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Le Parti de Gauche répond aux Objecteurs de croissance

Durée de lecture : 7 minutes

10 août 2009 / Eric Coquerel

« On ne construira pas un nouveau monde en jetant aux oubliettes les acquis de l’ancien. »

Nous tenons tout d’abord à vous remercier du courrier que vous nous avez adressé suite à la déclaration commune du Parti de Gauche et du NPA.

Le Parti de Gauche avait souhaité rencontré les Objecteurs de Croissance dès la préparation des élections européennes pour étudier les convergences possibles. Votre courrier confirme que nous nous retrouvons sur la nécessité de construire un projet en rupture avec la logique du système capitaliste et le productivisme, en oeuvrant à l’unité des différentes forces de la gauche de transformation qui se retrouvent dans cette critique radicale du système dominant. Cette unité est indispensable pour espérer renverser le rapport de force à gauche car nous avons l’ambition de reconstruire une majorité sur un programme de transformation et de se donner les moyens de l’appliquer.

Comme vous le savez, le Parti de Gauche est engagé, aux côtés d’autres forces politiques, sur le terrain des luttes sociales et écologistes. Nous considérons que les mobilisations dans les luttes et dans les urnes sont complémentaires pour parvenir à élaborer et mettre en oeuvre un projet de transformation. En conséquence, nous saluons positivement et soutenons toutes les convergences permettant d’avancer dans ce sens.

Concernant les « insuffisances » que vous pointez dans le texte commun PG - NPA, nous souhaitons en préambule vous rappeler que cette déclaration résume une première discussion, elle n’a donc pas valeur de programme !y a donc évidemment bien des manques, qui ne doivent pas occulter la démarche de convergence qui, à ce stade, nous paraît essentielle. Une démarche que nous poursuivons également au sein du Front de Gauche qui est pour nous plus que jamais d’actualité comme les communiqués et comptes rendus disponibles sur notre site le montrent.
Toutefois, à notre tour nous souhaitons relever plusieurs des points que vous indiquez et qui font effectivement débat entre nous.

Dans le cadre d’un programme de transition et de dépassement du capitalisme, nous distinguons les notions de projet, de programme et de mesures d’urgence. C’est dans ce dernier volet que s’inscrivent les mesures d’interdiction des licenciements boursiers et de droits nouveaux pour les salariés, contenues notamment dans la proposition de loi que nous avons déposée par la voie de nos parlementaires.

Elles sont d’autant plus essentielles quand la crise frappe en premier lieu les plus fragiles, les exclus, et ceux qui ne possèdent que leur force de travail pour vivre. On ne peut faire l’impasse sur la défense d’acquis sociaux importants, ni sur la question de la répartition inégale des richesses en faveur des profits qui est l’une des caractéristiques évidentes, et historiquement inégalée, du capitalisme aujourd’hui. Nous ne sommes donc pas d’accord avec le paragraphe où vous indiquez : « Face à l’offensive mondiale de dérégulation et de précarisation des individus et des groupes sociaux, il nous semble que les revendications « d’augmentation des salaires, de garantie de l’emploi et d’âge de départ à la retraite » sont inadaptées et restent dans une logique “d’accompagnement” du système ».

Non seulement une telle logique nous laisserait sourd aux revendications légitimes, et de plus en plus à la révolte, de ceux qui aujourd’hui voient leur emploi et de fait leurs conditions d’existence menacées, mais en outre elle ferait fi de la casse de ce qu’il reste de notre pacte social et républicain. Nous pensons qu’on ne construira pas un nouveau monde en jetant aux oubliettes les acquis de l’ancien… Ni en se passant d’un programme de transition volontariste permettant, in fine, la mise en place d’un véritable projet de rupture avec le capitalisme et le productivisme.

