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Tribune

Le choix du premier ministre Ayrault : fort avec les faibles, faible avec les forts


Sacrifiée sur l’autel de l’austérité économique, Delphine Batho a été évincée de manière brutale ; aussi brutale que celle de Nicole Bricq intervenue le 22 juin 2012. Force est de constater que Jean-Marc Ayrault semble éprouver quelques difficultés avec ses ministres de l’Ecologie. A tel point que l’espérance de « vie » d’une ministre de l’Ecologie dans le gouvernement Ayrault n’excède pas, en moyenne, 210 jours ! En matière de développement durable, il est peu de dire que ce délai ne laisse que peu de temps à une action inscrite dans le long terme.

Mais le limogeage de Delphine Batho illustre, bien plus que de longues analyses, la duplicité d’une classe politique qui porte aux nues cette écologie hors-sol faite de bons mots et grands discours, censés compenser l’absence de décisions concrètes. Car il faut reconnaître qu’avant le coup de gueule de Delphine Batho dénonçant publiquement un budget en forte baisse, cette ministre avait surtout brillé par… son absence.

La fermeture de la centrale de Fessenheim reportée, un débat national sur la transition énergétique brouillon, la construction d’un aéroport à Notre Dame des Landes, un plan Nitrate donnant entière satisfaction au lobby porcin, un plan sur la qualité de l’Air ne répondant aucunement au drame sanitaire en cours, une fiscalité écologique toujours à venir… Delphine Batho s’est, durant sa brève carrière, surtout astreinte à ne rien dire et ne rien faire qui pu déplaire en haut lieu !

Discrète pour les uns, transparente politiquement pour d’autres, cette ministre a osé s’affranchir du rôle qu’on lui avait assigné, à savoir la porte-parole d’une écologie délavée. Par choix politique, Jean-Marc Ayrault a décidé de baisser de 7% le budget du ministère de l’Ecologie. La saison 2 de « L’écologie, ça commence à bien faire » venait de débuter. Le message, reçu cinq sur cinq par la ministre, a provoqué sa colère publique puis son débarquement.

Le problème posé par l’éviction de Delphine Batho réside dans ce faible poids politique. Depuis des mois, cette ministre était à la peine ; ceci n’étant en rien pour déplaire au Premier ministre qui semblait assez bien se satisfaire d’une écologie vert pale. Or, une ministre de l’écologie, si elle veut durer, doit accepter certains pré-requis implicites : ne pas faire de vagues, user et abuser de la langue de bois (de rose), animer docilement des débats et autres grenelles aussi inutiles qu’improductifs ou encore servir de caution lorsqu’une décision favorable à tel ou tel lobby est prise.

En congédiant sa ministre de l’écologie, Jean-Marc Ayrault n’a souhaité qu’une chose : être fort avec les faibles… et faible avec les forts. Le ministre du Redressement improductif peut ainsi ouvertement remettre en cause le principe du moratoire sur les gaz de schiste sans conséquence politique. Mais Jean-Marc Ayrault a viré sans ménagement une ministre dont le poids politique ne risquait pas de mettre à mal une autorité qu’il sait avoir quelque problème à imposer à d’autres ministres.

Ce départ et son remplacement par le président du Conseil général du Gers, Philippe Martin, ne peut faire illusion. L’orientation politique n’a que faire du casting. Tant que ce premier ministre continuera à croire que l’écologie est une cause à traiter une fois les choses sérieuses réglées, les ministres de l’Ecologie seront, plus ou moins violemment, remerciés à un rythme semestriel.


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