Le climat, la dette, l’âme

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14 décembre 2009 / Hervé Kempf


Blork émergea de la lecture du Traité de philosophie morale , de Wasserchinzegoten, totalement inconnu, il faut bien le dire, et dont l’existence même est niée par les érudits. Ouvrant l’oreille aux bruits du monde, Blork apprit que celui-ci s’intéressait fort aux activités organisées dans un petit royaume nordique autour du changement climatique.

Sacré Blork ! En un éclair, il parvint au coeur des discussions. De quoi s’agit-il, pensa-t-il ? De justice et de responsabilité collectives. Avec deux particularités par rapport à l’approche usuelle : la justice doit être planétaire ; la responsabilité doit être intergénérationnelle.

Ainsi, les pays du Sud insistent sans relâche sur « la responsabilité historique des pays du Nord ». Durant leur développement industriel au long des XIXe et XXe siècles, ceux-ci ont émis des quantités énormes de gaz carbonique. D’où la notion de « dette climatique » : c’est, explique l’écologiste Muttiah Yogananthan, « la dette que doivent les pays du Nord aux pays du Sud, et qui correspond à leur excédent d’émissions » (1).

Selon l’Agence internationale de l’énergie, citée dans le numéro de novembre de L’Usine à GES (2), les Etats-Unis sont responsables de 30 % des émissions cumulées de gaz carbonique entre 1900 et 2005, l’Union européenne de 23 %, la Chine de 8 %, le Japon de 4 %, l’Inde de 2 % et le reste du monde de 33 %. Etats-Unis et Europe comptent donc pour plus de la moitié.

Il n’y a pas là une querelle d’experts, mais un enjeu moral : « Les pays riches doivent payer pour leurs péchés », dit ainsi un Ougandais, Fred Machulu Onduri. « Nous reconnaissons absolument notre rôle historique dans l’injection d’émissions dans l’atmosphère, mais je rejette catégoriquement un sentiment de culpabilité ou de réparation », répond Todd Stern, le représentant des Etats-Unis à Copenhague. La veille, le Chinois Yu Qingtai appelait les Occidentaux à « fouiller leur âme ».

Péché ? Culpabilité ? Ame ? C’est ce dont on discute à Copenhague, conclut Blork, qui se rappela que le terme de « querelles byzantines » désignait les importantes discussions théologiques qui agitèrent l’Empire romain d’Orient.

Mais l’argument du Sud pèche sur le plan moral : un Occidental d’aujourd’hui est-il responsable des actes de son grand-père ? Et que peut-on reprocher au grand-père, qui n’avait aucune idée de ce qu’était l’effet de serre ?

Le Nord reste coi, cependant, car le visage que présente la génération actuelle n’est pas défendable : surconsommation, inégalités et domination d’une oligarchie financière essentiellement cupide.

Les petits-enfants ne peuvent payer pour les fautes hypothétiques des grands-parents. En revanche, ils sont responsables de leur situation présente. Qu’ils la changent - c’est-à-dire acceptent l’unification planétaire des conditions de vie, donc la baisse de leur propre consommation matérielle.

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Notes

(1) Qu’est-ce que la dette climatique ?

(2) L’Usine à GES, p. 6.




Source : Cet article est paru dans Le Monde du 13 et 14 décembre 2009.