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Le cinéma coopératif Kino s’épanouit sans vedettes et sans ego

Durée de lecture : 3 minutes

13 septembre 2014 / Lorène Lavocat (Reporterre)

« Faire bien avec rien », et surtout faire ensemble. Voici en quelques mots la philosophie Kino, un mouvement de cinéma indépendant, convivial et créatif. Le festival Off-Courts de Trouville, qui s’achève aujourd’hui, est un moment phare pour les Kinoïtes.


Vincent Wilson a la voix enrouée par la fatigue. « Comme à chaque fois, on se donne à fond pendant 48 heures, et on dort très peu. » Ce réalisateur québécois vient de participer à un Kino Kabaret. Le principe : créer en moins de deux jours un court-métrage, de A à Z, avec les moyens du bord. « Il y a des réalisateurs, des comédiens, des techniciens, pas forcément professionnels, et tout le monde travaille ensemble pour produire des films. »

L’entraide avant tout

Pas besoin d’être un acteur reconnu ou un excellent cameraman. La seule règle : « Venir avec sa bonne humeur », précise Vincent. La plupart des participants sont des professionnels du cinéma, mais « il y a aussi des jeunes qui sont juste curieux d’apprendre. » Scénario, tournage, montage... tout doit être bouclé en 48h. « Quand quelques uns sont à la bourre, on les aide. » Certains s’improvisent preneurs de son, d’autres comédiens ou maquilleurs. Entraide et partage sont les maîtres-mots de l’esprit Kino. « L’ego-centrisme n’a pas sa place ici. »

Le mouvement naît à Montréal en 1999. Des cinéastes et vidéastes indépendants se regroupent pour créer et produire des courts-métrages ensemble, hors des circuits commerciaux. « On s’est dit, on va pas attendre les subventions, on va pratiquer notre métier maintenant », raconte le réalisateur Philippe Falardeau dans une vidéo présentant le Kino. Ils adoptent une devise, « faire bien avec rien, faire mieux avec peu mais le faire maintenant. » et un nom, Kino, pour rappeler le mot grec kinê, mouvement.

Tremplin professionnel ?

« Moi, je fais ça pour m’éclater, je me permets des choses que je ne ferais jamais quand je réponds à des commandes », dit Vincent. Pour gagner sa vie, il réalise des publicités. Lui a découvert le Kino il y a neuf ans, à Trouville. « Un ami québécois m’a mis au défi, je me suis lancé et j’ai immédiatement accroché. J’ai créé quatre films, et je n’ai pratiquement pas dormi de la semaine ! » Cette fois, il a réalisé un court-métrage sur la perception des émotions, Namasté. « Je risque des choses, je sors de ma zone de confort. » Il présente également un court-métrage en compétition officielle. Pour d’autres, le mouvement Kino est surtout un tremplin professionnel, un moyen de se former et de se faire connaître.

Parti du Canada, le mouvement a fait des petits. Il y aurait une soixantaine de « cellules kinoïtes » à travers le monde. Et partout, c’est le même succès. « Il y a un vrai engouement, constate-t-on à la direction de Off-courts. Pour cette édition, nous avons eu plus de 90 films créés. » Surfant sur cette vague, les géants du multimédia font leur entrée dans les festivals. À Trouville, caméras, micros et tables de montage sont mis à disposition par les plus grands, Sony, Dell ou Adobe. Mais Vincent ne s’en plaint pas. « La qualité des productions s’est considérablement améliorée. »

Mais trop de professionnalisation ne risque-t-elle pas d’amoindrir le côté participatif et ouvert ? « Je ne pense pas. Faire se rencontrer des professionnels et des débutants, c’est un peu l’essence du mouvement. On est tous passés par là. »

Le festival de Trouville est renommé pour sa bonne ambiance. « Il y a beaucoup d’échanges, et c’est très international », dit Vincent. Ce soir, il rentre au Québec, avec une pointe de nostalgie. « Quand je me retrouve tout seul chez moi, je ressens comme un vide. Ici, c’est tellement convivial ! »


Pour en savoir plus :
. Festival Off-Courts
. Mouvement Kino au Canada
. Kino Paname, qui organise un festival le 27 septembre
. Le site de Vincent Wilson


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Source : Lorène Lavocat pour Reporterre.

Photos : Fournies par Off Courts. Prises lors de l’édition 2013.
. chapô : Pierre Crepo
. photo noir et blanc : Julien Tack
. sur les planches : Lucie Lesage

Lire aussi : Le cinéma fait rêver, mais il a les pieds dans le gaz carbonique


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