La stratégie des compagnies pétrolières pour contrer les écologistes

Durée de lecture : 3 minutes

8 janvier 2014 / Selma Franssen (Investig’Action)

Dans un document révélé par Wikileaks, un cabinet travaillant pour les grandes compagnies pétrolières dessine les grandes lignes de la stratégie de communication pour endiguer les critiques des écologistes.


WikiLeaks, la plateforme des lanceurs d’alerte, a dévoilé récemment une série de documents qui révèlent à quel point les compagnies pétrolières se sentent acculées par les activistes. Les experts pensent que l’opposition aux projets dangereux pour l’environnement, notamment l’exploitation des sables bitumeux, pourrait à terme devenir la plus grande campagne pour l’environnement de tous les temps. Ces révélations éclairent les méthodes mises des multinationales pour appréhender la résistance (subdivisée en catégories allant de « réaliste » à « radicale »).

Alors que durant plusieurs décennies, les entreprises pétrolières et gazières ont pu jouir d’une certaine liberté de mouvement, elles doivent depuis quelques années faire face à une contestation toujours plus importante. Les multinationales impliquées dans le très controversé oléoduc Keystone-XL s’estiment d’ailleurs à ce point menacées par les activistes qu’elles encouragent leurs départements de relations publiques et de conseil à s’armer contre la critique.

Rendu public par WikiLeaks, le document Oil Sands Market Campaigns de la société Strategic Forecasting est une présentation destinée à avertir les grands groupes pétroliers qu’en cas de contre-offensive tardive, l’hostilité à l’égard des activités du secteur pourrait se cristalliser dans la plus remarquable campagne pour l’environnement à laquelle ces grands groupes furent jamais confrontés.

A télécharger ici :

Bien qu’elle nie avoir sollicité les services de Strategic Forecasting, la société canadienne Suncor [une des principales compagnies exploitant les sables bitumineux en Alberta] semble bien être le destinataire de cette présentation.

WikiLeaks possède d’ailleurs quelques courriels dans lesquels des collaborateurs de Strategic Forecasting évoquent le payement par Suncor d’un montant de $ 14.890 pour deux projets achevés.

« Radicaux, idéalistes, réalistes et opportunistes »

Strategic Forecasting classe les opposants des compagnies pétrolières en différentes catégories (radicaux, idéalistes, réalistes et opportunistes) avant d’expliquer comment appréhender chacune d’entre elles.

Parmi les radicaux, on retrouvera des organisations militantes populaires telles que Rising Tide North America, Oil Change International et Indigenous Environmental Network.

Greenpeace et Rainforest Action Network sont perçues comme deux entités hybrides, mi-radicales, mi-idéalistes.

Sierra Club - le plus grand groupe environnemental américain -, Amnesty International et Communities for a Better Environment demeurent des « idéalistes » ; et les différentes structures plus conventionnelles telles que le World Wildlife Fund, Natural Resources Defense Council et Ceres (une association du secteur non-marchand qui rassemble des entreprises, des investisseurs et des groupes d’intérêt publics) se rangent dans la classe des réalistes.

La tactique de défense des compagnies fossiles

Selon Strategic Forecasting, bien que les activistes demandent l’arrêt des projets dangereux pour l’environnement, il apparaît que leur « exigence avérée » est l’application d’un code déontologique au secteur pétrolier. C’est pourquoi, la firme conseille aux compagnies concernées de poursuivre leurs activités tout en veillant à se fabriquer une image plus éthique destinée à atténuer la contestation.

Elle préconise en outre de limiter les contacts avec les organisations de défense de l’environnement, de reporter sciemment les négociations, et d’établir des programmes environnementaux propres visant à éclipser les exigences des activistes. Il s’agit ni plus ni moins de museler l’opposition le plus longtemps possible, en tout cas tant que son influence politique est limitée.

Les révélations de WikiLeaks confirment l’ampleur toujours croissante des moyens mis en œuvre pour faire pression sur l’opinion publique afin de pouvoir poursuivre ses projets.

Les travaux tels que le « fracking » et la pose d’oléoducs amènent les entreprises pétrolières toujours plus près des communautés locales - parfois jusqu’à littéralement envahir les jardins privés ! Les citoyens inquiets rejoignent alors les rangs des activistes et donnent davantage de poids aux campagnes de protestation.

(…)


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Source : Investig’Action, qui a fait traduire par Olivier Porignaux, l’article original en anglais : Inside climate news.

Lire aussi : L’acceptabilité sociale, ou l’art de faire avaler le béton aux citoyens.



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