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Le comité de la transparence nucléaire un peu plus opaque

Le sénateur Bruno Sido, partisan invétéré de l’enfouissement des déchets nucléaires dans l’est de la France, est nommé au « Haut comité pour la transparence » nucléaire.


L’une des caractéristiques essentielles du domaine nucléaire, chacun le sait, c’est la TRANSPARENCE. Elément si naturel que les pouvoirs publics ont quand même cru bon voici trois ans de créer un barbaresque HCTISN (Haut comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire) (1).

Que fait ce « Haut comité », au qualificatif si peu modeste ? Et -surtout- de qui est-il composé, car de la nature de ses membres va dépendre sa ligne de conduite : aiguillon salutaire ou cache-misère supplémentaire ? Le CEDRA, qui suit de près les « affaires » nucléaires, vient d’avoir une grosse surprise concernant, justement, la nomination d’un titulaire : le sénateur Bruno Sido.

L’information est de taille, on va le voir. Pourtant, qui, même dans les milieux habituellement concernés, a eu vent de cette désignation ? Pourquoi n’a-t-elle pas transpiré, ou si peu, alors qu’elle remonte au 15 mai dernier (2) ? Mais c’est de par les fonctions et le profil de l’intéressé que le choix du sénateur Sido relève du gag.

Bruno Sido, sénateur de la Haute-Marne (Champagne-Ardenne), également président du Conseil général de ce département, compte assurément en matière(s) nucléaire(s). Monnayant les atouts de ce qui ne lui appartient pas, le sous-sol local, il s’est fait l’allié fort opportun(iste) de l’industrie de l’atome. Celle-ci, submergée par ses rebuts ingérables, peut à loisir fouiller les entrailles de la terre pour y préparer à Bure (Lorraine/Champagne) un immense dépotoir atomique souterrain. Pour B.Sido, devenu gardien de la transparence, il ne s’agit que d’un « laboratoire scientifique ». Scientifric disent certains, tant pleuvent les millions d’euros (3), ces millions qui font tant défaut ailleurs. Ces millions qui devaient sauver la Haute-Marne, foi de B.Sido, et qui bien au contraire voient (causent ?) un véritable effondrement démographique ces dernières années !

Bruno Sido, sénateur, et à ce titre rapporteur de la loi sur l’eau récemment. Grand spécialiste s’il en est , d’autant que le large secteur de Bure est reconnu depuis des lustres comme un véritable « château d’eau » naturel. Mais pour B.Sido, devenu gardien de la transparence, pas un mot pour informer que cet or bleu, cette richesse à court terme, aurait pour avenir de se voir pollué par la poubelle radioactive souterraine. Un B.Sido qui omet également et superbement de faire savoir que des études scientifiques indépendantes prédisent le pire : le déplacement de cette contamination souterraine non seulement sur tout le Bassin de la Meuse mais également vers le Bassin parisien dans son ensemble (4).

Bruno Sido, sénateur, et qui à ce titre a débattu et voté une loi en juin 2006 déterminant l’avenir des déchets nucléaires (et des générations qui nous suivront) pour les milliers d’années à venir. Pour B.Sido, les déchets nucléaires dits ’FAVL’ (faible activité-vie longue) -actuellement sous les feux d’une forte actualité- seraient « un petit truc » (5). Devenu gardien de la transparence, il s’est bien gardé de signaler les études d’organismes officiels (6) qui elles, et au contraire, font peur. B.Sido qui, en tant que président du Conseil général de Haute-Marne, pousse les municipalités du département à se porter candidates à un enfouissement de ces poisons dits ’FAVL’, escamotant de crues réalités : la géologie qui ne s’y prête absolument pas (St Blin, Juzennecourt, vallée du Rognon, etc), la recherche de l’appellation « champagne » et la proximité immédiate d’un futur parc naturel national (Bricon, Semoutiers-Montsaon) (7)

Bruno Sido, à qui la loi « déchets nucléaires » de juin 2006 a donné de nouvelles prérogatives : le choix du président du « Comité local d’information et de suivi » du projet d’enfouissement de Bure (Clis). Et qui B.Sido, de concert avec son homologue Christian Namy (président de Conseil général de Meuse), a-t-il nommé ? Le député Christian Bataille, concepteur de la loi « déchets nucléaires » de décembre 1991 et fanatique de l’enfouissement des poisons nucléaires (pour se débarrasser du problème). Mauvaise pioche pour B.Sido. Se croire au-dessus de tout et de tous a ses limites. Les associatifs siégeant au Clis ayant boycotté ce Comité manipulé, ayant informé, dénoncé, interpellé.... le sieur Bataille voici peu vient de s’enfuir, l’oreille basse.

Bruno Sido, sénateur, et à ce titre rapporteur de la récente loi Grenelle sur l’environnement. Un B.Sido, devenu gardien de la transparence, qui avait alors relégué dans l’obscurité des placards la question du nucléaire, et donc les problèmes que pose celui-ci. Un Grenelle dont nombre de laudateurs d’hier découvrent aujourd’hui l’envers des discours. Sentiment largement partagé et synthétisé par l’un de ses acteurs : « L’exemple du Grenelle illustre à merveille cette technique qui consiste à parler beaucoup et agir peu. Ou pire, agir à l’opposé de ce que l’on dit, délégitimant encore un peu plus les propos émis par la puissance publique ».

Alors, la désignation du sénateur Sido pour siéger au Haut comité pour la transparence sur le nucléaire : le gag de l’été pour dérider une situation générale bien sombre, ou une illustration supplémentaire de la duplicité de ceux qui gouvernent et de l’état de l’Etat ?

Le cas Sido porte à la caricature ce qu’est devenu notre système de « gouvernance ». Un système d’usurpation dans lequel les populations se retrouvent de moins en moins, ou plus du tout. Un système qui pousse nos concitoyens-concitoyennes à reprendre leurs affaires en main. On vient de le voir, de manière fracassante, avec les déchets nucléaires dits ’FAVL’ où les fossoyeurs (pouvoirs publics, élus locaux, Andra) viennent de se faire mettre à la porte des deux communes où ils avaient jeté leur dévolu... L’avenir est encourageant, aidons-le !

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Notes :

(1) Loi TSN du 13/06/2006 (article 23 à 27)

(2) Décret du 15 mai 2009 portant nomination de membres du Haut Comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire.

(3) 20 millions d’euros, par an, et pour chacun des départements de la Haute-Marne et de la Meuse voisine.

(4) extrait voir : http://burestop.free.fr/spip/spip.p....

(5) L’affranchi de Chaumont du 27.06.08 + La Croix de la Haute-Marne du 27.06.08.

(6) ASN et CNE par exemple voir http://www.sortirdunucleaire.org/ac....

(7) Montsaon la superbe : seule commune de Haute-Marne a posséder 4 fleurs au concours des villes et villages fleuris (sur 12000 postulants par an en France seuls 250 obtiennent le label 4 fleurs).
Parc naturel national : avec à ses portes le site « secret » de Valduc (commissariat à l’énergie atomique) et ses rejets radioactifs...

(8) « Agir pour l’environnement » - Bulletin trimestriel n° 24 - été 2009.


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