Le collectif du bonheur squatte écolo et bio

24 janvier 2014 / Barnabé Binctin (Reporterre)

Le « coolectif du bonheur » a ouvert un squat depuis un mois dans le 14e arrondissement de Paris. Revendiqué écologiste, ce squat met en place une filière AMAP pour redynamiser le quartier.


Les habitants du 14e arrondissement de Paris ont désormais une nouvelle AMAP à disposition, depuis quelques jours. Le cadre est pour le moins inédit : rue Maurice Ripoche, c’est dans un squat fraîchement ouvert que les adhérents peuvent désormais aller chercher leur panier de légumes bio pour la semaine.

Après une première tentative avortée dans un commissariat du 18e arrondissement en novembre dernier, le « coolectif du bonheur » a réussi son deuxième coup : le 21 décembre, neuf personnes ont investi un hôtel inoccupé de longue date, situé à quelques mètres de la mairie du XIVe arrondissement.

Les bâtiments seraient inhabités depuis près de trois ans. A l’origine de la désertion, des travaux de rénovation engagés par l’hôtel qui n’ont jamais été payés : au bout de quelques semaines, la société en charge des travaux a décidé d’abandonner le chantier... Depuis, les trois propriétaires n’ont plus donné signe de vie.

Depuis un mois, le groupe a donc pris possession des lieux, un logement de fortune rapidement devenu « squat de luxe » : chacun des locataires profite d’une chambre individuelle dans laquelle les matelas sont encore parfois tout neufs et emballés sous blister. Et les salles de bain proprettes de cet hôtel deux étoiles s’y partagent d’autant mieux que l’électricité et l’eau chaude n’ont jamais été coupées…

Un confort presque indécent qui illustre l’absurdité des politiques actuelles de logement, dénoncées par le collectif : « Nous sommes des jeunes travailleurs précaires. Nous bossons, mais nous ne gagnons pas assez pour nous loger décemment dans le contexte actuel. Chacun d’entre nous a déposé une demande de logement social, sans réponse. Pendant ce temps-là, il y a des bâtiments vides en plein Paris… Les réquisitionner est une question de bon sens politique » explique l’un d’entre eux.

Dans cette action, la mairie d’arrondissement a manifesté son soutien au collectif, qui a été reçu la semaine dernière par les services municipaux. « Les adjoints nous ont assuré qu’il n’y aurait pas d’expulsion sauvage et que l’on respecterait la procédure judiciaire. La mairie connaît bien ce bâtiment, qui lui avait déjà été signalé par le collectif Logement 14. Elle a fait vœu de préemption sur l’immeuble, mais elle n’a jamais réussi à contacter les propriétaires… » explique Léa, une des nouvelles locataires.

Le contexte de voisinage se révèle plutôt favorable. « Les riverains sont sensibles à ces questions, les échanges sont constructifs » témoigne Léa. Le « coolectif du bonheur » multiplie les invitations et les signes d’ouverture en direction des habitants du quartier. La soirée du réveillon, ouverte au public, avait permis des premières rencontres. L’invitation à la galette des rois, quelques jours plus tard, a officialisé les présentations. Dimanche dernier, les portes ouvertes permettaient aux plus curieux de découvrir l’aménagement du lieu.

La démarche s’inscrit dans un projet plus ambitieux : faire du squat un lieu de vie associative dans le quartier. Le lieu – renommé « SAFE » pour « squat artistique, féministe et écolo » – met à disposition les deux premiers étages de l’immeuble aux associations et à toute personne motivée pour monter un projet. La liste est longue : un ciné club, des cours de langue pour les réfugiés, des expositions… L’association féministe « Les effrontées » ou le groupe de réflexion local « Démocratie et urbanisme » y ont déjà pris leurs quartiers pour y tenir des réunions.

Première réalisation concrète, le SAFE propose des paniers bio, distribués tous les mercredi soirs à l’accueil du squat. L’AMAP prévoit de s’appeler LCL pour « la cagette de légumes ». La première semaine a permis de vendre treize paniers, fournis par un producteur picard habitué des réseaux AMAP. Le régime des inscriptions – pour trois mois – devrait rapidement augmenter et permettre au projet de se pérenniser. Pour dix Euros, le consommateur récupère chaque semaine trois à quatre kg de légumes de saison, cultivés dans le respect du maraîchage biologique.
Comme quoi, cela ne coûte pas si cher de participer activement à la vie de son quartier…


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Source et photo : Barnabé Binctin pour Reporterre

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