À Saint-Denis, Jean-Luc Mélenchon esquisse les contours d’une « VIe République écologiste et sociale »
Jean-Luc Mélenchon lors de son meeting à Saint-Denis, le 7 juin 2026. - © NnoMan Cadoret / Reporterre
Jean-Luc Mélenchon lors de son meeting à Saint-Denis, le 7 juin 2026. - © NnoMan Cadoret / Reporterre
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Le premier meeting de Jean-Luc Mélenchon, candidat à l’élection présidentielle de 2027, s’est tenu le 7 juin à Saint-Denis. Le but : convaincre ses soutiens que sa quatrième campagne est la bonne.
Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), reportage
Le lieu choisi pour l’occasion avait une saveur symbolique. Pour son premier grand meeting de campagne en vue de l’élection présidentielle de 2027, Jean-Luc Mélenchon a donné rendez-vous dimanche 7 juin devant la basilique de Saint-Denis où, dans l’angle juste à côté, se dévoile l’entrée de la mairie. C’est au cœur de cette ville de Seine-Saint-Denis que La France insoumise (LFI) a enregistré sa plus grande victoire des municipales de mars avec l’élection de Bally Bagayoko.
Alors que les insoumis espéraient au moins 10 000 personnes, c’est un véritable raz de marée qui a déferlé dans les rues de la ville ce dimanche. Aux cris de « On va gagner » et de « Siamo tutti antifascisti » (« Nous sommes tous antifascistes »), plusieurs dizaines de milliers de militants — 26 000 selon les organisateurs — se sont réunis sur la place Victor Hugo et les ruelles alentour pour célébrer le lancement de la campagne de leur leader.
Le maire de Saint-Denis Bally Bagayoko, la prix Nobel de littérature Annie Ernaux et le lauréat du prix Goncourt 2017 Éric Vuillard ont tour à tour pris la parole pour appuyer la candidature de Jean-Luc Mélenchon. Citant une phrase « tellement juste et admirable » du candidat insoumis, l’autrice de La Place a souligné devant la foule combien « le système patriarcal est un obstacle au développement de l’humanité ». « L’année prochaine, Jean-Luc Mélenchon changera la vie du peuple », a-t-elle encore lancé, un keffieh ajusté sur ses épaules.
Une VIe République écologiste et sociale
Sans entrer à ce stade dans les détails d’un programme, l’événement a permis de poser les bases des grands axes de campagne du chef de file des Insoumis. D’emblée, le ton fut donné. « Je dédie notre rassemblement au peuple palestinien invaincu, martyr d’une invasion et d’un génocide », a lancé en préambule Jean-Luc Mélenchon.
Vers 16 heures, sous l’ovation de la foule, il a fustigé « les années Macron » synonymes, selon ses mots, du « recul de toutes les libertés ». À commencer par « la répression militante » des Gilets jaunes, des Soulèvements de la Terre, des antifascistes, des syndicalistes « et même » des membres de son parti.
L’unité promue par le dirigeant insoumis s’incarne dans le concept de « nouvelle France ». Une forme de récit portée par l’élection de Bally Bagayoko, qui entend poser au centre du débat l’évolution sociologique des Françaises et Français et le besoin d’y répondre par une vision politique adaptée — déclenchant au passage une panique identitaire à l’extrême droite.
« Notre pays n’est pas fasciste »
« Un Français sur trois est, selon la formule de Bally [Bagayoko], l’héritier de l’immigration », a-t-il encore affirmé. Avant de reprendre à son compte un slogan d’ordinaire cher aux militants d’extrême droite : « On est chez nous ! » — et repris par toute la foule du parvis de la basilique. « Nous croyons à l’intelligence de la France, nous croyons que notre pays n’est pas raciste, notre pays n’est pas fasciste », a encore martelé Jean-Luc Mélenchon.
Le candidat à l’élection présidentielle a ensuite détaillé les contours de son programme, celui d’un monde où justice sociale, lutte contre le réchauffement climatique et renouveau démocratique ne font qu’un. Porté par l’avènement d’une « VIe République écologiste et sociale », des axes de « Sécurité sociale intégrale » étendue à « d’autres domaines de l’existence » et de meilleure répartition des richesses sont esquissés. Avec comme mesures phares : l’augmentation du Smic à 1 700 euros net, le retour de la retraite à 60 ans, une « loi globale » contre la pédocriminalité, et l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie.
« Combien de temps allons-nous encore empoisonner nos rivières et nos sols ? »
Deux grandes pierres angulaires guident le socle d’idées autour de l’écologie : la lutte contre les maladies environnementales en interdisant « l’usage de polluants cancérigènes », et la transformation du modèle agricole afin de « permettre à tous de manger sainement ». En exemple, Jean-Luc Mélenchon a cité pêle-mêle : les zoonoses, les épidémies de cancers, de diabète et d’infertilité en partie causées par les pesticides, le chlordécone, le cadmium et les polluants éternels. « Combien de temps allons-nous encore empoisonner nos rivières et nos sols ? » a-t-il interpellé.
Signe de l’importance accordée à la lutte contre le réchauffement climatique, la notion de « planification » et de « régionalisation » écologique a particulièrement ponctué le discours du prétendant à l’Élysée. « Les régions seront entièrement restructurées autour de grands bassins versants des fleuves. Elles seront dédiées à la bifurcation écologique, elles formeront la première ligne d’alerte et de proposition de mise en œuvre de la planification écologique », a-t-il détaillé.
Prenant à bras-le-corps les enjeux du numérique et d’innovation, Jean-Luc Mélenchon a plaidé pour une « décolonisation numérique » vis-à-vis des États-Unis, actant « la souveraineté complète du peuple de France » sur « le stockage des données », « les supercalculateurs » et « les systèmes d’intelligence artificielle ».
À dix mois du premier tour de l’élection présidentielle, nul doute que ce lancement de campagne contraste avec les démêlés dans lesquels semblent empêtrés les autres partis de gauche. « La primaire est finie », a même décrété Jean-Luc Mélenchon, faisant monter la pression d’un cran à destination des partis engagés dans un processus de primaire unitaire qui prend de plus en plus l’eau.
« Pour une fois, les étoiles sont alignées, nous sommes la première force politique de la gauche et du changement », a-t-il entonné. Avant de citer le penseur Edgar Morin, décédé le 29 mai : « Ce ne sont pas seulement les choses qui composent le monde, ce sont nos œuvres, nos désirs, notre volonté. »
Sous le soleil luisant, la foule compacte a chanté « La Marseillaise », les drapeaux bleu-blanc-rouge agités aux côtés de ceux violets du parti. « C’est un souffle d’espoir bienvenu », nous a alors glissé Malika, une militante parisienne, les deux doigts croisés en l’air.