La vie d’élue n’est pas une sinécure

Durée de lecture : 7 minutes

2 mars 2009 / Alexandra Siarri



La démocratie tient entre autres à la transparence des élus. Cette conseillère municipale à Bordeaux parle clairement de ses avantages et de ses charges.

Pas une semaine ne s’écoule sans qu’on me parle des avantages de mon statut, laissant entendre qu’ils justifient à eux seuls mon obligation de faire.

Le salaire d’un élu de la République n’est pas tabou, c’est un des rares salaires si ce n’est le seul, qui fait l’objet d’une délibération donc d’un document public auquel tout le monde peut avoir accès.

Les avantages en revanche nourrissent les fantasmes et les agacements d’autant plus facilement qu’ils ne font l’objet d’aucune transparence réelle.
Aucune transparence non pas, parce qu’on voudrait « profiter en toute tranquillité » mais parce qu’il n’y a rien à cacher : elle est là, la verité !!!!! au moins au niveau local.

Je suis une élue municipale déléguée à Bordeaux : on me donne 1185 euros par mois. Je n’ai pas de voiture de fonction, ni de téléphone portable, pas de bureau particulier, pas d’assistante affectée.
J’ai une carte qui me permet de circuler gratuitement dans les transports en commun et je peux demander des places de spectacles et de matchs.
Je suis invitée pour représenter le maire ou mes adjointes dans certaines cérémonies officielles dans les salons de la mairie ( c’est arrivé 5 fois depuis que je suis élue) et dans des cocktails inauguratoires ( c’est arrivé une vingtaine de fois en une année).

Je consacre mes 20% de temps partiel, mes repas entre midi et deux, quasiment chaque fin de journée, l’une des deux journées du week end à cette fonction.
En tant que fonctionnaire, je peux consacrer 90 heures à mes fonctions éléctives par trimestre : ce temps m’est accordé de plein droit. Cette règle est vraie pour tout salarié.
(Pensons à ceux qui le ne sont pas !). Une grande différence existe en revanche entre salariés : ce temps accordé de plein droit n’est pas toujours rémunéré.

La plupart des élus que je cotoie consacre entre une et deux journées par semaine à leur mandat d’élu municipal. Certains exercent des métiers qui ont exigé d’eux un niveau d’études important et leurs salaires sont élevés : le temps passé à leurs fonctions éléctives est un manque à gagner. A ces niveaux de rémunérations : des milliers d’euros... on peut considérer qu’ils ne sont pas à plaindre mais ce n’est pas le débat....Je veux simplement vous éclairer sur le fait que de nombreux élus gagnant très bien leur vie, la gagnent moins bien en étant élus et donc ne peuvent pas être taxés d’être des opportunistes malhônnetes.

Parlons un peu des« avantages »...de quoi s’agit il exactement ? Obtenir un permis de construire plus rapidement, obtenir pour une personne croisée dans une réunion publique un logement d’urgence ou social, faciliter l’octroi de papiers d’identité, de places en crèche ....oui bien sûr ça existe...et c’est plus ou moins bien fait.

Prenons un exemple : avant hier j’ai participé à une réunion organisée par des militants « de la réquisition d’office d’appartements inoccupés pour y loger des SDF ». Une partie des participants considèrent que les élus tout parti politique confondu sont des « cancres qui vivent dans des igloos », que le temps de l’activisme est venu.......Dans cette assistance de gens en colère qui me parlent d’hommes et de femmes qui souffrent jusqu’à la mort dehors tandis que je m’essaie à leur parler des procédures, des partenaires, des délais, des budgets ....bref dans cet échange difficile entre la détresse et la république ...deux personnes m’interpellent dont un monsieur d’une cinquantaine d’années qui me parle de sa vie dans son 18 M2 avec ses cinq enfants et qui risque l’explussion dans dix jours.
Je prends ses coordonnées, rentre chez moi décidée à trouver manu militari à cet homme une solution, je m’empresse de solliciter l’appui technique des services techniques qui s’y emploient avec une efficacité formidable . Ce monsieur ne sera pas expulsé.
Satisfaction et très grande perplexité : et si je n’étais pas venue à cette réunion ? et comment aider ceux qui n’étaient pas venus à cette réunion mais qui souffrent de la même situation ? et le logement affecté à cet homme n’est il pas celui de quelqu’un qui l’attendait avec autant d’impatience ?????

