Le Président qui a peur du peuple

Durée de lecture : 3 minutes

2 mars 2009 / par Villalard



Quand M. Sarkozy se déplace quelque part, la ville est bouclée, policée, interdite. Comme à Nïmes en janvier dernier.

Mardi 13 janvier, le chef de l’État est passé 1h05 sur Nîmes (après avoir atterri à l’aéroport avec les deux avions de la République) pour présenter ses vœux au monde de la culture.

Conséquences... :
Plus de 1 000 CRS et gardes mobiles (sans compter l’importante garde rapprochée du président de la République) ont bouclé l’ensemble du centre-ville (interdiction aux voitures, vélos, etc. et même de marcher à pied) de 6h à 14h15 (pour à peine plus d’une heure de venue de Nicolas Sarkozy dans un secteur très restreint du centre-ville).

Toutes les rues (même piétonnes et celles à l’opposé du « parcours présidentiel ») ont été bouclées par des véhicules anti-émeutes et des policiers qui ressemblaient plutôt à des « Robocops ».

Les infirmières et autres professionnels à domicile ont été interdits de se rendre chez leurs patients (parfois sérieusement malades) ou clients.
Les commerces ont eu l’obligation de fermer et les professions libérales n’ont pas eu l’autorisation d’accéder à leur bureau.

Les rares ayant pu accéder à leur bureau en centre-ville ne pouvaient plus en sortir, ce jusqu’à une heure après le départ du chef de l’État.
Les riverains ont été cantonnés chez eux et ceux qui voulaient y rentrer n’ont pas pu.

30 agents des Renseignements Généraux (venant du G
ard, des Bouches-du-Rhône et de l’Hérault) ont été mobilisés.

Les 1 200 personnes (intermittents, étudiants, militants PS et PC, syndicalistes, associations culturelles, mais aussi policiers, etc.) qui ont manifesté ont été cantonnés sur le parvis des Arènes, à 250 mètres minimum de là où se trouvait Nicolas Sarkozy (au musée Carré d’Art, face au monument romain de la Maison Carrée). Il y a eu des heurts (notamment coups de matraques et jets de gaz lacrymogène sur les manifestants) qui n’ont étonnamment eu aucun écho dans les médias français.

Des tireurs d’élites ont été placés sur les toits du Carré d’Art et des bâtiments alentours.

Seule une vingtaine de Nîmois ont été autorisés à rester derrière les barrières de sécurité lors de l’entrée du chef de l’État dans le Carré d’Art par la sortie de secours. Ce sont les seuls habitants qu’il a bien voulu voir...

Pour la petite histoire, Nicolas Sarkozy a visité la collection permanente du musée d’art contemporain (une des plus importantes de France) en... 11 minutes (remise des présents et saluts aux élus nîmois compris), en compagnie des maires UMP de Nîmes et d’Avignon ; des parlementaires du grand Sud Est ; et du président de la région Languedoc-Roussillon, avant de faire son discours devant les près de 300 invités.

Notons que le chef de l’État a annulé son passage à la Mairie de Nîmes (à 200 mètres du Carré d’Art) « pour des raisons de sécurité » alors même que les rues du centre étaient désertes (si l’on ne prend pas en compte les policiers et CRS).

Évidemment, les Nîmois ont été scandalisés par une telle opération et ont souvent rappelé que « lorsque François Mitterrand ou Jacques Chirac venaient, eux, on pouvait les croiser dans les rues pour leur serrer la main »... Le quotidien local Midi Libre, plutôt classé à droite, et certains élus de la majorité ont trouvé eux-mêmes ces mesures totalement disproportionnées.

Tout cela a un coût exorbitant que nous ne connaissons pas. Tout cela a aussi un impact économique négatif pour de nombreuses personnes. Tout cela a des relents d’autoritarisme...

Mais surtout, on peut s’interroger sur cet homme, notre président de la République, qui développe depuis qu’il est ministre une peur panique de ses concitoyens, et sur ce que cela dit sur son engagement...





Source : Information envoyée par un correspondant de Reporterre.

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