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Le gaz de schiste ne fait pas baisser les prix aux Etats-Unis‏

18 juillet 2013 / Energie et développement



Un argument souvent avancé par les partisans de l’exploitation du gaz de schiste est qu’elle ferait baisser le prix de l’énergie. Mais l’étude attentive du cas états-unien montre que cette assertion est très discutable.


Faut-il ou non exploiter le gaz de schiste ? L’argument du prix de l’énergie est souvent avancé pour répondre positivement à cette question. L’exploitation du gaz de schiste permettrait de réduire la précarité énergétique et de rendre les entreprises françaises plus compétitives. Les États-Unis sont généralement cités comme une preuve de cette affirmation.

Quelques exemples parmi d’autres :

« Nombre d’entreprises industrielles ont commencé à se relocaliser en Amérique pour profiter d’une énergie à bas prix. » (Le Monde)

« Le prix de l’énergie américaine en nette baisse... » (L’Usine nouvelle)

« L’industrie américaine a connu un regain spectaculaire avec le gaz de schiste et ses conséquences sur la baisse des prix de l’énergie. » (Huffington Post)

« Aux États-Unis, les prix [de l’énergie] sont en forte baisse, notamment grâce à l’exploitation intensive des gaz de schiste » (Boursier.com).

Qu’en est-il vraiment ? L’exploitation des gaz non-conventionnels a-t-elle permis de faire baisser le prix de l’énergie aux États-Unis ?

J’ai voulu me faire ma propre idée, je me suis donc plongé dans les statistiques de l’Energy Information Administration (dont sauf mention contraire sont extraits les chiffres qui suivent). Et la réponse est moins simple qu’on pourrait le penser.

Une baisse du prix du gaz, mais au seul profit des industriels

Commençons par le prix du gaz, dont la corrélation avec l’exploitation de nouvelles ressources semble a priori évidente. Il faut cependant remarquer que, si la production de gaz non-conventionnel a bien été multipliée par presque trois depuis les années 2000, elle a en partie compensé un baisse de la production de gaz conventionnel. De telle sorte que la production totale n’a pas augmenté de façon spectaculaire :


Les gaz non-conventionnels dans la production totale de gaz aux États-Unis

Il n’en reste pas moins que, même en laissant de côté la brusque chute de 2008 qui a également été observée en Europe et au Japon et qui doit plus à la crise financière qu’à de nouvelles ressources, la tendance est assez nette : depuis 2009, les prix en sortie de puits baissent.

Il est difficile de mettre un chiffre sur cette baisse compte-tenu de la volatilité élevée, mais pour fixer un ordre de grandeur, on peut retenir que, entre 2009 et 2012, le gaz a été en moyenne 30% moins cher qu’entre 2001 et 2007.

Intéressons-nous maintenant au prix du gaz à la consommation et non à la production. On s’aperçoit que la baisse des cours constatée depuis 2009 n’a pas profité de la même façon à tout le monde :

Cette baisse a été parfaitement répercutée sur la facture des industriels mais beaucoup moins bien sur celle des particuliers : les prix résidentiels ont même légèrement augmenté.

Des conséquences douteuses sur le prix de l’électricité

Aux États-Unis, le gaz est utilisé pour produire environ un quart de l’électricité, à peu près à égalité avec le nucléaire mais assez loin derrière le charbon (42%). La baisse du prix du gaz a-t-elle eu des conséquences sur les factures d’électricité ?

C’est difficile à dire car le pays compte des dizaines de producteurs d’électricité et des systèmes différents d’un Etat à l’autre. Les prix varient souvent du simple au double entre Etats voisins. Entre le Wyoming et Hawaï, l’écart est même de un à cinq... Rien de surprenant donc à ce que des informations contradictoires circulent.

Ce que l’on peut dire en tout cas, c’est que, mis à part un pic en 2008, le coût du combustible dans les centrales électriques américaines est stable depuis 2005 :

Par conséquent, une chose est certaine : si le prix de l’électricité a baissé aux États-Unis, ce n’est pas grâce à une baisse du prix du combustible... Ce qui est d’ailleurs normal puisque le gaz reste assez minoritaire dans le mix américain.

Aucun impact positif sur les autres énergies primaires

La baisse des cours du gaz a-t-elle entrainé une baisse des prix des autres sources d’énergie ? Cette fois, la réponse est sans équivoque : c’est non.

Bien qu’ils soient en concurrence directe pour la production d’électricité, la baisse du gaz n’a pas empêché le prix du charbon de connaitre une hausse continue depuis 2001. Il coûte aujourd’hui 70% plus cher qu’il y a dix ans.

De même, bien que les hydrocarbures issus du gaz puissent en partie se substituer à ceux du pétrole, les prix du carburant ont été multipliés par quatre en dix ans.

En résumé : petit manuel critique sur les mérites économiques des gaz non-conventionnels

« Aux États-Unis, le gaz de schiste a fait baisser le prix du gaz » → C’est vrai, à ceci près qu’il ne s’agit pas seulement de gaz de schiste, mais de gaz non conventionnels. Le gaz de schiste en fait partie mais il est très minoritaire.

« Aux États-Unis, le gaz de schiste a divisé par trois (ou quatre ou cinq ou plus) le prix du gaz » → C’est faux, ces chiffres prennent pour référence le pic de 2008, à un moment où les gaz non-conventionnels étaient déjà exploités à grande échelle. Sur une période plus longue, on constate bien une baisse, mais de l’ordre de 30%.

« Aux États-Unis, le gaz de schiste a fait baisser le prix de l’énergie » → C’est faux, la baisse du prix du gaz n’est même suffisante pour compenser la hausse de celle du charbon. Au mieux, l’exploitation des gaz non-conventionnels a permis de limiter la hausse globale du prix de l’énergie.

« Aux États-Unis, le gaz de schiste a aidé les entreprises » → C’est vrai, en tous cas pour la pétrochimie et les secteurs industriels très consommateurs en énergie (papeterie, métallurgie...) qui ont vu leurs factures de gaz baisser sensiblement.

« Aux États-Unis, le gaz de schiste a fait baisser la précarité énergétique et augmenter le pouvoir d’achat » → C’est faux, les prix résidentiels du gaz n’ont pas baissé et les prix des autres énergies ont continué à augmenter.





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Source et images : Energie et développement

Photo : Infoguerre

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