive des énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon) provoque d’ores et déjà changements climatiques et multiplication des évènements climatiques extrêmes (326 catastrophes climatiques ont été enregistrées en moyenne chaque année entre 2000 et 2004, près de trois fois plus qu’entre 1980 et 1984). Elle nous fait foncer vers les seuils d’emballement -incontrôlable et irréversible- du climat. Pour éviter ce pire là, nous devons réduire drastiquement nos émissions de gaz à effet de serre, d’au moins 50 % à l’échelle mondiale en 2050 par rapport à 1990.

Le mythe de la croissance verte

Certains prônent dès lors la fameuse « croissance verte ». Grâce aux progrès technologiques, nous allons pouvoir continuer à produire plus en polluant moins. Hélas, les chiffres sont têtus et nous montrent le contraire. Depuis les années 70, ces avancées technologiques ont permis le résultat d’une baisse de l’intensité carbone - proportion d’émissions de gaz à effet de serre par unité de P.I.B.- égale à 40 % ! C’est remarquable ! Mais dans la même période, le P.I.B. mondial à triplé (en volume). Les émissions de gaz à effet de serre ont donc été multiplié par 1,9, rendant la situation climatique plus qu’inquiétante. La crise de la bio-diversité, l’acidification des océans etc. accompagnent dramatiquement le mouvement. Il n’y a pas de croissance verte !

Le recours au nucléaire ou aux agro-carburants

D’autres invoquent des solutions miracles pour tout continuer comme si de rien n’était : on fera rouler le même nombre de voitures aux agro-carburants ou à l’électricité, grâce au nucléaire, énergies plus propres en gaz à effet de serre. Les agro-carburants combinés aux effets du réchauffement climatique vont alors participer à la raréfaction et au renchérissement des denrées alimentaires de base, faisant basculer des dizaines ou centaines de millions de personnes supplémentaires au dessous du seuil de pauvreté.

Le nucléaire ne constitue que 5% environ de l’énergie primaire consommée par les hommes. De l’avis même d’un partisan de cette énergie, Jean-Marc Jancovici, il faudrait construire 8.000 réacteurs (contre 400 aujourd’hui) pour que l’atome remplace le pétrole et le charbon. C’est infaisable en 20 ou 30 ans, échéance que nous avons pour réduire massivement nos émissions de gaz à effet de serre, cela rendrait ridicules les réserves prouvées d’uranium (il y a en a pour un siècle environ avec le parc actuel !) et l’on voit déjà, de Tchernobyl en Fukushima, le problème que nous pose ce parc actuel, sans parler de la question des déchets radioactifs et du risque de prolifération de l’armement nucléaire que cela induirait.

La transition énergétique

Nous allons devoir - à moins d’assumer le pire pour la génération de nos enfants actuels - effectuer une transition radicale et massive vers un modèle plus économe et efficace en énergie, et vers un système de production d’énergies entièrement renouvelables et propres.
Mais du coup, il nous faudra consommer de l’énergie pour réaliser les reconversions (aménagement du territoire, transports, industrie, agro-alimentaire), les aménagements (isolation des logements...), et produire les dispositifs qui vont permettre de générer ces énergies renouvelables et propres.

Le défi de la transition va donc exiger une importante consommation d’énergie, et dans le même temps, on peut prévoir que l’adaptation aux premières conséquences du réchauffement climatique va également en exiger de plus en plus. Or, dans l’immédiat, cette énergie sera majoritairement d’origine fossile, et nous savons que nous devons impérativement diminuer nettement sa consommation - dès 2015/2020 - pour limiter le changement climatique et éviter les seuils d’emballement à ce niveau.

Vers le bien-vivre soutenable

Alors, comment faire ? Comment boucler la quadrature du cercle ? Il n’y a qu’une voie possible : il faut massivement réduire notre consommation d’énergie actuelle, et pour cela diminuer considérablement la production matérielle, la consommation, la transformation et le transport de matières.

Cela va à l’encontre de toutes les politiques actuellement menées et prônées, qui consistent à « aller chercher la croissance avec les dents », à faire travailler plus (et donc produire, transformer et transporter plus)... Et pourtant, c’est la seule alternative rationnelle et lucide.

Loin de signifier une baisse de la qualité et du niveau de vie de la majorité des gens, elle est au contraire la base du bien-vivre soutenable du plus grand nombre.

Les chemins qui y mènent existent, ils peuvent commencer ici et maintenant, et doivent structurer nos luttes et revendications d’aujourd’hui. Ils passent par la suppression des productions inutiles ou nuisibles, la fin de l’obsolescence programmée des produits, la réduction du temps du travail, la relocalisation de la production, le ralentissement de nos rythmes de vie et de déplacement, la reconversion d’une partie de l’industrie et des services, un réaménagement radical du territoire, la fin de l’agriculture industrielle, la réduction drastique des inégalités sociales, la démarchandisation d’un certain nombre d’activités...

Ces chemins seront évoqués en long et en large tout au long du Forum « Capitalisme : c’est par où la sortie ? » qui aura lieu d’Hendaye à Mauléon en passant par Bayonne, Espelette et Hasparren du 15 avril au 1er mai. Commençons sans plus tarder à les découvrir et à les emprunter !




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Source : Courriel à Reporterre.

Programme du Forum : Capitalisme, c’est par où la sortie ?

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