Le cheval au service de la ville

Durée de lecture : 4 minutes

5 mai 2014 / Antoine Torrens

Et si l’hippomobilité résolvait les maux urbains ?


L’idée peut paraître saugrenue : le cheval serait une bonne solution à tout un tas de problématiques urbaines contemporaines. Généralement associée à des temps révolus, l’hippomobilité urbaine a pourtant fait ses preuves depuis une quinzaine d’années : économiquement, écologiquement, socialement, elle est devenue pour de nombreuses villes une dimension pertinente des services urbains.

Olivier Linot, directeur général des services de Trouville-sur-Mer et président de la Commission nationale des chevaux territoriaux, explique que le premier aspect est financier : un cheval coûte moins cher qu’un équipement motorisé, tant à l’achat qu’à l’usage.

Il est aussi nettement moins polluant et il apporte beaucoup en matière de lien social. Le cheval contribue à rendre les employés municipaux fiers de leur métier et représente une occasion de rencontre entre les habitants : « On n’a jamais vu un enfant venir caresser une benne à ordures ».

Enfin et surtout, le cheval est particulièrement bien adapté à certains besoins des services urbains : la collecte des déchets oblige les services techniques à une forme de « cabotage » pour lequel les camions ne sont finalement pas très adaptés, alors qu’un cheval y est très efficace.

De la même façon, pour la tonte des espaces verts, un cheval au trot avec une tondeuse mécanique va plus vite qu’une tondeuse à moteur, et il est bien plus silencieux : « Les habitants des HLM de la Cité des Jardins se plaignaient des nuisances sonores au moment de la sieste des enfants. Aujourd’hui, quand les chevaux arrivent, ceux-là mêmes qui se plaignaient sortent pour offrir du pain ou une caresse ».

Olivier Linot tient à ce qu’on ne présente pas l’hippomobilité urbaine comme un retour au passé : pour lui, c’est une solution adaptée à l’urbanisme contemporain et à certains de ses besoins.

D’ailleurs, les maires les plus enclins à s’engager sur cette voie ne sont pas les maires les plus âgés, ceux qui ont connu les chevaux dans les rues des villes de leur enfance, mais les maires jeunes, qui n’ont pas de nostalgie particulière du temps passé mais voient les chevaux comme une solution pertinente aux défis qu’ils affrontent dans leur commune.

Trouville-sur-Mer n’a pas été la première ville à développer ce genre de service – Saint-Pierre-sur-Dives, Le-Petit-Quevilly, Rambouillet, Paris et Strasbourg étaient là avant –, mais elle a fait un effort particulier pour communiquer, partager son expérience et en faire profiter d’autres communes.

Aujourd’hui, le service hippomobile de Trouville compte cinq chevaux de trait et quatre employés municipaux ; les chevaux sont utilisés pour la collecte des déchets et la tonte des espaces verts, mais aussi l’entretien des routes, l’arrosage des bacs à fleurs et le ramassage scolaire. Peu à peu, bien d’autres communes ont rejoint le mouvement, de Caen à Lyon en passant par Hazebrouck et Argentan.

Afin que les villes qui se lancent dans cette démarche n’aient pas à tout réinventer, Olivier Linot et ses collègues ont mis en place en 2002 la Commission nationale des chevaux territoriaux, qui a vocation à conseiller et accompagner les collectivités territoriales dans les premiers temps de l’opération.

Car la mise en place de services urbains hippomobiles ne se fait pas d’un coup de baguette magique : elle requiert des chevaux adaptés, choisis avec méthode puis conduits et choyés par un personnel formé. C’est justement pour répondre aux besoins de formation des chevaux et des agents qui s’en occupent qu’a été créé, il y a quelques années, le Centre national des chevaux territoriaux à Tourgéville dans le Calvados.

Le livre d’Olivier Linot et Daniel Simon est court, et il est engagé. On aimerait encore plus de détails sur les avantages économiques du système, sur son intérêt en termes d’impact environnemental. On aimerait toujours plus d’exemples, de témoignages, de retours d’expérience.

Mais, en définitive, en peu de pages, le livre joue bien son rôle : mettre en avant une idée originale et écologique qui, avec un peu d’audace et de ténacité, réunit dans un même projet pertinence économique, progrès social et efficacité environnementale.


- Le cheval au service de la ville, Olivier Linot – entretiens avec Daniel Simon, Éditions Rue de l’échiquier, 2014, 92 p., 12 €.



Source : Festival du Livre et de la Presse d’Ecologie

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