Je trouve que le débat sur les salaires et avantages des élus est pollué de beaucoup de mensonges et de fantasmes. Encore une fois je ne vous parle que de ce que je connais : le local.

Ce qui est intéressant en revanche et mérite notre attention , de vrais débats et une décisison citoyenne c’est de savoir si le statut d’élu ne pourrait pas être considéré une bonne fois pour toute comme un métier à haut risques avec la possibilité pour ceux qui ne sont plus élus et qui y auraient consacré un plein temps sans être à la retraite, d’être soutenus pour reprendre une activité...
Parce qu’en ne réflèchissant pas à cette solution de repli pour les élus, on les oblige à « s’enkister » dans un statut qui devient leur seule source de revenus.

C’est un statut à haut risque de toute façon car chercher un travail une fois qu’on a été élu est forcément plus difficile : quel employeur aurait envie de revruter quelqu’un qui a été choisi pour représenter le peuple, pour défendre des opinions et obtenir des résultats ? ?

Cette question me concerne également : quel élu socialiste prendrait le risque de m’employer à un poste à responsabilité dans sa collectivité, moi qui suis elue dans la majorité d’A Juppé ??

Je suis pour le mandat unique, pour ceux qui exercent un métier parallèlement.
je suis pour la reconnaissance d’un métier d’élu avec le déploiement de solutions pour que l’élu puisse reprendre le chemin d’un emploi classique à la fin de son mandat.
Je suis pour la limite du nombre des mandats mais pas systématiquement.
Je crois que les élus ne doivent pas tous pouvoir cumuler des mandats ni se représenter sans limites de temps mais je pense que certains, ceux qui ont la vision, l’expérience, la capacité.... doivent avoir suffisamment de pouvoirs et de temps pour impulser et sécuriser des dynamiques publiques sociales.
Je crois surtout que nous devons nous inviter aux débats sur la réforme des collectivités......

Cette réforme est fondamentale , structurelle, elle touche à la démocratie, à l’amélioration ou pas du système de représentation. Limiter le nombre de collectivités pour minimiser l’émiettement des responsabilités politiques c’est aussi donner plus de pouvoirs aux élus et une plus grande responsabilité sur de nombreuses compétences et sur des territoires plus grands. Il faut reprendre confiance en nos élus, exiger d’eux des résultats mais penser pour eux à un statut qui dépollue leurs émotions de la peur du lendemain et qui les garantit d’une belle image dans la société qu’ils soient ou qu’ils ne soient plus élus.

Comment peut on espérer que tous les élus soient efficaces si on passe notre temps à ne parler d’eux que comme des profiteurs grassement payés et détournant de leur utilité sociale des tonnes d’avantages ?
Comment peut on espérer que tous les élus soient efficaces si on n’a de l’estime pour eux que lorsqu’ils sont élus ? et que rien n’est prévu ensuite ?

Les élus ne sont que le reflet de la société.
Leur impuissance c’est la nôtre.
Leur combattivité c’est la nôtre.
Leurs garanties ce sont les nôtres.
Leurs responsabilités collectives, c’est la somme de nos responsbilités individuelles.

Je suis heureuse d’être élue et j’aimerais que nous soyons beaucoup plus nombreux à vouloir le devenir
mais ce ne sera possible que si le statut de l’élu est complétement réhabilité et la foi en sa place et son utilité reconstruite.





Alexandra Siarri est conseillère municipale à Bordeaux.

Source : http://www.vous-avez-dit-durable.or...

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