Média indépendant, en accès libre pour tous, sans publicité, financé par les dons de ses lecteurs

Tribune

Le climat, la dette, l’âme


Blork émergea de la lecture du Traité de philosophie morale , de Wasserchinzegoten, totalement inconnu, il faut bien le dire, et dont l’existence même est niée par les érudits. Ouvrant l’oreille aux bruits du monde, Blork apprit que celui-ci s’intéressait fort aux activités organisées dans un petit royaume nordique autour du changement climatique.

Sacré Blork ! En un éclair, il parvint au coeur des discussions. De quoi s’agit-il, pensa-t-il ? De justice et de responsabilité collectives. Avec deux particularités par rapport à l’approche usuelle : la justice doit être planétaire ; la responsabilité doit être intergénérationnelle.

Ainsi, les pays du Sud insistent sans relâche sur « la responsabilité historique des pays du Nord ». Durant leur développement industriel au long des XIXe et XXe siècles, ceux-ci ont émis des quantités énormes de gaz carbonique. D’où la notion de « dette climatique » : c’est, explique l’écologiste Muttiah Yogananthan, « la dette que doivent les pays du Nord aux pays du Sud, et qui correspond à leur excédent d’émissions » (1).

Selon l’Agence internationale de l’énergie, citée dans le numéro de novembre de L’Usine à GES (2), les Etats-Unis sont responsables de 30 % des émissions cumulées de gaz carbonique entre 1900 et 2005, l’Union européenne de 23 %, la Chine de 8 %, le Japon de 4 %, l’Inde de 2 % et le reste du monde de 33 %. Etats-Unis et Europe comptent donc pour plus de la moitié.

Il n’y a pas là une querelle d’experts, mais un enjeu moral : « Les pays riches doivent payer pour leurs péchés », dit ainsi un Ougandais, Fred Machulu Onduri. « Nous reconnaissons absolument notre rôle historique dans l’injection d’émissions dans l’atmosphère, mais je rejette catégoriquement un sentiment de culpabilité ou de réparation », répond Todd Stern, le représentant des Etats-Unis à Copenhague. La veille, le Chinois Yu Qingtai appelait les Occidentaux à « fouiller leur âme ».

Péché ? Culpabilité ? Ame ? C’est ce dont on discute à Copenhague, conclut Blork, qui se rappela que le terme de « querelles byzantines » désignait les importantes discussions théologiques qui agitèrent l’Empire romain d’Orient.

Mais l’argument du Sud pèche sur le plan moral : un Occidental d’aujourd’hui est-il responsable des actes de son grand-père ? Et que peut-on reprocher au grand-père, qui n’avait aucune idée de ce qu’était l’effet de serre ?

Le Nord reste coi, cependant, car le visage que présente la génération actuelle n’est pas défendable : surconsommation, inégalités et domination d’une oligarchie financière essentiellement cupide.

Les petits-enfants ne peuvent payer pour les fautes hypothétiques des grands-parents. En revanche, ils sont responsables de leur situation présente. Qu’ils la changent - c’est-à-dire acceptent l’unification planétaire des conditions de vie, donc la baisse de leur propre consommation matérielle.

..........................................
Notes

(1) Qu’est-ce que la dette climatique ?

(2) L’Usine à GES, p. 6.


📨 S’abonner gratuitement aux lettres d’info

Abonnez-vous en moins d'une minute pour recevoir gratuitement par e-mail, au choix tous les jours ou toutes les semaines, une sélection des articles publiés par Reporterre.

S’abonner
Fermer Précedent Suivant

legende