Plus globalement, dans ce courrier, il nous semble que vous mésestimez le coeur de la logique du système capitaliste – le rôle de l’accumulation des profits - dans la critique que vous faites du système. Si nous partageons, comme vous l’écrivez, « une réflexion critique et radicale du modèle productiviste », nous voulons pour notre part tenir sur les deux jambes : la critique du modèle productiviste ET celle de la logique du système capitaliste, générateur d’inégalités croissantes. C’est selon nous la combinaison de ces deux logiques délétères qui explique : « misère, perte des biens et des liens fondamentaux, aliénations, perte de souveraineté, concurrence entre les peuples et les individus » pour reprendre votre énumération.

Ces débats soyez-en assurés, nous les pointons dans un esprit amical et constructif. Ils sont fondamentaux et nous ne devons pas craindre de les poser avec ouverture et honnêteté. Ils traversent aujourd’hui toute la gauche de transformation, y compris au sein même du Parti de Gauche parmi nos militants. Nous considérons que c’est de cette diversité, de cette richesse, de cette confrontation positive que pourra naitre une véritable alternative.

Et comme vous le savez, le parti tiendra son Congrès fondateur en décembre 2009. Un processus d’élaboration de contenu des projet et programme du PG est lancé, afin qu’ils puissent être soumis au vote de nos militant-es lors du Congrès.

Dans une volonté d’ouverture et dans la logique de « parti creuset » qui est la nôtre depuis le lancement du Parti de Gauche en novembre 2008, nous avons ouvert le comité de co-organisation de ce Congrès aux forces et personnalités désireuses d’y participer. L’expression de « parti creuset » n’a pour nous rien d’incantatoire. Elle se fonde sur la nécessité impérieuse de construire un nouveau projet politique s’appuyant sur le meilleur des différentes traditions de la gauche et sur les nouveaux enjeux démocratiques, sociaux et écologiques qui se posent aujourd’hui. Afin d’être en mesure de construire une véritable alternative, désirable -comme vous le mentionnez- et susceptible de devenir majoritaire.

Nos méthodes de travail, par le débat argumenté, les rencontres telles que celle que nous avons eue avec vous et de nombreuses autres forces politiques, mais aussi avec des associatifs, syndicalistes, économistes, universitaires... et l’ouverture du comité de co-organisation de notre Congrès témoignent de cette volonté d’ouverture et de convergence.

La distinction entre activité et emploi, les questions de revenu minimum et maximum, la notion de gratuité et de valeur d’usage, la question du temps de travail, de l’accès aux droits fondamentaux etc., sont des thématiques qui devront être mises en débat et seront placées au coeur de nos échanges et réflexions dans le cadre de la construction de ce projet.

En ce qui concerne l’écologie, l’action du Parti de gauche est loin de se limiter à la lutte contre l’EPR. La remise en cause de nos modes de production et de consommation, la dénonciation de la marchandisation et du consumérisme sont au coeur de l’ensemble de nos textes et actions, et ce depuis le lancement du Parti de Gauche dès novembre 2008.

En ce qui concerne Europe Écologie, notre critique ne porte pas uniquement sur le point que vous évoquez, mais c’en est un, en effet. Et nous continuons à penser que le clivage gauche-droite est pertinent lorsqu’il s’agit de dénoncer le système actuel et de défendre un projet de sortie du capitalisme et du productivisme. L’acceptation du Traité de Lisbonne, pour ne citer que ce point de divergence majeur, est pour nous incompatible avec un projet de transformation sociale et écologiste.

La construction du Front de Gauche avec le PCF et la Gauche Unitaire s’est faite par le partage d’une stratégie politique, mais aussi par l’élaboration de contenus témoignant de cette volonté de construire sur la base de nos convergences et de notre diversité. Nous restons dans cet état d’esprit en ce qui concerne la poursuite et l’élargissement du Front de Gauche. Nous l’avons écrit dans la déclaration de notre Conseil National après les élections européennes. Nous l’avons redit à l’occasion du communiqué commun avec le NPA en appelant à la constitution d’un groupe de travail large et ouvert, pour commencer à avancer sur le contenu de ce qui pourrait être une plateforme programmatique commune.


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Source : Courriel à Reporterre.

L’auteur : Eric Coquerel est au Parti de Gauche secrétaire national chargé des relations extérieures.

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